Les exportateurs d’agrumes appellent à l’aide, la campagne s’annonce très difficile

Les professionnels demandent une aide au transport pour se maintenir sur les marchés de proximité ainsi que la signature du contrat-programme, voire un plan de sauvegarde du secteur.

Les exportateurs d’agrumes appellent à l’aide, la campagne s’annonce très difficile

Le 15 octobre 2021 à 11h58

Modifié 17 octobre 2021 à 20h45

Les professionnels demandent une aide au transport pour se maintenir sur les marchés de proximité ainsi que la signature du contrat-programme, voire un plan de sauvegarde du secteur.

Les producteurs et exportateurs d’agrumes broient du noir. « La campagne d’exportation qui démarre cette semaine s’annonce très difficile« , s’inquiète M’Hammed Loultiti, président de la Fédération interprofessionnelle des agrumes (Maroc Citrus). A l’appui, il cite les hausses vertigineuses enregistrées par les coûts logistiques et le transport maritime conteneurisé.

Selon les calculs de l’interprofession, le surplus des coûts varie entre 1,20 et 1,50 DH/kg selon les destinations et le mode de transport. « C’est quasiment l’équivalent de la moyenne de recette du producteur sur les trois dernières années », constatent de nombreux producteurs d’agrumes.

« Par conséquent, les marchés de l’Amérique du Nord et probablement ceux des pays du Golfe ne seront pas desservis durant cette campagne », révèle le président de Maroc-Citrus. Ce qui va se traduire par un manque à exporter de l’ordre de 15% du volume global.

Des pertes estimées 2 milliards de DH

Concernant le marché russe, qui absorbe habituellement 35% des exportations d’agrumes marocains, il est envisagé le recours aux bateaux frigorifiques conventionnels (en vrac) bien que ce mode de transport maritime ait également flambé de 20%. Histoire de rééquilibrer l’offre sur les marchés de l’Union européenne où la concurrence sera très aiguë cette saison, est-il anticipé.

Pour le président de l’interprofession agrumicole, « il s’avère impérieux de déployer un plan de sauvegarde de la filière. Avec à la clé un soutien financier ciblant, en particulier les coûts logistiques ». A défaut, le secteur agrumicole pourrait sombrer dans une crise qui précipiterait sa disparition à l’export.

D’autant que les séquelles des pertes subies durant deux campagnes (2017-2018 et 2019-2020) restent encore vivaces chez de nombreux producteurs, rappelle le chef de file de l’interprofession. Les pertes subies ont été estimées à 2 milliards de DH.

Le coût des concurrences turque et égyptienne

Pourtant, cette campagne 2021-2022 se caractérise par des fondamentaux performants. La production attendue devrait s’élever à 2,5 millions de tonnes dont 650.000 tonnes destinées à l’exportation.

Pour le moment, c’est la campagne des petits fruits précoces qui vient de démarrer. Si les perturbations liées au transport sont quelque peu jugulées, l’interprofession table sur un volume export de petits fruits de l’ordre de 520.000 tonnes. Pour ce qui est des oranges, il est prévu d’expédier 130.000 tonnes sur une production totale de 1.72 million de tonnes.

Cette quantité d’oranges est négligeable par rapport au potentiel, alors qu’il y a une décennie, le Maroc exportait plus de 300.000 tonnes d’orange et 150.000 tonnes de concentré et de jus de ces mêmes fruits. Pour les professionnels, la situation actuelle tient à la concurrence, souvent subventionnée, sur les marchés européens, des origines turque et égyptienne.

Outre ce volet, les deux origines bénéficient de fortes dévaluations des monnaies de leur pays. La valeur de la livre égyptienne et de la lire turque ont connu, entre 2008 et 2020, une baisse vertigineuse par rapport à toutes les principales devises (USD, EURO, GBP). A titre d’exemple, les monnaies précitées ont connu, par rapport au dollar, une baisse respective de -70% et -75%, contre seulement 17% pour le dirham marocain. Ces deux concurrents profitent aussi du faible coût de la main-d’œuvre, de l’eau et de l’énergie.

Pour faire face à la concurrence et asseoir la filière agrumicole sur des bases solides, l’interprofession demande l’activation du nouveau contrat programme, négocié avec le gouvernement et qui tarde à être signé.

« Ceci donnerait plus de visibilité aux opérateurs de la filière dans la mesure où les investissements projetés ciblent en priorité la valorisation et le renforcement de la pénétration de circuits modernes de distribution », souligne M’Hammed Loultiti.

C’est l’unique voie pour amortir le déficit de compétitivité face au principal concurrent européen, l’Espagne. Il s’agit d’adapter l’offre marocaine à la réalité des marchés européens où les magasins de grande surface prédominent à hauteur de 85%. Ceci, via le développement de l’emballage directement consommateur (filets et cartons de 1 à 3 kg, en particulier). C’est le rôle des stations de conditionnement, dont le soutien est prévu dans le nouveau contrat programme, au même titre que l’outil de transformation des fruits.

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