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ECONOMIE

Des fédérations industrielles marocaines réclament l'instauration d'un crédit impôt-recherche

Les fédérations industrielles ont exprimé leur souhait de voir l'instauration du crédit impôt-recherche dans le projet de loi de Finances de 2022. La recherche et développement est considérée comme l'une des priorités pour faire avancer l'industrie marocaine.

Des fédérations industrielles marocaines réclament l'instauration d'un crédit impôt-recherche
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Le 6 octobre 2021 à 14h20 | Modifié 6 octobre 2021 à 15h27

Plusieurs représentants de différentes filières industrielles ont débattu des pistes de développement de l'industrie au Maroc, ce mardi 5 octobre, lors du panel inaugural de la 12e édition du Salon international de toutes les industries (e-sistep). Parmi les questions les plus abordées, la recherche et développement (R&D), les procédures administratives pour l'investissement, l'informel et la formation continue.

Miser sur la R&D

Les intervenants ont été unanimes : pour franchir un palier, l'industrie marocaine doit miser sur la recherche et développement. "On entend parler depuis longtemps au Maroc de recherche et développement, mais on voit très peu de choses se concrétiser", regrette Ismail Akalay, directeur général de la Sonasid et président de l’Association des sidérurgistes marocains.

"Pour développer la R&D, nous avons besoin de deux préalables : premièrement, il faut des universités réformées où les chercheurs sont motivés, car on ne peut pas faire de recherche sans chercheurs motivés. Deuxièmement, il faut une incitation fiscale. Je me souviens qu’avant le gouvernement Abbas El Fassi, il y avait une prime pour la R&D. A cette époque, les mineurs marocains dépensaient entre 600 millions et un milliard de dirhams par an en recherche et développement. Désormais, avec l’arrêt de cette carotte fiscale, les entreprises marocaines dépensent moins de 100 millions de dirhams."

Mohamed Bachiri, vice-président de la CGEM, déclare quant à lui : "Nous avons travaillé au niveau de Maroc Industries (une organisation qui chapeaute plusieurs fédérations industrielles) sur des sujets communs, comme celui d’une proposition que nous avons présentée pour instaurer le crédit impôt-recherche dans la loi de Finances 2022."

"L’objectif de ce crédit impôt-recherche est de renforcer la recherche opérationnelle sur des sujets précis qui intéressent les industriels, en partenariats avec les universités, les instituts de recherche et les fédérations industrielles", précise-t-il.

"Nous devons pouvoir nous convertir rapidement à l’industrie 4.0, pour passer d’une logique où l'on vend un coût de main-d’œuvre, qui n’est pas un avantage compétitif à long terme, vers la vente d’un savoir-faire", ajoute-t-il.

Najib Charai, premier vice-président de la fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME), cite quant à lui des modèles inspirants à l'international. "Dans des pays comme la Chine ou la Turquie, il suffit de créer un département R&D dans l’entreprise pour obtenir des abattements fiscaux directement affectés sur les salaires."

"Si en plus vous exportez, vous avez des avantages en subventions et en accompagnement. C’est dire l’importance du cadre incitatif dans le développement de l’industrie", estime-t-il.

Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), relate l'expérience de sa fédération : "Nous avons créé au sein du GIMAS un cluster dédié à la R&D et à l’innovation, par lequel, chaque année, nous faisons participer une dizaine de startups au salon Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas."

"Depuis la création de ce cluster, nous avons lancé 23 projets de recherche avec des industriels, et nous en avons 12 qui sont actuellement sur la table. Sauf qu’il n’y a pas de statut de chercheur au Maroc, et nous avons de grandes difficultés à en recruter pour nos entreprises", déplore-t-il.

Réformer des lois désuètes

"Malgré les centres régionaux d’investissements (CRI) et tous les efforts qui ont été faits, le circuit administratif pour investir est toujours très complexe au Maroc", déplore Abed Chagar, directeur général de Colorado et président de la Fédération de la chimie et parachimie (FCP).

S’appuyant sur l’exemple de son propre secteur, il explique : "L’industrie de la chimie et parachimie, qui était considérée comme une industrie sale et dangereuse, est toujours régie par le Dahir des établissements classés qui date de plus d’un siècle, du temps du protectorat. Alors que la France, elle-même, a réformé ses lois à maintes reprises."

"Cette situation a pour conséquence que des investissements dans cette industrie sont interdits dans certaines zones avant même d’en étudier la dangerosité", regrette-t-il. "Il y a beaucoup d’autres exemples où l’on trouve des entraves à l’investissement dans l’industrie. Il faut arrêter cette complexité administrative et laisser faire."

"Quand nous parlons de cela aux responsables, que ce soit le ministère de tutelle ou les autorités locales, tout le monde est convaincu de la nécessité de réformer ces lois, mais la décision tarde à venir", poursuit-il.

"Au sein de la FCP, nous avons lancé une grande étude avec le ministère de tutelle et le cabinet Mazars sur la réforme de cette loi. Nous sommes allés encore plus loin en proposant un texte de loi, ainsi que le décret d’application. Nous sommes désormais dans les phases finales et allons le proposer au prochain gouvernement."

Lutter contre l'informel

Abed Chagar aborde également la question du secteur informel. "C'est un problème existentiel pour le secteur de la chimie et parachimie. Il ne touche pas simplement la distribution mais aussi l’industrie en elle-même. Il faut combattre cet informel industriel en travaillant sur une incitation fiscale et législative et en donnant une échéance au delà de laquelle il faut sévir."

"Combattre ce type d’informel est d’ailleurs l’une des recommandations du rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD). Nous sommes prêts en tant qu’industriels à accompagner ce genre de recommandations, d’autant qu’une opportunité s’ouvre avec l’avènement de ce nouveau gouvernement plus homogène à trois partis, et de ce nouveau modèle de développement", déclare-t-il.

Renforcer la formation continue

"Si le Maroc a réussi à drainer des investissements étrangers importants, ce n’est pas simplement grâce à la main-d'œuvre bon marché, mais aussi grâce à un savoir-faire et des qualités humaines", estime Nabil Benazzouz, président de la Fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie.

"Pour pérenniser et développer cet avantage que nous avons en termes de savoir-faire, au sein de notre fédération, nous travaillons sur la formation continue à travers notre institut IPA (Ingénierie professionnelle académie), qui est ouvert aussi bien à nos adhérents qu’aux différents industriels", explique-t-il.

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