Meurtres de deux routiers marocains au Mali: le récit de l'Ambassadeur du Maroc à Médias24
Joint par Médias24 au téléphone, ce lundi en fin de journée, l'ambassadeur du Maroc à Bamako, Hassan Naciri, nous raconte ce qu'il sait ou ce qu'il peut révéler au sujet de la tragédie qui s'est déroulée samedi 11 septembre, où deux chauffeurs routiers marocains ont été tués par balles.
Médias24: Monsieur l'ambassadeur, comment avez-vous réagi à l'annonce de la tragédie qui a eu lieu samedi?
Hassan Naciri: Avec une profonde tristesse. Ce fut un choc et une grande stupeur, s'agissant de nos concitoyens, d'opérateurs effectuant du transport commercial et qui sont donc vecteurs de tout ce que nous souhaitons pour nos deux pays. Sans oublier les circonstances atroces de cette tragédie.
Cela s'est passé un samedi alors que les administrations étaient fermées pour le week-end. Il fallait trouver le moyen d'agir le plus vite possible et avec efficacité. Les lieux du drame étaient loin, à 300 km d'une route pas toujours praticable, en raison de la saison des pluies.
Heureusement que les autorités maliennes ont été réactives et nous ont accompagnés avec conviction et engagement, ce qui nous a facilité la tâche.
L'ambassadeur du Maroc au chevet du blessé M. Wakrim à la clinique Pasteur à Bamako
Le plus important, c'était de transférer les dépouilles de la manière la plus digne et d'évacuer le blessé et le rescapé. Les dépouilles ont été acheminées à Bamako. Pour ce qui concerne le blessé marocain, il fallait absolument s'assurer qu'il était transportable, qu'il pouvait être acheminé sans risques. Et en même temps, lui porter les premiers secours.
Sur place, dans un centre de santé, ses blessures ont été correctement suturées et il a reçu du sérum avec les premiers secours. Le lendemain, dimanche, il était à Bamako dans une clinique. En cours de route, nous avions prévu un plan B, si jamais il ne supportait pas cette route difficile, consistant à le faire admettre dans une structure de santé d'une ville située à mi-chemin. Finalement, tout s'est bien passé, et dimanche il était pris en charge en clinique à Bamako, où les médecins ont constaté qu'il avait été correctement soigné sur place.
-Est ce qu'il y a beaucoup de routiers marocains qui viennent livrer au Mali? et quel type de marchandises?
-Il n'y a pas de statistiques détaillées, cela dépend de la saison. Mais il y a un minimum qui est assuré toute l'année que l'on peut évaluer à des dizaines de camions. Certains s'arrêtent à Bamako, d'autres continuent jusqu'au Burkina Faso, au Niger ou en Côte d'Ivoire. Certains poursuivent jusqu'au Bénin.
Les Marocains livrent essentiellement des fruits, légumes, du poisson et certains produits finis. Leurs camions ne repartent jamais vides. Il y a toujours des marchandises à ramener, notamment pour la communauté originaire d'Afrique occidentale dans notre pays.
-Est-ce que vous avez reconstitué ce qui s'est passé, comment s'est déroulée cette tragédie? Y a-t-il une enquête?
-Comme vous le savez, les enquêtes prennent du temps, parce que c'est un travail sur le terrain qui s'élargit au fur et à mesure...
Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons introduit une demande officielle pour qu'il y ait une enquête. Nous avons effectué cette démarche le samedi même. Les autorités maliennes nous ont donné une réponse favorable et ont promis de faire le maximum pour identifier les auteurs et élucider les circonstances précises de cette tragédie.
Les ministères de la Justice, de la Défense, de la sécurité intérieure vont coopérer dans cette enquête. Ceci, sans oublier les Affaires étrangères bien sûr. Ces autorités ont été instruites par le Chef de l’État pour effectuer tout le travail nécessaire, d'abord un ratissage sur place qui est en train de se faire et diligenter l'enquête le plus rapidement possible.
Je pense que l'enquête est déjà engagée. Et bien entendu, elle ne peut être que confidentielle.
-Est-ce qu'il y a des enquêteurs marocains présents? Une aide matérielle marocaine?
-A l'instant où je vous parle, je ne suis pas au courant d'une présence d'enquêteurs marocains. En tous les cas, c'est du domaine du confidentiel. Comme vous le savez, il existe une bonne coopération sécuritaire entre nos deux pays.
-Qu'est-ce que vous savez du drame? Qu'est-ce que vous avez pu reconstituer?
-Les éléments dont je dispose sont les suivants, d'une manière schématique. Ce samedi 11 septembre 2021, les camionneurs marocains ont accompli les formalités administratives et douanières à la frontière mauritanienne et sont entrés sur le territoire malien, vers 10H. Il y a avait deux camions qui se suivaient.
En cours de route, en direction de Bamako, 120 km après la frontière, il y a eu le drame vers la mi-journée. Le premier camion marocain a constaté qu'un véhicule de police de la brigade anti-criminalité qui sécurise cette route, le suivait et voulait le dépasser. La circulation ne permettait pas de lui céder le passage. Au bout d'un moment, le dépassement a été possible. Dès que la voiture les a dépassés, elle a été la première à essuyer les tirs, puis ce fut le cas pour les deux camions marocains.
Donc on ne sait pas, à ce stade préliminaire, qui était réellement ciblé, ni par qui. Le bilan est de deux morts, un blessé et un rescapé qui a raconté qu'il s'est caché sur le bas-côté.
-Est-ce qu'on peut, aujourd'hui, parler d'hypothèses concernant l'identité des meurtriers?
-A mon niveau, non. C'est une affaire très sérieuse qui exige rigueur et professionnalisme avant d'en tirer les conclusions.
-Est-ce que le trafic routier commercial marocain va se poursuivre ou va devenir trop risqué et s'arrêter dans cette région?
-La route ne s'est pas désemplie une seule seconde depuis cette tragédie. La circulation a continué le plus normalement du monde. Depuis samedi, les autorités ont renforcé les patrouilles là-bas. Il faudra peut-être éviter les déplacements nocturnes et en journée, se déplacer en convoi, tout en équipant les camions de systèmes permettant de rester en contact avec les autres convois ou avec la sécurité.
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