PCNS : deux scénarios pour une décarbonation plus importante que prévu par la politique actuelle
Le Policy center for the New South et Enel Green Power Morocco ont entrepris une modélisation pour quantifier les changements liés à la production et à la consommation énergétique au Maroc dans la voie de la décarbonation. Trois scénarios ont été étudiés.
Le Policy Center of the New South a publié une note intitulée "La trajectoire de décarbonation du Maroc, 2ème partie : scénarios de décarbonation actualisés". Ce policy brief, le deuxième d'une série de quatre, présente les résultats de la modélisation de trois scénarios de décarbonation afin d'évaluer les options potentielles à adopter :
- Le scénario « Cours normal des affaires » (CNA) décrit le système énergétique qui sera probablement mis en œuvre, au cours des décennies à venir, si les options stratégiques actuelles et les composantes de la gouvernance, de l'offre et de la demande en énergie sont maintenus.
- Le scénario « Ambition accélérée » (AA) va non seulement au-delà du scénario CNA, mais aussi au-delà de l'objectif inconditionnel du Maroc. Il comprend des mesures-clés qui influent fortement sur la demande, comme l'efficacité énergétique, la réforme progressive de la subvention du gaz de pétrole liquéfié (GPL), la mobilité propre et électrique et un recours accru au dessalement.
- Le scénario « Développement vert » (DV): Ce scénario exploite tous les leviers de décarbonation possibles.
Ainsi, les résultats de cette modélisation affichent qu'au niveau national, les deux scénarios de décarbonation AA et DV atteignent des objectifs de décarbonation plus élevés que la politique actuelle. : à l’horizon 2050, dans le cadre des scénarios AA et DV, les émissions de GES (Gaz à effet de serre) seront réduites de 56 % et 74 %, respectivement, par rapport au scénario CNA.
D'autre part, les objectifs de décarbonation selon les scénarios AA et DV seraient atteints principalement grâce à une électrification poussée des secteurs finaux et à une pénétration accrue des sources d'énergies renouvelables (SER) dans le mix de production d'électricité, y compris l'hydrogène vert.
À l’horizon 2050, en revanche, la part de la consommation d'électricité passe de 13% seulement dans le scénario CNA à 40% et 58%, respectivement, dans les scénarios AA et DV.
La hausse de la demande d'électricité dans les deux scénarios de décarbonation nécessite une augmentation importante de la production d'électricité, de 96 térawatts par heure (TWh) dans le scénario CNA à 188 TWH dans le scénario AA et à 228 TWH dans le scénario DV.
Dans les deux scénarios de décarbonation, le gros de la production d'électricité est assuré par les sources d'énergies renouvelables, dont la part dans le mix total est estimée à 77 % dans le scénario « Ambition accélérée » et à 87 % dans le scénario «Développement vert », contre 33 % dans le scénario CNA.
De plus, "le secteur de l'électricité est supposé offrir flexibilité et fiabilité, grâce à un portefeuille diversifié de technologies qui réduisent la part du gaz naturel dans la capacité et la production totales dans les scénarios décarbonés," souligne la note du PCNS.
En ne considérant que les émissions de GES liées à l'énergie, les émissions totales du Maroc atteindraient 163 Mt éqCO2 (millions de tonnes métriques d'équivalents dioxyde de carbone) dans le scénario CNA en 2050, contre 70 dans le scénario AA et 37 dans le scénario DV.
Par secteur, les transports, la production d'électricité et le secteur résidentiel sont les trois secteurs clés pour la décarbonation du mix énergétique du Maroc :
- Le secteur des transports représente à lui seul 55 % des émissions totales de GES liées à l'énergie en 2050 dans le scénario CNA, soit 89 Mt éqCO2. Les émissions de ce secteur peuvent être réduites à 31 Mt éqCO2 et 15 Mt éqCO2 d'ici 2050 dans les scénarios AA et DV, respectivement, notamment grâce à une électrification accrue des utilisations finales dans ce secteur.
- La production d'électricité est la deuxième source d'émission de GES liées à l'énergie dans le scénario CNA, représentant 18 % du total des émissions de GES liées à l'énergie en 2050, soit 30 Mt éqCO2. Grâce à une plus grande pénétration des énergies renouvelables dans le mix électrique, les émissions de ce secteur peuvent être réduites à 10 Mt éqCO2 en 2050 dans le scénario AA et à 7 Mt éqCO2 dans le scénario DV.
- L'électrification accrue et la réduction de l'intensité énergétique dans les secteurs du résidentiel et du tertiaire, troisième source d'émissions de GES liées à l'énergie dans le scénario CNA, pourraient permettre de réduire les émissions de ce secteur à 11 Mt éqCO2 en 2050 dans le scénario AA et à 2 Mt éqCO2 dans le scénario DV (contre 24Mt éqCO2 dans le scénario CNA).
Au final, la note du PCNS met en exergue le chemin qu'il reste à parcourir pour atteindre des objectifs conséquents de réduction des émissions de GES. Il a été établi qu'il n'est pas suffisant d'atteindre les objectifs inconditionnels de réduction des émissions de la CDN du Maroc de -13% (sans l'AFAT) d'ici 2030.
Les scénarios modélisés AA et DV prévoient tous deux une décarbonation plus importante que celle envisagée par la politique actuelle, car ces scénarios incluent une électrification accrue des secteurs finaux et des sources d'énergie moins polluantes (comme les énergies renouvelables et l'hydrogène). Ces scénarios seraient également axés sur l'innovation et la technologie, conformément aux tendances énergétiques des économies développées.
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