Affaire Pegasus : le Maroc dément le recours au logiciel espion

Le Maroc dément avoir infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères par le biais du logiciel espion Pegasus, comme l'assurent les différents articles publiés par la coalition "Forbidden Stories". Il se réserve le droit de prendre les mesures qu'il juge appropriées.

Affaire Pegasus : le Maroc dément le recours au logiciel espion

Le 19 juillet 2021 à 15h08

Modifié 19 juillet 2021 à 16h54

Le Maroc dément avoir infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères par le biais du logiciel espion Pegasus, comme l'assurent les différents articles publiés par la coalition "Forbidden Stories". Il se réserve le droit de prendre les mesures qu'il juge appropriées.

Le Maroc sort de son silence au sujet de l’Affaire Pegasus révélée par le consortium Forbidden Stories.

Le consortium a publié une série d’articles au sujet du logiciel espion, Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO, et qui serait utilisé pour surveiller des journalistes, des activistes et d’autres membres de la société civile dans une cinquantaine de pays dans le monde dont le Maroc.

Dans un communiqué diffusé ce lundi 19 juillet, le gouvernement marocain a « exprimé son grand étonnement de la publication, depuis dimanche 18 juillet, de manière récurrente et coordonnée, par des journaux étrangers réunis sous la bannière d’une coalition appelée « Forbidden stories », d’informations erronées dans lesquelles leurs auteurs prétendent de façon mensongère que le Maroc a infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d’organisations internationales à travers un logiciel informatique ».

Le gouvernement affirme « qu’il rejette et condamne catégoriquement ces allégations mensongères dénuées de tout fondement, à l’instar de précédentes allégations semblables d’Amnesty international à ce sujet ».

Dans son communiqué, le gouvernement marocain « tient à rappeler à l’opinion publique nationale et internationale que le Maroc est un Etat de droit, qui garantit le caractère secret des communications personnelles par la force de la Constitution et en vertu des engagements conventionnels du Royaume et des lois et mécanismes judiciaires et non judiciaires garantissant la protection des données à caractère personnel et la cybersécurité à l’ensemble des citoyens et des résidents étrangers au Maroc ».

Le Maroc affirme n’avoir jamais acquis de logiciels espions

Et d’ajouter « qu’il n’est nullement autorisé, par la force de la Constitution, d’accéder ou de publier, totalement ou partiellement, le contenu des communications personnelles ou de les utiliser contre quiconque sauf sur ordre émis par le pouvoir judiciaire indépendant et conformément aux conditions et modalités prévues par la loi. Les appareils chargés de l’application de la loi sont tenus de respecter ses dispositions et ne peuvent agir en dehors de son cadre ».

Le gouvernement du Royaume du Maroc assure qu’il « n’a jamais acquis de logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication, de même que les autorités marocaines n’ont jamais eu recours à ce genre d’actes », ajoutant que « le collectif médiatique, dans l’ensemble des articles de presse qu’il a diffusés, est incapable jusqu’à présent de fournir des preuves pour appuyer ses allégations« .

« Conscient des arrière-pensées et des visées derrière la diffusion de ces allégations mensongères et de leur contexte », le gouvernement marocain « défie le collectif précité, tout comme il l’avait fait avec Amnesty international, de fournir des preuves réalistes et scientifiques qui peuvent faire l’objet d’une expertise et d’une contre-expertise professionnelles, impartiales et indépendantes sur la véracité de ces allégations ».

Le gouvernement du Royaume du Maroc se réserve le droit de prendre les mesures qu’il juge appropriées face aux allégations mensongères véhiculées par le collectif précité et qui visent à porter atteinte à l’image du pays, à ses acquis dans le domaine des libertés et droits fondamentaux, à son statut et à ses intérêts suprêmes, conclut le communiqué.

Une enquête réunissant 17 médias internationaux

Le 18 juillet, Forbidden Stories a publié une enquête intitulée « le projet Pegasus ». Il s’agit d’une enquête menée par 17 médias internationaux (dont The Guardian, Le Monde, The Washington Post,…) sur l’utilisation du logiciel Pegasus commercialisé par la société de cybersurveillance NSO Group.

Des articles ont déjà été publiés, d’autres sont attendus au cours des prochains jours.

Les auteurs de l’enquête expliquent que le « logiciel espion Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO, est utilisé depuis plusieurs années pour surveiller de façon systématique des journalistes, des activistes et d’autres membres de la société civile ».

Cette conclusion fait suite à l’analyse « d’une fuite massive de 50.000 numéros de téléphone sélectionnés comme cibles dans une cinquantaine de pays, depuis 2016 » et à laquelle ont eu accès le consortium Forbidden Stories et Amnesty International.

Le consortium avance que « la liste de numéros analysée montre qu’au moins 180 journalistes ont été sélectionnés comme cibles avec ce logiciel dans le monde, particulièrement en Inde, au Mexique, au Maroc et en France ».

« Parmi les numéros sélectionnés on trouve également ceux de militants des droits de l’homme, d’universitaires, de syndicalistes, de diplomates, d’hommes et de femmes politiques et de plusieurs chefs d’État », explique-t-il.

Le consortium dit avoir corroboré l’authenticité de la liste des numéros par plusieurs sources.

Il explique aussi qu’il « est impossible de savoir si un numéro de téléphone spécifique apparaissant dans la liste a été compromis avec succès sans analyser l’appareil ».

Ils ont pu procéder à des analyses sur 67 téléphones au total, dont une douzaine appartenant à des journalistes avec l’appui technique du Security Lab d’Amnesty International. Ces analyses ont révélé, soutient Forbidden Stories, que 37 d’entre eux avaient des traces de Pegasus.

Le Maroc est cité à plusieurs reprises dans le cadre de cette enquête, comme dans cet article introductif sur le projet Pegasus, où Forbidden Stories avance que « plus de 10 000 numéros de téléphone ont été sélectionnés en vue d’une possible surveillance par le seul client marocain en l’espace de deux ans », pour illustrer l’écart entre la réalité d’utilisation du logiciel et les promesses de l’entreprise qui insiste dans son dernier rapport de transparence sur le fait que Pegasus « n’est pas un outil de surveillance de masse » et est « utilisé uniquement lorsqu’il y a une raison légitime d’application de la loi ou de renseignement».

Dans un article publié ce lundi 19 juillet, le média français Mediapart accuse le Maroc d’avoir espionné les téléphones de deux de ses journalistes. Il menace de porter plainte auprès du procureur de la République.

Le sujet du logiciel espion Pegasus n’est pas nouveau. Les allégations portant sur l’utilisation par le Maroc du logiciel remontent à plusieurs mois déjà. Les accusations ont été formulées par Amnesty International. Et le chef du gouvernement, Saad Eddine Elotmani, s’était exprimé sur la question en juillet 2020.

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