A Tanger, “la reprise se confirme, la confiance revient”
Les acteurs économiques de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima abordent la reprise avec optimisme. La région qui est devenue un pôle industriel veut franchir un palier en se diversifiant et en renforçant la compétitivité de ses industries à l'international.
Les Régionales de l'investissement, l'événement qu'organise la Banque populaire a fait escale cette fois-ci à Tanger. Durant les deux dernières décennies, Tanger a fait l'objet d'une attention royale particulière, qui en a fait un pôle de croissance sur lequel peut compter le Royaume. Comment soutenir cette croissance, comment la rendre durable, comment la protéger et l'élargir à toute la région? C'étaient les principales questions auxquelles ont essayé de répondre les différents intervenants dans cette rencontre.
Le port de Tanger Med, la ligne à grande vitesse LGV, le programme de développement urbain Tanger Métropole, la zone franche, etc., Tanger est probablement la ville qui a le plus profité des plans étatiques de développement industriel et d'infrastructures. La grande dynamique créée par ces investissements a fait que la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima contribue à près de 10% dans le PIB national, se classant actuellement à la troisième place. Le Conseil régional ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, puisqu'il vise à décrocher la deuxième place au cours des 25 prochaines années, annonce son directeur général Tahar El Hanine.
Dans ce sens, un contrat-programme a été conclu avec l'Etat qui s'étale sur 3 ans et qui prévoit des investissements de plus de 4 milliards de dirhams, dont près de 1,5 milliard comme contribution de la région. Il visera essentiellement le renforcement de trois volets à savoir l'attractivité économique, les services sociaux et l'attractivité touristique de la région.
Sur la nouvelle ville de Tanger Tech, où le Conseil régional est associé à hauteur de 50%, Tahar El Hanine déclare que sur une superficie totale de 4.000 ha, 100 ha ont déjà été viabilisés et sont prêts à être commercialisés; ssurant qu'avec le regain d'intérêt des chinois et le changement du partenaire, le projet pourra bientôt repartir de plus belle.
La reprise se confirme, la confiance revient
Adil Raïs, président de la CGEM région Nord, a assuré que la confiance qui a été ébranlée par la crise est en train de revenir, «les acteurs sont confiants dans la reprise des activités», dit-il.
Même son de cloche chez la Chambre de commerce, d'industrie et des services, dont le président Omar Moro a déclaré que «dans les six derniers mois, on commence à noter une relance de l'investissement». Il fait remarquer aussi que l'investissement industriel dans la région est dorénavant plus diversifié et s'ouvre de plus en plus à l'aéronautique, l'électrique et l'électronique, le chimique et l'agroalimentaire.
Sur la banque de projets initiée par le ministère de l'Industrie, il a été révélé que la région compte 38 projets parmi les 523 retenus. Ces projets nécessitent un investissement total de 1,51 MMDH et représenteront cinq secteurs: l'agroalimentaire, le textile, la plasturgie, la métallurgie et la chimie et parachimie.
D'autre part, le directeur général de la CCG, Hicham Zanati Serghini, a fait savoir que plus de 10.000 crédits ont été garantis par son organisme au profit des acteurs économiques de la région, totalisant 4,6 milliards de DH en crédits Oxygène et Relance. Sur les produits Intelaka, 2.700 crédits ont été octroyés représentant un total de 550 millions de DH.
Des défis à relever
Conscients que le développement n'a pas touché tous les territoires de la région, un programme de 2 milliards de DH a également été prévu pour la réduction des disparités territoriales et sociales. Le Conseil régional prévoit ainsi de développer entre autres de nouvelles zones industrielles dans les villes de Chefchaouen, Larache et Al Hoceima.
Les intervenants se sont aussi accordés sur la nécessité pour la ville de monter en gamme et de s'éloigner du positionnement low cost. C'est une tendance qui d'ailleurs se fait de plus en plus remarquer. «Nous remarquons de plus en plus la délocalisation à Tanger pour la production de pièces nobles, pour les services IT comme avec APM Terminals, les centres de développement et les centres de maintenance,..., car ils trouvent des compétences marocaines qui ont développé une certaine expertise», explique Tahar El Hanine.
Par ailleurs, Omar Moro de la CCIS rappelle que Tanger est aussi une ville de textile, il souhaite que «comme pour l'automobile, il faut créer un écosystème pour ce secteur là, surtout à l'amont de la filière». Il regrette également que le secteur de la logistique n'aille pas à la même vitesse que l'industrie et que l'e-commerce n'ait pas encore pris réellement son envol, même s'il a pu progresser durant la période du confinement.
Le secteur automobile face au virage des énergies vertes
«Si l'automobile n'est pas capable de se transformer, dans dix ans il va disparaître tel qu'on le connaît aujourd'hui», alerte Adil Raïs, évoquant la mutation profonde du secteur en direction des énergies vertes. Hakim Abdelmoumen, président de l'Amica, préfère parler de virage technologique que la filière doit absolument prendre et qui est fait de nouvelles technologies et de mobilité verte et durable. «On ne peut se réclamer plateforme industrielle automobile de demain sans s'inscrire dans cette mutation» poursuit-il.
Afin de relever ce défi, il ajoute que «nous sommes en train de créer une plateforme qui va accueillir la partie ingénierie et développement, qui est un nouveau métier qu'on pourra exporter». «D'ailleurs plusieurs entreprises mondiales d'ingénierie se sont implanté au Maroc, qui emploient par milliers, ça va nous permettre de passer d'une industrie de production à une industrie de développement», développe-t-il. Il appelle, par ailleurs, à une plus forte coopération entre l'industrie, le monde des universités et de la recherche et le monde de la finance pour réussir cette vision.
Néanmoins, «malgré que le Maroc soit en pôle position dans le bassin méditerranéen, nous avons encore des efforts à faire au niveau de la compétitivité» assure-t-il. Cela passera imparablement par de plus grands efforts sur le taux d'intégration et le coût de l'énergie. «Si on arrive à faire tout cela, on peut dépasser l'Inde en termes de compétitivité»,déclare-t-il.
Selon Omar Moro de la CCIS, «on est passé en l'espace de 6 ans à peine, d'un taux d'intégration de 18% à 60%». Le secteur qui constitue le premier exportateur du Royaume, compte actuellement 250 équipementiers. Le défi est maintenant de multiplier les sous-traitants de rang 2 et 3, pour passer à 80% de taux d'intégration. «Pour qu'ils augmentent leur compétitivité, nous devons proposer des PME-PMI autour d'eux qui leur fournissent les composants industriels de métallurgie, plasturgie, traitement de surface, textile, etc.», selon Hakim Abdelmoumen. Il donne l'exemple d'industriels du Denim qui ont basculé à 100% vers l'automobile pour accompagner ces équipementiers.
Parmi les leçons retenues de la crise du Covid, c'est que l'approvisionnement en composants et en matières premières est un réel enjeu pour la filière. «Les industries de demain sont celles qui vont maîtriser les matières premières chez elles» pense-t-il.
Le coût énergétique est aussi une composante importante dans la compétitivité de toute industrie. «Il faut transformer la taxe carbone en opportunité» recommande-t-il. C'est le but que s'est défini l'Agence marocaine pour l'efficacité énergétique (AMEE), représentée dans cette rencontre par son directeur général Saïd Mouline. Ce dernier a expliqué comment la région a été précurseur en matière d'énergies renouvelables, notamment avec l'éolien.
L'industrie automobile doit se préparer, selon lui, à la taxe carbone, rappelant que l'adoption des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique permettra de réduire sensiblement la facture énergétique. «Le retour sur investissement est très court», avance-t-il. L'AMEE en partenariat avec Maroc PME offre d'ailleurs des subventions et des solutions de financement à travers le programme Tatwir Vert, afin d'accompagner ce mouvement.
Tanger Med, premier port à conteneurs en méditerranée
Avec 5.771.221 conteneurs EVP traités en 2020 (+20% par rapport à 2019), le port Tanger Med poursuit sa lancée, se positionnant comme le premier port à conteneurs de méditerranée. Les chiffres indiquent aussi 81 millions de tonnes (+23%) et un trafic en vrac liquide en augmentation de 26%. Ce sont aussi 7.968.485 tonnes d'hydrocarbures et 303.705 tonnes (+18%) traitées en trafic vrac solide. Naturellement le chiffre d'affaires du port a réalisé une croissance de 18% au premier trimestre.
Deux conventions signées
Cette rencontre a été également l'occasion de signer deux conventions entre la Banque populaire Tanger-Tétouan, d'une part, et la CGEM région Nord, ainsi que la CCIS d'autre part. Ces conventions ont porté sur un partenariat visant la promotion de l'investissement. «Ces conventions viennent concrétiser un travail déjà entamé, depuis des années en étroite collaboration avec la CGEM et la CCIS en faveur de l’entrepreneuriat dans la région», a déclaré Samir Klaoua, président du directoire de la BP Tanger-Tétouan.
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