S&P: une tonalité positive qui tranche avec la décision de baisser la note souveraine

Comme celle de Fitch Rating en octobre 2020, la baisse de la note souveraine du Maroc par Standard & Poors suscite l'incompréhension, mais au final ne devrait pas impacter les acteurs économiques ni la capacité de levée du Maroc.

S&P: une tonalité positive qui tranche avec la décision de baisser la note souveraine

Le 4 avril 2021 à 9h36

Modifié 11 avril 2021 à 2h51

Comme celle de Fitch Rating en octobre 2020, la baisse de la note souveraine du Maroc par Standard & Poors suscite l'incompréhension, mais au final ne devrait pas impacter les acteurs économiques ni la capacité de levée du Maroc.

Ce vendredi 2 avril, Standard & Poors a révisé à la baisse la notation du Maroc et privé notre pays de son investment grade pour aller dans la catégorie spéculative. Curieusement, cette décision est accompagnée par un rapport très positif concernant la situation économique du Maroc et la manière dont la crise née de la pandémie a été gérée.

Comment expliquer cette dégradation de la note souveraine? quelles sont les conséquences possibles sur l’économie marocaine?

La tonalité positive du rapport de S&P tranche avec la décision. « C’est comme si l’agence de notation avait appliqué un modèle de rating qui n’a pas été actualisé après la pandémie », estime une source financière jointe par Médias24.

Le rapport explique que « la perspective stable » accordée au Maroc « reflète l’attente [de S&P] selon laquelle une reprise économique, parallèlement à de nouvelles réformes structurelles économiques et budgétaires, contribuera à contrebalancer les pressions budgétaires ». Il ne prévoit pas de creusement des déficits extérieurs et si tel était le cas, la perspective pourrait passer à négative.

S&P constate que « les politiques se concentrent sur l’accélération de la reprise économique après la contraction induite par le COVID-19 », que « l’expansion économique sera soutenue par les mesures de soutien budgétaire du gouvernement, avec un programme de relance économique évalué à 11% du PIB » et prévoit un taux de croissance de 5% en 2021 pour retrouver sa taille de 2019 en 2022.

Sans une telle réponse politique globale, la contraction du PIB au Maroc aurait été considérablement plus importante

Les raisons du déficit budgétaire de 2020 (7,7%) sont notoires et sont rappelées: la pandémie, le confinement qui s’en est suivi, la baisse de la demande en interne et à l’extérieur. Les recettes voyages ont donc baissé de 54% en 2020. Malgré cela, le déficit du compte courant s’est amélioré, passant de 4,1% en 2019 à 1,5% en 2020. Les IDE se sont maintenus et les transferts des MRE ont augmenté.

Autre coup dur, 2020 a été la deuxième année consécutive de sécheresse.

L’agence rappelle les mesures de soutien à l’emploi et aux entreprises ainsi que la politique ciblant la relance économique. Elle ajoute: « À notre avis, sans une telle réponse politique globale, la contraction du PIB au Maroc aurait été considérablement plus importante« .

Pour le court et le moyen terme, l’analyse est à la fois réaliste et optimiste:

« En 2021, nous prévoyons un rebond économique réel d’environ 5% et un PIB réel de 4% en moyenne en 2021-2024. Cela dépendra cependant du moment où les effets de la pandémie de COVID-19 au Maroc et de ses principaux partenaires commerciaux s’atténueront. La reprise de l’Europe est particulièrement essentielle, car la région représente 70% des exportations totales du Maroc. À notre avis, le rétablissement de la croissance économique découlera probablement de la demande intérieure soutenue par la consommation privée, les investissements des entreprises, les exportations de biens et – sous réserve de l’évolution de la pandémie – une éventuelle reprise du tourisme. De plus, le secteur agricole en 2021 bénéficiera probablement d’un climat plus favorable par rapport aux conditions météorologiques sèches depuis début 2019.

« La croissance économique en 2021-2024 sera également soutenue par l’orientation stratégique du gouvernement sur l’accélération de la reprise économique. En 2020, le gouvernement a lancé un plan de relance économique évalué à 120 milliards de dirhams marocains (MAD) (11% du PIB), constituant principalement des garanties de crédit aux entreprises (7% du PIB) et le financement d’un nouveau Fonds d’investissement stratégique (4 % du PIB, l’État fournissant un tiers des fonds, le reste étant financé par le secteur privé. Ce dernier devrait mobiliser des financements pour des projets d’investissement, y compris des partenariats public-privé et la recapitalisation des entreprises pour soutenir leur développement .

« Au-delà de la pandémie, à moyen terme, nous pensons que le gouvernement maintiendra sa stratégie de réduction de la vulnérabilité de l’économie aux chocs climatiques en diversifiant l’économie et en investissant dans des technologies plus efficaces dans le secteur agricole. Cela pourrait se concrétiser, par exemple, par la mise en œuvre du plan «Génération verte 2020-2030», qui devrait s’appuyer sur les acquis du Plan Maroc vert, pour doubler la production et les exportations du secteur agricole d’ici 2030.

« Dans le contexte de la diversification économique, nous pensons que la production non agricole continuera de croître conformément aux tendances prépandémiques et reflétera la croissance continue des investissements directs étrangers, une fois que les revers économiques du COVID-19 s’atténueront, sous réserve du rythme de la reprise de la demande extérieure. En termes structurels, le pays a construit des grappes industrielles qui seront probablement le moteur de l’économie tout au long de cette décennie. Par exemple, le nombre de véhicules produits au Maroc a augmenté de plus de 2,5 fois depuis 2014, dépassant les exportations de valeur liées aux phosphates et à leurs dérivés il y a quelques années. Cette tendance devrait se poursuivre. Par exemple, les dirigeants de l’usine de construction automobile de Stellantis [PSA, Fiat, Chrysler] prévoient une production quasiment quadruplée au cours des prochaines années (53.000 unités en 2020).

« (…) Le Maroc a largement fait preuve de stabilité politique et sociale, notamment après le printemps arabe. Le Roi Mohammed VI préside le Conseil des ministres, qui délibère sur les lois stratégiques et les orientations politiques de l’État. (…).

Comment SP justifie-telle sa décision de dégrader la note souveraine?

-Le déficit budgétaire: il s’est aggravé beaucoup moins que l’on ne pouvait le craindre et que dans beaucoup de pays comparables ou pas.

-Les déficits extérieurs: Le compte courant s’est remarquablement comporté, terminant l’année avec une performance très positive puisqu’il a baissé à 1,5%, l’une des meilleures performances de l’époque récente.

-l’aggravation de l‘endettement: Pour S&P, l’endettement du Trésor atteindra 72% du PIB en 2024.

En réalité, pour les années 2020 et 2021, il y a un effet mécanique de hausse du taux d’endettement en raison de la baisse du dénominateur (le PIB). Une source autorisée contactée par Médias24 estime que la dette augmentera légèrement en valeur absolue en 2021 et 2022 pour se stabiliser en 2023 et entamer une baisse en 2024.

Notre source estime que la dette marocaine est soutenable, avec une part concessionnelle importante, à taux fixe et à maturités longues.

-dernier point soulevé par Standard & Poors, celui des garanties accordées par l’Etat dans le cadre des plans anti-crise: notre source rappelle que « le Maroc n’attend pas la survenance des sinistres mais dote la CCG a priori, sur la base d’une évaluation de la sinistralité ». En 2020, la Caisse Centrale de Garantie a reçu 3 milliards de DH correspondant à un besoin de couverture éventuelle. 2 milliards de DH de dotation similaire sont prévus en 2021.

Il reste bien sûr les garanties accordées aux entreprises publiques et ayant été fortement impactées par la pandémie. A titre d’exemple, c’est le cas de la RAM, de l’ONCF et d’ADM. A ce jour, selon nos sources, aucun défaut de paiement n’a été enregistré et la situation est suivie quotidiennement.

En octobre 2020, Fitch avait déjà dégradé la note du Maroc. Deux mois plus tard, le pays avait levé trois milliards de dollars sur le marché international à des conditions très avantageuses. Le Maroc ne prévoit pas à ce jour de nouvelle sortie internationale. Quant aux banques et aux opérateurs économiques, ils ne devraient pas être impactés par la baisse la note souveraine.

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