Les recommandations de la DEPF pour améliorer l'attractivité des territoires marocains
Doter les territoires de systèmes d’information sur le climat des affaires, investir dans une politique de city branding, renforcer la connectivité entre les territoires et développer le tourisme rural, sont autant d’actions qui permettront de développer l’attractivité des provinces et préfectures marocaines, selon un policy brief, réalisé par Hind Lamrani Hanchi, chargée d’études socio-économiques des territoires à la DEPF.
Ce travail, intitulé "Quelle attractivité économique pour les préfectures et provinces du Maroc : productive ou résidentielle", a été réalisé dans le but de dresser une typologie de l’attractivité des territoires marocains et d'identifier quelques pistes de réflexion, pour permettre au Royaume de mobiliser le potentiel de ses territoires, et d’en faire un levier d’accélération de son développement économique et social.
Cinq classes d’attractivité au Maroc
"Placées entre la région et la commune dans le découpage administratif, la préfecture et la province ont un rôle primordial dans le développement régional et national. Elles constituent un maillon essentiel pour une intervention plus efficace de l'Etat", explique ladite note.
"Afin d’assurer un développement soutenu, inclusif et durable, ces provinces et préfectures devraient renforcer l’attractivité de leur territoire, plus précisément leur attractivité productive (la capacité du territoire à attirer des activités nouvelles et des facteurs de production) et leur attractivité résidentielle (la capacité du territoire à attirer des revenus à travers la présence permanente ou provisoire de certaines personnes)".
Pour ce faire, Mme Lamrani a émis une liste de recommandations, sur la base d'une analyse de 32 territoires marocains, choisis selon deux critères, à savoir la taille de la population urbaine et la représentativité des 12 régions du Royaume. Celle-ci a démontré que cinq classes d'attractivité se profilent au Maroc, qui se présentent comme suit :
- Classe 1 : Des zones à forte attractivité productive : Cette classe comprend les deux pôles urbains par excellence, à savoir, la préfecture de Rabat et de Casablanca. La première est à connotation administrative, tandis que la seconde exerce une forte attractivité pour le secteur privé. Ces deux pôles drainent fortement les actifs qualifiés, les hauts emplois ainsi que la population active occupée de nationalité étrangère. Ils se caractérisent également par une forte présence des entreprises.
- Classe 2 : Des zones à forte attractivité résidentielle pour les touristes : Ici, les préfectures concernées sont principalement celles de Marrakech et Agadir, qui disposent d’atouts touristiques attrayants. Celles-ci se caractérisent ainsi par la forte fréquentation touristique, par l’ampleur de l’emploi dans le secteur du tourisme, ainsi que la forte concentration de la population étrangère ayant 60 ans et plus.
- Classe 3 : Des zones à attractivité productive et touristique moyennes : Dans cette classe, ce sont les deux préfectures de Fès et Tanger qui sont concernées, puisqu'elles se distinguent par une attractivité moyennement forte aux actifs qualifiés. Tanger est le second pôle productif du Royaume avec une forte création des entreprises, mais ses performances enregistrées par rapport aux autres indicateurs reflétant l'attractivité productive ne lui permettent pas de se hisser parmi la classe 1. Par ailleurs, ces deux préfectures sont à attractivité moyennement forte pour les touristes. Elles se hissent ainsi derrière le trio Marrakech, Agadir et Casablanca en la matière.
- Classe 4 : Des zones à attractivité résidentielle pour les salariés travaillant en dehors de leurs zones de résidence : Cette classe rassemble cinq territoires marocains, à savoir Nouaceur, Salé, Skhirat-Témara, Mohammedia et Inzegane-Ait Melloul, se situant à proximité des grands pôles productifs, principalement Rabat, Casablanca et Agadir. Ces provinces profitent ainsi du dynamisme de l’emploi des pôles productifs voisins, de l’offre résidentielle locale et d’une infrastructure de base les reliant aux grands pôles. Leurs spécificités intrinsèques ont permis de façonner l’image d’une attractivité qualifiée de résidentielle.
- Classe 5 : Des zones à attractivité productive pour les travailleurs indépendants : qui englobent majoritairement les provinces de l’intérieur du Maroc, qui accueillent plus d’un tiers des travailleurs indépendants de la population active occupée, notamment Settat, Khémissat, Taza, Khénifra, Nador, Safi, El Jadida, Fquih Ben Salah, Larache, Beni Mellal, Taroudant et Berrechid. Cette forme d’attractivité productive tournée vers les travailleurs indépendants demeure toutefois faiblement génératrice d’emplois qualifiés, puisque l’implantation d’entreprises y est principalement axée sur les secteurs de l’agriculture et du commerce.
Les recommandations pour une meilleure attractivité des territoires
Cette classification montre ainsi que pour que les territoires marocains soient attractifs, ils doivent rassembler un certain nombre de facteurs déterminants, notamment un prix de l'immobilier bas, pour une meilleure qualité de vie, les infrastructures nécessaires, une connexion avec les autres territoires du pays et le reste du monde, et une couverture numérique (internet)...
Ce sont donc les moyens d'attraction sur lesquels il faudrait agir, pour favoriser et fortifier cette attractivité. Pour ce faire, voici une liste de recommandations émises par Mme Lamrani :
- Placer le rayonnement des territoires au cœur de la politique des centres régionaux d’investissement : "Conformément à la nouvelle réforme des CRIs, ces institutions sont amenées à être des organes actifs non seulement dans la promotion de l'investissement mais également dans l'impulsion économique et l'offre territoriale".
- Se doter d’un système d’information territorialisé sur le climat des affaires : "Un tel système serait un atout considérable afin d’avoir des données tangibles sur la gestion du cycle de vie de l’entreprise implantée sur un territoire donné et de déterminer les principales entraves, permettant de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue".
- Renforcer la connectivité entre les territoires, en particulier les territoires ruraux au reste de l'économie à travers des systèmes de transport et de technologie de l'information : "Pour les touristes comme pour les locaux, l'accessibilité intra et inter territoriale est essentielle. Elle est une condition sine qua none pour faciliter la mobilité des citoyens, promouvoir le désenclavement des territoires et accroître la taille du marché pour les entreprises et concourir au façonnement de l'image du territoire pour une meilleure insertion dans la carte nationale et mondiale".
- Assurer le suivi en temps réel des espaces d'accueil existants dédiés aux entreprises et veiller à ce qu'ils soient conformes aux standards internationaux et bien connectés aux réseaux du transport national, tous types confondus.
- Investir plus intensément dans une politique de "city branding" associée à un projet urbain : "Partant du constat qui stipule que la notoriété de la ville génère son essor économique. L'idée est de concevoir un projet urbain visant à façonner une image de marque pour les territoires à faible attractivité économique, fondée sur un syncrétisme de l’identité héritée et de l’identité projetée du territoire. Les cibles sont à la fois les habitants locaux, les touristes et les entreprises. Certaines villes du Maroc regorgent de multiples spécificités mais manquent d'un vrai 'label' faisant d'elles des destinations attractives".
- Développer le tourisme rural dans une logique qui concilie la conservation du patrimoine et le développement local : "Il s'agit de diversifier l'offre touristique, largement prédominée par les destinations touristiques de Marrakech, Agadir ainsi que les villes nordiques balnéaires, de valoriser le patrimoine naturel et riche dont se singularisent les territoires marocains méconnus et enclavés, à même de contribuer à la création du dynamisme de l'emploi dans ces territoires enclavés".
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