Il n'y aura pas de retour en arrière dans les relations Maroc-USA (Pr. Houssaini)
La proclamation américaine sur la marocanité du Sahara représente la décision d'une superpuissance qui a tout intérêt à renforcer sa relation avec le Maroc, l'incontournable investisseur et plaque tournante régionale. Décryptage.
"Depuis son arrivée, Biden a annulé 15 décisions prises par le président sortant, dont celle relative au mur frontalier avec le Mexique, mais il n’a pas inclus la proclamation sur la marocanité du Sahara parmi les décisions à annuler”, déclare Tajeddine Houssaini, politologue et professeur de droit international à l'Université Mohammed V de Rabat, lors d’une interview accordée au Policy Center for the New South, publiée ce mardi 30 mars.
Pour le Pr. Houssaini, il n’y aura pas de retour en arrière quant à la décision américaine qui, souligne-t-il, “ne fait que conforter la conduite du Conseil de sécurité des Nations unies dans son approche de règlement du conflit” du Sahara, puisque son objectif principal est de “permettre aux parties de poursuivre les négociations, chaperonnées par l’ONU en la personne de son secrétaire général et de son envoyé spécial”.
Il s’agit donc d’une “décision officielle”, confirmée, qui s’aligne avec la vision onusienne et qui n’émane pas d’une initiative personnelle (celle de Donald Trump), mais représente la décision d’un pays qui a, selon le professeur, tout intérêt à renforcer ses relations avec le Maroc s’il souhaite réussir ses investissements en Afrique.
Considéré comme la plaque tournante régionale pour ses initiatives économiques, le Maroc dispose des infrastructures nécessaires pour jouer un rôle crucial dans les relations entre l’Afrique et les puissances mondiales.
Une position confortée par les projets d’investissements, objets d’accords signés entre le Maroc et les Etats-Unis en décembre 2020, en même temps que la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur l'ensemble du Sahara.
Proclamation américaine : Le sort est scellé
“Si nous replongeons dans les détails de ce dossier (du Sahara, ndlr), nous remarquons que la décision des Etats-Unis prise sous l’administration Trump ne contredit ni la charte des Nations unies ni le circuit qu’emprunte le dossier, au sein du Conseil de sécurité et du Secrétariat général de l’ONU”, affirme Pr. Houssaini.
Il rappelle qu’en 2007, la proposition du Maroc pour l’autonomie du Sahara a été approuvée par le Conseil de sécurité et considérée comme “sérieuse et crédible”. Depuis, “toutes les décisions qui ont suivi n’ont fait que confirmer que le but est de trouver une solution politique à travers les négociations entre les parties”.
C’est pourquoi, le professeur estime que la décision américaine s’inscrit dans le sillage de l’optique onusienne. Il indique qu’il s’agit d’un “décret présidentiel, publié au registre fédéral, notifié au Secrétariat général et au Conseil de sécurité, sachant qu’une copie du texte de proclamation a été distribuée aux 193 Etats membres de l’ONU. Comment peut-on réévaluer ce dossier après tous ces développements ?” interroge-t-il.
De plus, la proclamation américaine sur la marocanité du Sahara a été accompagnée d’événements qui lui sont “étroitement liés” et qui renforcent l’importance des relations maroco-américaines, car celles-ci "ne s'arrêtent pas à des liens de reconnaissance".
Il s’agit de la signature d’accords, en décembre dernier, relatifs à des investissements de 5 milliards de dollars, “pour des projets de développement dans le sud du Maroc et dans les pays voisins”, car le Maroc est "la meilleure partie capable de garantir un lien entre l'Afrique et les supers-puissances", en raison de sa position économique sur le continent.
Relations Afrique-US : pour être productives et réussies, il faut passer par le Maroc
“L’Afrique est une terre dont les ressources minérales, énergétiques et agricoles n’ont pas été exploitées, et la société internationale, c'est-à-dire les supers-puissances, s’y intéresse”, affirme Pr. Houssaini.
Selon lui, l’Union européenne reprend ses investissements en Afrique, et la Chine rouvre la route de la soie pour passer à travers le Maroc vers tous les pays du continent, sachant que les “investissements chinois se multiplient et dérangent les Européens et Américains”.
C’est pourquoi les Etats-Unis estiment avoir le droit d’occuper une place de “leader” dans le continent, et la meilleure partie pour garantir ce lien n’est autre que le Maroc "qui est aujourd’hui le premier investisseur dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest et le second investisseur dans tout le continent, juste derrière l’Afrique du Sud”.
La réussite de ses investissements est observée dans plusieurs secteurs dont le bancaire, l’industriel, le bâtiment, l’assurance ou encore l’aviation, puisque à titre d’exemple, “la Royal Air Maroc réussit à relier les pays africains mieux que toutes les compagnies aériennes des pays arabes”, souligne le professeur.
Selon lui, le Maroc dispose de “l’infrastructure nécessaire qui le qualifie pour jouer le rôle de fabricant, exportateur et encadrant des relations avec l’Afrique”. Des relations qui, “pour être productives et réussies doivent passer par le Maroc".
Ce n’est donc pas anodin de voir naître des projets de grande envergure tels que le port de Dakhla “qui peut être aussi important que celui de Tanger, puisque l’opération de lancement a été fixée à 1 milliard de dollars”.
Pour le Pr. Houssaini, ce projet donne un aperçu du rôle que va jouer ce port, dans un futur proche, au niveau des relations entre les pays étrangers et le continent africain.
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