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Entreprenariat et régionalisation, priorités pour réussir l’autonomisation des femmes

Dans une note sur l’autonomisation économique des femmes au Maroc, l’enseignante-chercheuse Bouchra Rahmouni plaide pour la mise en place d’outils aptes à insérer durablement et formellement les femmes dans le monde de l’entreprenariat, encore largement dominé par les hommes. Elle rappelle également le rôle de la régionalisation et l’importance d’évaluer les politiques publiques sociales à l’échelle des territoires.

Entreprenariat et régionalisation, priorités pour réussir l’autonomisation des femmes

Le 16 mars 2021 à 15h23

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Dans une note sur l’autonomisation économique des femmes au Maroc, l’enseignante-chercheuse Bouchra Rahmouni plaide pour la mise en place d’outils aptes à insérer durablement et formellement les femmes dans le monde de l’entreprenariat, encore largement dominé par les hommes. Elle rappelle également le rôle de la régionalisation et l’importance d’évaluer les politiques publiques sociales à l’échelle des territoires.

Les femmes forment un maillon essentiel du développement économique du Maroc et, à ce titre, doivent être pleinement associées aux leviers de développement du pays. C’est, en substance, le message que porte Bouchra Rahmouni dans une note intitulée « Autonomisation économique de la femme marocaine au-delà du mode compassionnel », publiée ce mois-ci par le Policy Center for the New South.

Encore faut-il que l’écosystème leur soit favorable et qu’elles disposent des outils à même d’augmenter leur taux d’activité, en l’occurrence à travers l’entreprenariat, et de leur garantir une insertion véritablement égalitaire au sein de la société. Pour cela, Bouchra Rahmouni, professeure affiliée à l’université Mohammed VI Polytechnique et à l’université de New York, dont les travaux portent sur la responsabilité sociale de l’entreprise, l’émergence économique et la géopolitique, suggère quatre recommandations articulées autour de quatre piliers majeurs, selon elle.

D’abord, l’état d’esprit : Bouchra Rahmouni recommande un « changement de mentalité et de mœurs pour une meilleure compréhension, adaptation et mise en pratique de cette inclusion« . L’enseignante-chercheuse s’en explique auprès de Médias24 : « Il y a une relation étroite entre le changement de mentalité et le développement de l’entreprenariat féminin, qui est principalement lié à une réelle compréhension du concept de l’entreprenariat féminin en tant que tel. Il faut agir aussi bien sur la culture acquise que sur la culture apprise : la culture acquise est celle qui est transmise au sein de l’environnement familial. Il est question de sensibiliser aussi bien les parents que les enfants, afin que le changement de mentalité se fasse dès le plus jeune âge. Ensuite, la culture apprise fait référence à tout ce qui est transmis à travers l’enseignement et qui contribue à nourrir l’état d’esprit, de façon à changer la perception de l’entreprenariat féminin, et ce du primaire jusqu’à l’université. L’entrepreneuriat féminin doit être pleinement intégré dans les cursus de formations, à travers les manuels scolaires et la généralisation des filières dédiées à l’entreprenariat féminin.« 

Ensuite, le cadre : « Ce dernier peut être structuré autour des Objectifs de développement durable (ODD), Agenda 2030, Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), la Constitution de 2011, le plan d’intégration d’autonomisation, le Centre d’excellence pour la budgétisation sensible au genre, la régionalisation avancée, et (…) un cadre dont les contours pourraient être contenus dans le code de l’égalité du genre dans les marchés du travail au Maroc.« 

En troisième lieu, l’accompagnement : « Via le mentorat, la culture du give-back, les success-stories et la promotion du levier du numérique pour bénéficier des free ressources. » Bouchra Rahmouni de préciser : « La culture du give-back, c’est le fait, pour une femme qui a bénéficié de tout un écosystème qui a aidé au développement de son projet entrepreneurial, de rendre la pareille à des femmes qui, elles, intègrent nouvellement l’entreprenariat ; qui sont des néophytes.« 

En dernier lieu, un focus est fait sur la régionalisation, avec l’évaluation des politiques publiques sociales à l’échelle des territoires ; l’objectif étant d’« estimer à bon escient le niveau d’impact social, économique et celui de la satisfaction des bénéficiaires. Toujours à cette échelle territoriale, il serait opportun de consacrer une place importante, à caractère décisionnel, aux femmes dans les diagnostics territoriaux« . Les régions marocaines, de par les spécificités propres à chacune, ont en effet un rôle à jouer. « De régions en régions, les défis auxquels les femmes doivent faire face ne sont pas les mêmes. (…) Ainsi, la gestion à échelle « locale«  permettrait de répondre aux besoins des uns et des autres plus rapidement et efficacement« , plaide Bouchra Rahmouni.

« Les préoccupations des femmes diffèrent en fonction des régions. De plus, les infrastructures, les possibilités de formation et les marchés à développer ne sont pas dupliqués de la même façon dans toutes les régions ; les opportunités d’entreprenariat chez les femmes sont donc différents d’une région à une autre. Il faut donc pouvoir décliner les politiques publiques en tenant compte des spécificités de chaque région. Je parlerais aussi de la 13e région, c’est-à-dire les Marocains résidant à l’étranger, qui peuvent aussi représenter un levier de développement de l’entreprenariat féminin, via du mentorat ou des financements« , développe Bouchra Rahmouni auprès de Médias24.

La résorption des inégalités permettrait d’augmenter le PIB

Passé les recommandations, il faut rappeler que le chemin est encore au long avant de parvenir à une véritable équité entre hommes et femmes au Maroc. « Nombre d’études révèlent un constat paradoxal : au vu des réformes, de l’évolution démographique et des avancées économiques du Maroc, l’insertion de la femme demeure moindre. » En effet, selon une note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP), rédigée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la participation des femmes au marché du travail en 2020 reste faible, avec un taux d’activité de 19.9% contre 70.4% pour les hommes. Plus de huit femmes sur dix sont en dehors du marché du travail.

Un constat qui, à une échelle plus globale, pose la question de l’accès des femmes aux mêmes opportunités que les hommes, « notamment en matière d’éducation et de formation continue« . Car le chemin vers l’égalité et la parité ne se fera pas sans l’éducation. Dans ce domaine, indique Bouchra Rahmouni sur la base de l’édition 2020 du Global Gender Gap Report, un rapport du Forum économique mondial, le Maroc se classe au 143ème rang en se basant sur les catégories suivantes : « participation économique et accès aux opportunités« , « niveau de scolarité » et « santé et survie« . En ce qui concerne le niveau de scolarité, le Maroc est classé 115ème. Toujours d’après ce rapport, 64.6% des femmes sont alphabètes, dont 97% ont été inscrites à l’école primaire, 64.5% ont eu accès à l’enseignement secondaire et 35.7% à l’enseignement supérieur.

Concrètement, combien pèserait la résorption de ces inégalités entre hommes et femmes au Maroc sur le plan économique ? Le HCP, la Direction des études et des prévisions financières (DEPF, rattachée au ministère de l’Economie et des finances), le World Development Indicators (les Indicateurs du développement dans le monde (WDI), une compilation de la Banque mondiale de données comparables entre les pays sur le développement), ainsi que l’ONU-Femmes, entre autres, « s’accordent sur le fait que l’insertion égalitaire des femmes dans le monde du travail au Maroc impactera le PIB, qui connaîtra une hausse qui variera, selon les institutions précitées, entre 25% et 37%« , relève Bouchra Rahmouni.

Des outils pour développer l’entreprenariat féminin

Cette enseignante-chercheuse insiste sur le fait que l’un des leviers de résorption des inégalités de genre au Maroc est sans conteste celui de lentreprenariat : « Le développement du statut d’autoentrepreneur permettrait non seulement l’essor de l’activité économique féminine, mais également de disposer d’un levier pour l’inclusion des femmes« , indique-t-elle dans sa note. Dans ce sens, elle nous apprend qu’un « code de l’égalité du genre dans les marchés du travail au Maroc devrait voir le jour« . Grosso modo, l’objectif sera de « définir la vision d’un entreprenariat féminin à fort impact« . Plus précisément, il s’agit de « mettre en évidence le concept d’entreprenariat féminin et de préciser les orientations et les engagements qui définissent et encadrent la pratique de ce type d’entreprenariat« .

Il existe également d’autres initiatives qui pourraient permettre de développer l’entreprenariat féminin. Bouchra Rahmouni en cite quatre : la création d’un collectif pour rassembler les fonds selon la nécessité ; la mise en place d’incubateurs visant à soutenir et à accompagner les start-up pour l’égalité des sexes ; la promotion du levier du numérique pour bénéficier des ressources en libre accès ; la vulgarisation du statut d’autoentrepreneur dans le secteur de l’informel.

« Malgré l’existence de textes relatifs au statut d’autoentrepreneur, l’information n’est pas suffisamment véhiculée, et encore moins de la même façon en fonction des catégories sociales. L’information doit pourtant être accessible à l’ensemble des femmes afin de ne pas négliger les femmes précaires et analphabètes, en diffusant par exemple des capsules vidéos d’incitation à entreprendre en darija. C’est ce genre d’initiatives qui va permettre une meilleure insertion, une meilleure inclusion des femmes dans l’entreprenariat formel« , conclut Bouchra Rahmouni auprès de notre rédaction.

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