Benoit Aubert : Comment réussir un ancrage durable du digital dans les organisations

ENTRETIEN. Accélérée par la pandémie, la digitalisation a poussé des entreprises à changer de méthodes de travail mais a également transformé le système éducatif. Benoît Aubert, directeur des Affaires académiques de l’Africa Business School, nous parle de cette transformation et nous livre ses recommandations. 

Benoit Aubert : Comment réussir un ancrage durable du digital dans les organisations

Le 3 mars 2021 à 12h41

Modifié 10 avril 2021 à 23h22

ENTRETIEN. Accélérée par la pandémie, la digitalisation a poussé des entreprises à changer de méthodes de travail mais a également transformé le système éducatif. Benoît Aubert, directeur des Affaires académiques de l’Africa Business School, nous parle de cette transformation et nous livre ses recommandations. 

Benoit Aubert est directeur des Affaires académiques de l’Africa Business School (ABS) à l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P). Il était auparavant doyen de l’ICD Business School à Paris, directeur du développement du pôle universitaire Léonard de Vinci à Paris, directeur marketing et développement de Grenoble Ecole de Management et directeur de la Doctoral School de ce même établissement. 

Titulaire d’un doctorat et spécialisé en marketing, Benoit Aubert a écrit plusieurs ouvrages, dont « De Mac Gyver à Mad Men: quand les séries TV nous enseignent le management”. Il a piloté et contribué à de nombreuses missions de formation sur mesure des cadres pour des sociétés comme Orange, Alstom, la SNCF, Crédit Agricole, Elior, et OCP. 

Dans cette interview accordée à Médias 24, le fil conducteur est la digitalisation des entreprises mais également celle de l’enseignement. Selon Benoit Aubert, la pandémie a tout de même eu un bon côté, elle a permis de dépasser les freins à la digitalisation au niveau des écoles et universités.

La digitalisation, ce n’est pas simplement le online. Ce sont des correctifs durables dans les méthodes de travail, la répartition des tâches, la maîtrise des emplois du temps…

– Médias24: Le renforcement de la digitalisation est, certes, une des réponses pour gérer l’impact de la crise sanitaire sur l’entreprise. Mais dans quelle mesure cette transformation permettra-t-elle d’améliorer la productivité, le rendement et l’organisation des entreprises post-pandémie? 

Benoit Aubert: La pandémie a eu un effet d’accélérateur et a été un levier de changement durable. Elle a permis de dépasser un certain nombre de barrières ou de freins qu’on se mettait d’habitude, particulièrement dans l’enseignement. 

Vous l’avez vu, on est passés du jour au lendemain au « online » alors que cela faisait des décennies que dans le monde de l’enseignement, la question de tirer parti du numérique pour opérer des sauts qualitatifs était lancinante. 

La pandémie actuelle a basculé les acteurs mondiaux dans l’éducation en ligne avec des succès divers. Les écoles et les universités qui ont réussi, sont allées au-delà d’une simple diffusion des cours en ligne où le web a remplacé la salle de classe. 

Ces changements, basés sur de nouvelles méthodes de travail axées sur le digital, sont maintenant ancrés. Et c’est cela qui permettra d’améliorer la productivité et l’organisation des entreprises post-pandémie. 

Les collaborateurs ont intégré des habitudes de travail différentes, ils ont appris à être plus sensibles aux organisations d’agenda, d’emploi du temps, à la répartition des tâches… L’ensemble de ces changements, même s’ils ont été rapides, sont des correctifs durables. 

-Outre la digitalisation, quels sont les nouveaux besoins organisationnels déclenchés par la pandémie au niveau des entreprises?

La crise sanitaire a en effet révélé de nouveaux besoins organisationnels au sein de l’entreprise. La problématique majeure aurait été de savoir maintenir la proximité avec les différentes parties prenantes à savoir les entreprises, clients, salariés… sans proximité physique. Et ce, en accentuant la « Customer Centricity » et l' »Employee Centricity« .

Je pense aussi qu’il y a eu un grand besoin de simplification. En s’adaptant aux contraintes de la crise, l’entreprise a pu finalement aller à l’essentiel, en levant un certain nombre de freins dans les fonctionnements. 

-En d’autres termes, la digitalisation est aujourd’hui, indispensable pour les entreprises marocaines? 

-La digitalisation est indispensable tout simplement parce qu’elle l’est dans toutes les organisations. Pour coopérer avec d’autres entreprises, qu’elles soient des fournisseurs, clients ou partenaires, il faudra être sur la même longueur d’onde. L’ancrage du digital au sein de son organisation est une nécessité.  

La digitalisation est aussi un facteur de productivité, un facteur de simplification des process et de réduction des coûts

-Selon vous, la digitalisation est-elle plus accentuée pour un certain type d’entreprises?

-Les startups sont, par nature, digitales. Les grandes entreprises sont de plus en plus nombreuses à concevoir ce virage digital comme gage de performance.

Mais le changement n’est pas chose aisée, surtout au sein de structures importantes, aux habitudes enracinées, reposant sur des process nombreux et complexes, c’est là où réside le plus d’efforts à faire. 

Les TPME ont aussi besoin d’opérer cette transformation digitale, mais il faut les accompagner par des mesures d’aide. 

-Quels sont les principaux défis et obstacles auxquels font face les entreprises dans leur transformation digitale? Et comment y faire face?

-Je pourrais en citer deux. Il y a d’abord un obstacle relatif à l’humain et à la gestion du changement, parce qu’il n’est jamais évident de changer les habitudes de travail.

Ensuite, il y a le défi relatif aux choix technologiques et aux interactions entre les systèmes (CRM, ERP…). Il est important que l’ensemble puisse communiquer. 

C’est grâce à la formation et l’implication de chaque personne dans les processus de changements digitaux qu’il est possible de faire face à ces obstacles.

Une erreur à éviter: la démarche « Top-Down ». Créez plutôt de petites équipes projets

-Selon vous, quelle est la meilleure démarche pour ancrer le digital dans une organisation et une transformation digitale réussie dans une entreprise?

-Ce qui crée les facteurs de succès, c’est par exemple de constituer de petites équipes projets, d’impliquer des équipes pluridisciplinaires…

Il ne faut surtout pas que l’on soit dans une démarche Top-Down, en disant qu’on change tout et que tout le monde doit obtempérer sans même pouvoir participer. Le digital doit plutôt être considéré comme un élément « naturel », et pas un état de fait que l’on impose. 

-La formation est parmi les enjeux clés de succès de la transformation digitale au sein de l’entreprise. Comment ABS adapte son offre de formation aux nouveaux besoins de l’entreprise?

-L’Africa Business School conçoit, avec les entreprises, des formations sur mesure, en répondant précisément aux besoins de chaque entreprise, en termes de contenus, de méthodes pédagogiques, d’interactions entre les salariés…

Nous co-créons ainsi des formations avec les entreprises pour répondre au mieux à leurs enjeux. C’est un des éléments de l’ADN d’Africa Business School.  

Nous considérons que l’enjeu est de créer un espace favorable au changement. La transformation digitale, par les mutations profondes qu’elle induit, doit être comprise, acceptée et mise en œuvre. Il est donc fondamental d’intégrer à un cursus de formation au digital le change management. 

Si les cours dans ce domaine sont importants, nous préconisons d’aller beaucoup plus loin. Dans ce sens, nous avons mis en œuvre avec succès des démarches de groupes de travail intensifs au sein desquels les acteurs de la transformation digitale partagent leurs pratiques, attentes et éventuelles appréhensions.

Nous accordons également une place importante à « l’Action Learning » et favorisons l’implication de chacun sur des projets de transformation digitale, que ceux-ci soient opérationnels ou plus stratégiques.

-Vous prévoyez lancer une formation MBA digitalisée au niveau de ABS, une première au Maroc, c’est prévu pour quand? Pour qui? Peut-on avoir plus de détails?

-L’ambitieux programme de « Online MBA » est prévu pour avril 2021. Il est dédié aux cadres à haut potentiel et aux entrepreneurs expérimentés en Afrique. 

Nous le considérons comme une réponse aux bouleversements engendrés par la pandémie de Covid-19, devant l’impossibilité des participants africains à se déplacer en dehors des frontières de leurs pays respectifs. 

Conçu pour l’Afrique, le « Online MBA » s’adresse aux managers ou futurs managers africains en leur offrant un programme de formation basé sur des concepts innovants, des modes de pensée et des pratiques qui peuvent les aider à développer leurs capacités de prise de décision et à s’adapter aux défis futurs.

Nos formations sont organisées sous forme d’activités en ligne, avec des interventions live ou pré-enregistrées, une forte interaction entre les participants, un recours aux modules à la demande, en fonction des besoins de chacun, et la gestion de projets digitaux réalisés en mode collaboratif.

-Comment est-ce que ABS pourrait devenir un acteur majeur d’accompagnement de la digitalisation des entreprises au niveau national comme au niveau continental? Quels sont les autres projets de ABS? Quelles sont vos ambitions? 

-Au sein de l’ABS, nous prônons une politique d’agilité et de flexibilité et nous sommes grandement engagés pour le continent africain. Et ce, à travers trois principaux leviers: la co-création de programmes de formation avec les entreprises, l’appui sur les recherches fondamentales réalisées par les chercheurs d’ABS, sur les processus de changement, de digitalisation, de numérisation, de transformation digitale et l’implémentation des résultats de ces recherches au sein de l’entreprise.

Notre objectif majeur est la formation d’une génération de dirigeants de demain, grâce à une combinaison originale d’approches académiques et commerciales, en s’appuyant sur des partenaires académiques internationaux prestigieux. 

Avec une pédagogie hybride centrée sur l’humain, les étudiants de l’ABS sont formés à la responsabilité sociale, la pensée critique, l’innovation, le codage, la recherche appliquée et les questions africaines.

Ils sont exposés à la recherche multidisciplinaire, à des méthodes d’enseignement novatrices et à un vaste réseau d’acteurs innovants dans divers secteurs afin d’améliorer leurs compétences analytiques et holistiques, tant quantitatives que qualitatives, cognitives et émotionnelles, managériales et technologiques, de leur permettre d’accepter le paradoxe et de mieux appréhender des environnements complexes et en mutation rapide. 

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