Le Maroc, partenaire clé dans les corridors trans-méditerranéens Europe-Afrique

Dans une longue note sur la connectivité commerciale triangulaire entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, la Fondation Konrad-Adenauer revient sur les démarches entreprises par le Maroc pour renforcer son attractivité commerciale vis-à-vis de ses partenaires européens, au point de susciter l’intérêt jusqu’en Chine et en Russie.

Le Maroc, partenaire clé dans les corridors trans-méditerranéens Europe-Afrique

Le 22 février 2021 à 12h51

Modifié 10 avril 2021 à 23h20

Dans une longue note sur la connectivité commerciale triangulaire entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, la Fondation Konrad-Adenauer revient sur les démarches entreprises par le Maroc pour renforcer son attractivité commerciale vis-à-vis de ses partenaires européens, au point de susciter l’intérêt jusqu’en Chine et en Russie.

La Fondation Konrad-Adenauer, un think tank allemand installé à Rabat depuis 1982, a publié une longue note intitulée « Connectivité commerciale Europe-Méditerranée-Afrique : Opportunités géopolitiques et défis« . Elle s’inscrit dans le cadre des « Med Dialogue Series« , une série de publications qui rassemblent des recommandations émanant d’experts de la région nord et sud de la Méditerranée. Les publications traitent notamment de la sécurité régionale, de l’impact des mouvements migratoires sur la stabilité en Méditerranée et des opportunités de coopération économique.

L’étude part du constat selon lequel la mise en place et la pérennisation de voies commerciales stratégiques entre les deux continents, Europe et Afrique, amènent immanquablement l’Union européenne à repenser sa politique commerciale avec l’Afrique du Nord. Une refonte d’autant plus importante que la concurrence est rude : si l’Europe est effectivement un partenaire notable et incontournable de l’Afrique, d’autres pays et régions tentent également de se frayer une voie commerciale avec le continent.

C’est ce qu’explique Michaël Tanchum, auteur de la note, chercheur à l’Institut autrichien des études européennes et de sécurité (AIES) et enseignant les relations internationales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à l’université de Navarre, en Espagne : « La ruée vers l’établissement de corridors commerciaux entre l’Afrique et l’Europe a donné lieu à un nouvel engagement mondial avec l’Afrique du Nord, qui remodèle l’architecture économique de base et la géopolitique de la région. Alors que la Chine, la Russie, la Turquie et les États arabes du Golfe jouent un rôle de plus en plus important dans le développement de ces corridors du sud de la Méditerranée, le système de l’Union européenne est confronté au défi de former une politique cohérente et efficace en Afrique du Nord. La manière et la mesure dans laquelle l’Union européenne exerce son leadership dans le développement de la connectivité trans-méditerranéenne détermine les paramètres de son influence géopolitique future en Afrique du Nord et l’efficacité de ses efforts pour développer un partenariat global avec l’Afrique dans son ensemble.« 

Des atouts marocains qui attirent les investisseurs jusqu’en Chine et en Russie

L’auteur délimite trois corridors trans-méditerranéens émergents dans le pivot mondial vers l’Afrique : le Maroc, l’Algérie et l’Égypte sont ainsi considérés comme « les gardiens géopolitiques respectifs des trois corridors trans-méditerranéens de connectivité Afrique-Europe ». Parmi ces trois corridors émergents, le corridor Afrique de l’Ouest-Europe de l’Ouest, mené par le Maroc, est « le plus avancé dans son développement », tandis que le corridor égyptien d’Afrique de l’Est vers la Méditerranée orientale « en est encore à un stade préliminaire de développement, mais avec un énorme potentiel économique ».

Michaël Tanchum estime par ailleurs que « le succès commercial d’un corridor Afrique-Europe est conditionné par deux besoins fondamentaux dans la phase de croissance actuelle de l’Afrique : une connectivité commerciale accrue avec les marchés de consommation et une plus grande base de fabrication industrielle ». Et d’ajouter : « Comme le montre l’exemple du Maroc, les corridors n’émergent que là où les investissements importants nécessaires dans les infrastructures portuaires, ferroviaires et routières sont couplés à une base industrielle ancrée dans une chaîne de valeur manufacturière. »

Les exemples marocains ne manquent pas dans cette note, qui s’attarde longuement sur les démarches entreprises par le Maroc pour stimuler son attractivité. Il en va ainsi de la ligne à grande vitesse reliant Tanger à Casablanca, inaugurée en novembre 2018. « Le succès du Maroc dans le développement de son corridor commercial Afrique de l’Ouest-Europe de l’Ouest découle des investissements considérables réalisés par Rabat et ses partenaires étrangers dans le développement des infrastructures de transport du Maroc et de sa base industrielle, ancrant ainsi véritablement la connectivité commerciale transméditerranéenne émergente du Maroc dans les chaînes de valeur manufacturières. La construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse – Al Boraq – a établi la position inégalée du Maroc en tant que corridor commercial entre l’Afrique et l’Europe », souligne la note.

Autre atout du Maroc, et pas des moindres : son industrie automobile. Michaël Tanchum rappelle que la production actuelle de véhicules au Maroc est menée par les constructeurs français Groupe Renault et Groupe PSA, soutenus par environ 200 fournisseurs internationaux exploitant leurs propres usines de fabrication dans le pays. « Les principaux fabricants européens de composants automobiles opérant au Maroc comprennent de grandes entreprises dont le siège est en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et en Belgique », rappelle-t-il.

Les ponts commerciaux entre l’Europe et le Maroc a d’ailleurs suscité l’intérêt de la Russie et de la Chine, deux lointains partenaires. « Certains fabricants chinois ont eux aussi profité de l’opportunité que représente l’intégration de l’usine automobile du Groupe PSA à Kénitra dans la chaîne de valeur européenne. » Exemple : le Chinois CITIC Dicastal, l’un des leaders mondiaux de la fabrication de composants légers en aluminium moulé pour les systèmes automobiles, a inauguré sa deuxième usine en décembre dernier à Kénitra, d’une capacité de production 6 millions de pièces par an et pour un investissement de 400 millions de dollars.

C’est aussi la volonté du Maroc de diversifier ses relations stratégiques qui a suscité des ouvertures importantes de Rabat vis-à-vis de la Chine et de la Russie. « Parallèlement à la croissance des relations sino-marocaines, un rapprochement entre le Maroc et la Russie se déroule lentement et prudemment depuis la visite du roi Mohammed VI à Moscou en 2016« , souligne la note. Ainsi, le 23 octobre 2019, la société de développement d’État russe VEB a conclu un accord pour la construction d’un complexe pétrochimique et d’une raffinerie de pétrole d’une capacité de 200 barils par jour. L’entreprise russe implantera l’usine (de 2.3 milliards de dollars) dans le nord du Maroc et utilisera la liaison ferroviaire vers le port Nador Med West pour expédier ses produits. L’autre projet portuaire méditerranéen clé du Maroc est en effet le complexe portuaire industriel Nador Med West (3.2 milliards de dollars) dans la baie de Bentoya, qui a vocation à devenir un port énergétique central de la Méditerranée occidentale lié au Maroc.

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