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POLITIQUE

Ce qu'il faut revoir dans le système politique et électoral marocain (experts)

Que faut-il améliorer dans le système politique et électoral marocain ? Le contexte actuel est-il propice aux changements ? Quelles sont les priorités ? Voici les constats et analyses d'experts, invités au webinaire de Panorapost.

Sara Ibriz
Le 8 février 2021 à 18h19 | Modifié 10 avril 2021 à 23h18

Lors d’un webinaire organisé par panorapost.com, ce samedi 6 février, des experts en politique ont débattu sur les élections de 2021 et de manière générale sur le système politique et électoral marocain. Que faut-il améliorer ? Le contexte actuel est-il propice aux changements ? Quelles sont les priorités ? 

Ce sont les questions auxquelles ont répondu les participants à ce passionnant débat, modéré par Aziz Boucetta. Il s’agit de Mustapha Sehimi, constitutionnaliste, Khadija Idrissi Janati, spécialiste en communication et affaires publiques, Ali Bouabid, délégué général (fondation Abderrahim Bouabid) et Zakaria Garti, co-fondateur du mouvement Maan. 

Ces derniers ont évoqué plusieurs problématiques liées à la sphère politique marocaine notamment l’absence de compétences au sein des partis politiques, la nécessaire révision de textes, y compris la Constitution. Mais aussi, des questions actuelles portant sur les élections de 2021, le maintien ou le report de celles-ci ainsi que les changements à apporter au système électoral afin de l’améliorer. Voici les constats et analyses de ces experts. 

Partis politiques: Beaucoup d'absences et peu de compétences

Selon Khadija Idrissi Janati, au Maroc il manque “deux ingrédients majeurs”. Le premier est “le courage politique de pouvoir mettre en oeuvre une vision, qui se matérialise par la Constitution” et le second est de voir “des femmes et des hommes capables de prendre la responsabilité de leurs actes”. 

Un constat confirmé par la pandémie du coronavirus qui a “révélé la capacité de cette nation à créer et la capacité des citoyens à se mobiliser derrière un objectif commun quand il est bien défini”. Mais elle a aussi révélé que “les grandes orientations ne sont prises que par un seul player dans le champ politique marocain qui est l’institution monarchique” et que “les partis politiques ont brillé par leur absence durant cette période” que ce soit sur le plan “de la réflexion, de la proposition ou encore de la mise en oeuvre”.

Une situation mise en exergue durant ces 12 derniers mois mais qui, selon Khadija Idrissi Janati, ne reflète que la réalité d’une société prête à faire évoluer le pays face à “une classe politique qui reste incapable de créer, de réfléchir et d’implémenter des vraies décisions stratégiques”.

Cette incapacité s’explique selon elle par le fait que “nos hommes politiques ont choisi de se mettre dans une position d'attentisme". Ces derniers “n’osent plus rien faire” et cette situation “les arrange” puisque “on peut ne pas nier qu’il y a un problème de compétences politiques”, souligne-t-elle.

En effet, ce constat relatif au manque de compétences est confirmé par Mustapha Sehimi qui rappelle que “les processus de sélection au sein des partis politiques ne permettent pas d’autres productions que ce qui nous est fourni. Qui sélectionne les profils ? Qui sélectionne les candidats ? C’est un mode de fonctionnement qui ne permet pas forcément la promotion des compétences”. 

De plus, selon M. Sehimi, la stratégie des partis politiques lors des élections consiste à mobiliser les énergies pour “la désignation de notables, de profils qui peuvent avoir des gains électoraux afin de faire du chiffre. Cela permet d’espérer une représentation au sein du gouvernement. C’est ce problème là qui n’est pas réglé”, indique-t-il avant d’ajouter qu’au Maroc les votes ne visent pas les programmes mais les profils. 

Même constat pour Zakaria Garti qui déclare que “le système électoral ne permet pas de voir émerger une élite politique cohérente”. 

Mais il ne s’agit pas que d’un problème de compétences ou de partis politiques, comme le souligne Khadija Idrissi Janati. Pour elle, il s’agit de tout un système qu’on ne peut pas réformer pour les prochaines élections mais qu’il faut tout de même revoir. 

Elections: Faut-il favoriser les alliances ? 

Dans ce sens, elle propose de “trouver le moyen de faire émerger 2 ou 3 courants politiques qui vont pouvoir regrouper un certain nombre de partis pour que le citoyen donne sa voix à l'un d'eux en sachant que si ce dernier est amené à gouverner il le fera aux côtés d’autres partis avec qui il partage une certaine vision déjà déclarée”. 

Pour que les partis politiques pensent à s’allier, Ali Bouabid rappelle qu’il est nécessaire de les inciter à le faire. 

Dans ce sens, il évoque la reconnaissance du vote blanc comme étant “le plus puissant incitatif” des alliances électorales. M. Sehimi propose, quant à lui, la mise en place du “scrutin majoritaire à deux tours” pour “obliger les alliances”. 

Cette stratégie proposée par Khadija Idrissi Janati et approuvée par les autres intervenants donne, selon elle, “plus de possibilités au chef de l’Etat d’appliquer l’article 47 de la Constitution”. 

Selon ce dernier, "le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la chambre des représentants, et au vu de leurs résultats"

Une grande partie du débat s’est justement concentrée sur cet article que Zakaria Garti définit comme étant "un acquis" qui permet de “respecter la volonté populaire”. 

“La Constitution n’est pas révisable dans la présente conjoncture”

Si certaines voix s’élèvent pour demander la révision de la Constitution de manière générale ou l’amendement de cet article uniquement, Ali Bouabid estime que “ce n’est pas la modification d’un texte qui va changer la culture et les esprits". C’est pourquoi il préconise de s’intéresser à la pratique institutionnelle plutôt qu’à la Constitution elle-même. 

“Il est temps, après 10 ans de Constitution, de dresser un bilan. Pas en listant les acquis et les défauts, mais plutôt à travers une lecture qui interroge la manière dont les acteurs se sont approprié cette Constitution sur différents volets”, déclare M. Bouabid. 

Pour Zakaria Garti, “si on ouvre le chantier à la réforme constitutionnelle, on ne peut que reculer”. 

Selon lui, le contexte actuel ne constitue pas un moment opportun et favorable au lancement d’un tel chantier. D’autant plus que cela risque de remettre en jeu beaucoup d’acquis. 

Idem pour M. Sehimi qui considère que “la Constitution n’est pas révisable dans la présente conjoncture”. 

Cette dernière justifie, selon les intervenants, que la révision de la Constitution soit repoussée. Quid des élections ? Faut-il les maintenir ou les repousser ? C’est la question posée par Aziz Boucetta pour clôturer le débat. 

Elections 2021 : Nul besoin de reporter

Selon Zakaria Garti, “la vie reprend au Maroc et ailleurs”, il n’y a donc pas lieu de repousser les élections pour des raisons sanitaires. D’autant plus qu’une telle décision constituerait des “complications sur les plans juridique et constitutionnel”. 

Idem pour Khadija Idrissi Janati qui estime qu’on ne peut s’octroyer “le luxe d’aller vers un report quel que soit le contexte et ce que nous sommes en train de vivre”. 

Pour Ali Bouabid, l’essentiel n’est pas “la tenue des élections à leur date” mais la réunion des conditions permettant de réussir l’opération “pour en faire un vrai rendez-vous afin d’ouvrir une nouvelle page”. Or, pour l'instant "rien ne se passe. Il n'y a même pas eu de campagne massive pour inciter les citoyens à s'inscrire sur les listes électorales". 

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Sara Ibriz
Le 8 février 2021 à 18h19

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