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E-commerce: Boom des marketplaces dans le monde, le Maroc peut mieux faire

La crise sanitaire a changé la manière de commercer. Nombreuses sont les entreprises à avoir adopté les différentes solutions du e-commerce, notamment les marketplaces, dont le nombre a explosé en 2020 au niveau mondial. La tendance est un peu différente au Maroc. Explications. 

E-commerce: Boom des marketplaces dans le monde, le Maroc peut mieux faire
Kenza Khatla
Le 5 janvier 2021 à 16h44 | Modifié 10 avril 2021 à 23h12

Marquée par la pandémie, l'année écoulée a vu s’accélérer de manière spectaculaire le commerce en ligne. Si certaines entreprises ou marques ont pu facilement créer leur propre site marchand et livrer leurs clients, d’autres ont opté pour des solutions différentes, comme les marketplaces.

Ces places de marché représentaient, il y a un an, environ 30% du volume du e-commerce mondial, avec une progression annuelle d’environ 13%, apprend Médias 24 auprès du président de la Fédération des technologies de l'information, des télécommunications et de l'offshoring (Apebi), Amine Zarouk. "Ce sont les chiffres d'avant l’arrivée du Covid-19. Après la pandémie, ils se sont certainement accélérés", a-t-il souligné.

Une solution qui ne décolle pas encore au Maroc

Concrètement, ces plateformes proposent aux marques de vendre directement sur leur site, gérant pour elles les commandes, paiements et livraisons. 

"Les marketplaces sont des plateformes e-commerce avec un aspect multi vendeurs, qui peuvent constituer le reflet de la dynamique économique dans le Royaume", nous confie M. Zarouk. "C’est une place où les vendeurs exposent leur marchandise et où les acheteurs ont accès à une multitude de produits, qu’ils peuvent comparer. C’est donc une plateforme où il y a de la concurrence".

Pour mieux comprendre la chose, prenons l’exemple d’un "village, où l’on implante une place de marché. Si dans ce village il n’y a pas assez de commerçants et il n’y a pas de personnes orientées business, cette marketplace ne va pas fonctionner, parce qu’elle dépend, entre autres, de la dynamique des vendeurs, mais aussi de la demande. C’est donc la force de l’offre et de la demande".

Au Maroc, outres celles connues, comme Jumia, le concept peine encore à se développer correctement. Plusieurs ajustements restent à faire.

"Dans la marketplace, il y a trois acteurs principaux: l’acheteur, le vendeur et la plateforme. Personnellement j’estime que la plateforme n’est pas la chose la plus difficile à mettre en place, lorsqu’on voit Jumia, par exemple, se développer d’une façon très importante. De nombreuses startups au Maroc s’orientent également vers les marketplaces parce qu’elles y croient et voient que cela marche ailleurs. Ce n’est donc ni la technologie ni les compétences qui nous manquent, mais j’estime que la maturité du marché n’est pas encore atteinte".

D’une part il y a la maturité du vendeur. "Un grand effort est à faire au niveau de l’acculturation au digital et au marketing digital pour l’accompagner et qu'il puisse être un bon utilisateur de ces plateformes". Du côté du consommateur, "une culture e-commerce est un prérequis. Celui-ci doit dès le départ être initié à l’aspect des achats en ligne".

Avant, les consommateurs marocains étaient méfiants à l'idée d'acheter et de payer en ligne. Pendant le confinement, "ils n'avaient plus le choix", nous explique Mehdi Alaoui, vice-président de l'Apebi. Durant cette période, "le risque à l'extérieur était plus élevé que de faire des commandes sur internet. Il y a toutefois des choses dont il faut s'assurer comme la sécurité (HTTPS). Le tiers des consommateurs marocains ont essayé l'achat en ligne depuis. Le confinement a donc accéléré la prise de conscience de l'importance du digital et du e-commerce, mais le déploiement traine encore". 

La marketplace subit les mêmes blocages que le e-commerce traditionnel

"La marketplace a beaucoup de similitudes avec le e-commerce (traditionnel)" souligne M. Zarouk, notant que ce dernier fait face à certains blocages. Parmi ceux-ci, la législation. "On a malheureusement un blocage qui persiste et qu’on essaie de combattre, qui est celui du monopole de la poste sur la distribution des petits colis, freinant ainsi le développement du e-commerce au Maroc. Les commerçants sont obligés à chaque fois de dépasser un kilogramme" pour chaque colis. Un projet de loi à l'étude vise même à faire passer le poids minimum de 1 à 2 kilos, afin de renforcer le monopole de la poste.

"Il y a également la problématique de la logistique et de la livraison. Le dernier kilomètre de la livraison représente le parcours du combattant. Les adresses ne sont pas organisées, et il faut toujours ajouter l'appel téléphonique pour avoir l’adresse avec précision".

"Ajouté à tout cela la problématique du paiement, l’accès au paiement et les solutions de paiement, qui représente un vrai problème".

"La marketplace se développe donc sur une place qui est déjà préparée grâce au e-commerce traditionnel, mais qui va aussi dépendre de la dynamique locale, et qui se retrouve ainsi confrontée aux mêmes problèmes que ceux du commerce en ligne".

"Pour ces plateformes, le côté législatif est absent à ce jour. Quand on parle de réglementation, on parle notamment du problème de monopole et de la responsabilité. Par exemple, qui est responsable de la marchandise? le vendeur ou la plateforme? etc."

Une autre difficulté à laquelle font face les commerçants sur ces places de marché, c’est que s’ils sont dans l’informel, ils ne peuvent pas y vendre leurs produits. "Qui dit marketplace, dit une interface et une facturation. Les gens travaillant dans l’informel optent ainsi pour les sites d’annonces comme Avito (ou les réseaux sociaux comme Facebook, DNLR), qui est l'un des concurrents de ces plateformes. Ils préfèrent mettre une annonce et un numéro de téléphone, puis négocier et livrer les produits et se faire payer en cash".

Un grand potentiel de développement

"Le e-commerce, en Afrique de manière générale, est amené à se développer parce que le continent dispose d'une population jeune, et un taux de pénétration d’internet record".

"Je pense que le Maroc doit se positionner sur les marketplaces et être la plateforme qui accueille ce genre de solutions, surtout que l’Afrique est la cible prioritaire de tous les opérateurs. C’est là où il y a des perspectives de développement. Dans le continent africain, les gens n’ont pas accès aux centres commerciaux, alors qu'ils ont facilement accès à internet".

"Le Maroc est considéré, par plusieurs acteurs, comme le hub du continent, là où on peut démarrer son activité. Un grand acteur qui veut déployer sa plateforme marketplace en Afrique n’a pas énormément de choix, que celui de commencer au Maroc, le portail de l’Afrique".

"La crise que nous avons subie cette année a poussé les gens à innover et à trouver des solutions puisqu’ils avaient des marchandises périssables qu’il fallait écouler. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y aura un avant et un après Covid. Les gens ont gouté à cette solution et même s’il n’y aura pas de reconfinement dans les années à venir, ils vont certainement continuer à utiliser ce canal qui est formidable".

M. Alaoui estime pour sa part qu'il y a encore un potentiel de développement énorme sur ce créneau. "On n’est que le début de quelque chose de très grand". Toutefois, "les marketplaces ne devraient pas cibler les gens qui ont un pouvoir d’achat aujourd'hui, mais ceux qui vont en avoir dans le futur, qui cherchent de nouvelles expériences. Les personnes âgées de 35 ans et plus ont déjà des idées fixées. C'est un peu de cette manière que Alibaba a procédé à son démarrage".  

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Kenza Khatla
Le 5 janvier 2021 à 16h44

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