Les transferts des MRE défient la crise
Ils totalisent 55,8 milliards de DH et sont en hausse de 1,7% ou de 950 MDH à fin octobre. La baisse attendue au quatrième trimestre semble de moins en moins probable.
Les transferts des MRE ont déjoué tous les pronostics. Le gouvernement table sur une baisse de 20% dans sa loi de finances rectificative. Certains analystes comme ceux de CDG Capital parlaient, eux, d’une chute de 30%.
A fin octobre, soit à deux mois de la fin de l’année, les transferts des MRE sont pourtant en hausse de 1,7% ou de 950 MDH, atteignant 55,8 milliards de DH, selon les dernières statistiques de l’Office des changes.
En septembre dernier, Iñigo Moré, enseignant à Berkley et fondateur de REMESAS.ORG qui suit l’évolution des transferts d’argent dans le monde, nous disait s’attendre à un retournement de tendance au quatrième trimestre, autrement dit à une rechute des transferts des MRE à partir de septembre après la période estivale.
« On vit une grande crise économique. Les revenus des gens ont baissé, leur consommation aussi. Donc automatiquement, les transferts vont baisser. Une fois passé cet effet estival, le Maroc sera rattrapé comme le Mexique par la réalité de la crise qui frappe l’Europe et les Etats-Unis ».
« Individuellement, les gens envoient moins d’argent. Mais il y a un effet volume qui a joué, car beaucoup n’ont pas pu rentrer au pays… »
« Il est vrai qu’un chômeur en Europe ne perd pas tous ses revenus, mais son pouvoir d’achat baisse, car ce qu’il reçoit comme aides ou indemnités ne couvre que 50 à 70% de son revenu initial. Et comme cette crise risque de durer longtemps, il ne faut pas s’attendre à ce que les transferts reprennent rapidement. Des pays comme le Maroc qui comptent beaucoup sur les transferts pour équilibrer leurs comptes extérieurs vont en sentir le coup », estimait-il
Mais visiblement, les envois des MRE tiennent bon et il y a de fortes chances pour que l’année s’achève sur une hausse, ou au pire sur une stagnation. Pour rappel, les transferts ont totalisé plus de 64 milliards de DH en 2018 et 2019.
Au-delà du sens de solidarité des résidents à l’étranger avec leurs familles vivant au Maroc, la hausse des transferts pendant la période estivale (de juin à août), après une période de forte baisse (de mars à mai), s’expliquait, selon M. Iñigo, par les facteurs suivants :
- Effet de rattrapage après la fermeture des centres de transfert, suite au confinement en Europe.
- Effet de non-retour des MRE au Maroc en été, à cause de la fermeture des frontières (remplacement de la distribution d’argent sur place par des transferts).
- L’apparition des flux informels dans les statistiques officielles, suite à l’impossibilité des MRE de rapatrier de l’argent directement à cause de la fermeture des frontières.
Pour M. Iñigo, l’effet de ces trois facteurs devait être temporaire, et la crise allait finir par rattraper les envois des MRE. Mais pour l’instant, la tendance ne s’est pas encore inversée.
Certes, les frontières sont toujours fermées et les restrictions de déplacements toujours strictes. Ce qui peut expliquer que les MRE n’ont d’autre choix que de passer par les transferts pour rapatrier de l’argent au Maroc. Mais la crise en Europe, qui regroupe les principaux pays d’accueil des MRE, bat son plein, et le continent est en plus confronté à une deuxième vague de propagation du virus ayant conduit les gouvernements à rétablir les restrictions. Ce qui n’a pas empêché les transferts de poursuivre leur tendance haussière, du moins jusqu’à fin octobre. Les statistiques de l’Office des changes des deux prochains mois viendront confirmer ou remettre en question cette orientation.
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