Malgré un premier accès limité, la 5G devient une réalité en France
Coup d'envoi officiel pour la 5G: la nouvelle génération de réseau mobile va devenir une réalité en France sans toutefois provoquer immédiatement la "révolution" technologique promise, en raison d'un accès encore limité sur le territoire et d'un climat de défiance persistant.
A partir de mercredi 18 novembre, date d'activation officielle des fréquences retenue par le régulateur des télécoms, le logo 5G pourra théoriquement s'afficher sur l'écran des smartphones des Français, à l'instar d'une grande majorité de leurs principaux voisins européens.
A condition toutefois de détenir un terminal de dernière génération avec un abonnement dédié, et surtout d'habiter dans une zone couverte par le nouveau réseau.
Or, le service 5G n'est disponible pour l'instant que dans les zones où les opérateurs ont installé des antennes adaptées lors de la phase d'expérimentation.
Selon les dernières données publiques, l'Agence nationale des fréquences en avaient dénombré un peu moins de 500 dans les neuf villes tests choisies: Paris (116), Marseille (95), Lille (89), Nantes (55), Montpellier (54), Lyon (24), Toulouse (22), Bordeaux (19) et Rouen (5).
De quoi rendre très prudents les opérateurs, qui ont versé 2,789 milliards d'euros à l'Etat pour s'offrir les fréquences 5G, quant à un décollage commercial avant les fêtes de fin d'année.
Envol prévu en 2021
Les ventes de forfaits 5G ne vont "pas atteindre de gros volumes cet hiver", avait par exemple prévenu le PDG d'Orange, Stéphane Richard, début novembre sur BFM Business.
"C'est un sujet de 2021, du premier semestre et surtout du second semestre" quand le réseau montera en puissance au fur et à mesure que les installations 4G actuelles pourront offrir aussi la 5G, avait-il ajouté.
"Quand arrive un nouveau service, c'est rare que les fournisseurs disent: On le lance mais ça ne va pas être terrible", relève auprès de l'AFP Guillaume Vaquero, expert télécoms pour le cabinet Wavestone. "Cela montre qu'ils ne veulent pas qu'il y ait de la déception."
"Aujourd'hui, les clients qui vont acquérir ces offres 5G sont principalement les plus technophiles", appuie Sylvain Chevallier, associé en charge des télécoms au sein du cabinet BearingPoint. "Dans un an, ce sera plus monsieur et madame tout-le-monde, quand il y aura un réseau qui sera déployé au niveau national."
Selon les obligations de déploiement fixées par l'Arcep, chaque opérateur devra implanter 3.000 nouveaux pylônes d'ici à 2022, puis atteindre 8.000 en 2024 et enfin 10.500 en 2025.
"Concertation" avec les mairies
Seuls Orange et Bouygues Telecom ont pour l'instant communiqué leurs offres commerciales à destination du grand public. Mais être en mesure de proposer rapidement un service 5G, malgré le réseau limité, est avant tout un "enjeu d'image", selon les analystes.
"Il faut être perçu comme un opérateur innovant parce que si ce n'est pas le cas, vous perdez vos clients", explique Guillaume Vaquero.
Reste que la 5G continue d'inquiéter une partie de l'opinion, méfiante sur les effets sanitaires et environnementaux des ondes électromagnétiques.
Plusieurs maires écologistes ou de gauche de grandes villes, notamment à Lille, ont déjà déclaré être en faveur d'un moratoire jusqu'à la publication prévue au printemps 2021 d'un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
"Les entreprises sont plutôt demandeuses de la fibre!", a martelé Eric Piolle, le maire de Grenoble (EELV), lors d'un colloque organisée par le Medef début novembre.
"Ces évolutions technologiques et sociétales, au service de quelles aspirations sont-elles? Est-ce qu'on se laisser entraîner juste parce que c'est comme ça?", avait-il ajouté, évoquant un nécessaire "débat démocratique".
Ces prises de position risquent-elles de retarder l'arrivée de la 5G dans certains territoires? "Il va y avoir des procédures qui vont peut-être mettre en stand by certains déploiements. Cela va être probablement un frein", pronostique un expert du secteur.
"On invite les opérateurs à être dans le dialogue avec les élus locaux, et s'il y a des concertations organisées par les municipalités, à s'y inscrire", avait plaidé Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, à l'issue des enchères. "On espère qu'elles seront l'affaire de quelques semaines plutôt que de quelques mois."
(AFP)
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