Les hospitalisations non-Covid durement impactées par l'aggravation de la pandémie
La hausse du nombre de cas positifs au Covid-19, notamment de cas sévères, accapare les services hospitaliers. Les médecins sont contraints de faire des choix, et les hospitalisations ou opérations chirurgicales pour des pathologies froides ne sont pas une priorité, à l’heure où le virus circule toujours très activement.
La dégradation de la situation sanitaire en raison de la pandémie de Covid-19 impacte les hospitalisations pour les pathologies autres que celles liées au virus.
Jointe par Médias24, Nadia Ismaili, vice-présidente du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et membre de la cellule de crise du CNOM dédiée au Covid, fait état d’une activité à nouveau ''quasi normale'' concernant les consultations dans les cabinets médicaux privés, même si quelques patients se montrent encore réticents à s’y présenter par crainte de contracter le virus.
Ses propos n’ont donc presque plus rien à voir avec ceux qu’elle avait tenus en mai dernier, alors en plein confinement, lorsque les patients étaient très nombreux à ne plus se rendre dans les cabinets médicaux ou les hôpitaux pour la même crainte.
''En revanche, pour les hospitalisations, c’est une autre paire de manches – aussi bien dans le public que dans le privé'', assure-t-elle. Pour deux raisons : d’une part, ''une partie de la population a toujours peur d’être hospitalisée et de contracter le virus. Les patients se demandent si leur opération ne peut pas attendre quelques semaines, voire quelques mois'', observe Nadia Ismaili.
D’autre part, ''dans les CHU et les grands hôpitaux, plus le nombre de cas Covid augmente, plus les services de spécialité sont transformés en unités dédiées à la prise en charge des patients atteints du Covid-19'', précise-t-elle. Et d’ajouter : ''Par conséquent, les opérations chirurgicales des pathologies froides, non urgentes, sont déprogrammées et reportées. Plus on mobilise de médecins pour des hospitalisations liées au Covid-19, moins ces médecins sont disponibles pour prendre en charge les autres pathologies.''
Nadia Ismaili estime entre ''65% et 70%'' la reprise des activités des services hospitaliers autres que ceux dédiés au Covid-19. Mais elle ne cache pas ses inquiétudes : ''Depuis environ deux, trois semaines, nous avons l’impression de revivre un retour à la crise. Les cas graves de Covid-19 monopolisent à nouveau les services au détriment des autres hospitalisations. Mais nous n’avons pas le choix : plus le nombre de cas positifs augmentera, plus le virus monopolisera les services.''
''Les médecins ont des choix à faire''
Un constat partagé par un membre de la Société marocaine de chirurgie et chirurgien à l’hôpital Avicenne à Rabat. ''La hausse du nombre de patients hospitalisés atteints du Covid-19 a forcément des conséquences négatives sur les hospitalisations. La répartition des autres malades entre les différents services est impactée par l’afflux massif de ces patients. Les médecins ont des choix à faire : les autres malades n’obtiennent que les places restantes et voient leur accès aux lits réduit'', dit-il.
Il constate aussi la réticence de certains patients à se faire hospitaliser, toujours par crainte de contracter le virus. ''Ils nous disent qu’ils ne veulent pas venir et préfèrent reporter à plus tard leur opération. Rien qu’hier, la moitié des patients que je devais voir ne sont pas venus. Et je ne suis pas un cas unique : c’est un constat général. Ceux qui viennent sont ceux qui doivent être opérés en urgence. Les autres, lorsqu’on juge que leur situation est urgente, on essaie de les convaincre de se présenter. Certaines maladies ne peuvent pas attendre : si le pronostic d’un patient n’est pas engagé dans les heures qui suivent, il le sera dans les semaines à venir.''
Les cancers demeurent toujours une priorité
C’est le cas des cancers, qui n’ont évidemment pas cessé d’être considérés comme des urgences.
Sur ce point, le Dr. Dounia Filali, présidente de la Société marocaine de cancérologie (SMC), se veut rassurante : ''Jusqu’à présent, les services hospitaliers dédiés à l’oncologie ne sont pas concernés par toutes ces réorganisations ; leurs activités n’ont pas diminué. Les patients atteints de cancers sont traités ; on ne les fait pas attendre.''
Rassurante, oui, mais tout de même quelque peu inquiète : qu’en sera-t-il si tous les autres services viennent à être saturés ? Le Dr Dounia Filali le dit à demi-mot : dans ce cas, il ne faut pas écarter l’idée que la prise en charge des cas graves de Covid-19 empiète sur celle des patients cancéreux.
A l’hôpital Ibn Tofail de Marrakech, qui fait partie du CHU Mohammed VI, les services de chirurgie viscérale, de neurochirurgie et de traumatologie, entre autres, ont interrompu leurs activités pour se consacrer à la prise en charge des cas Covid. ''Il n’y a plus de patients autres que ceux atteints du Covid-19'', assure un chirurgien spécialisé en chirurgie viscérale et digestive, opérant désormais dans le privé. ''Seul l’hôpital Arrazi reçoit des patients dont l’état de santé est jugé urgent et ne peut pas attendre. L’activité chirurgicale froide y a beaucoup diminué car le personnel, dont un bon nombre d’anesthésistes et de réanimateurs, est tourné vers les cas Covid'', ajoute-t-il.
A Casablanca, où le virus circule toujours très activement, le CHU Ibn Rochd de Casablanca n’est pas épargné. Dans la capitale économique, les services de réanimation sont presque saturés. La réanimation des patients atteints du Covid accapare la prise en charge des autres malades. ''C’est sûr : il y a moins de lits dédiés aux malades non-Covid. Les opérations chirurgicales froides sont reportées tant qu’elles ne sont pas urgentes'', nous dit enfin Amine Mamoun Boutaleb, médecin résident en cardiologie au CHU Ibn Rochd de Casablanca.
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