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Roberto Cardarelli (FMI) : « Le Maroc a réagi à la crise de façon appropriée »

Flexibilisation du dirham, notation internationale du Maroc, LPL, déficit budgétaire, niveau de la dette... ces sujets ont été débattus avec le chef de la mission du FMI au Maroc Roberto Cardarelli. Voici ce qu'il en pense.

Roberto Cardarelli (FMI) : « Le Maroc a réagi à la crise de façon appropriée »

Le 3 novembre 2020 à 12h12

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Flexibilisation du dirham, notation internationale du Maroc, LPL, déficit budgétaire, niveau de la dette... ces sujets ont été débattus avec le chef de la mission du FMI au Maroc Roberto Cardarelli. Voici ce qu'il en pense.

Au terme de sa mission au Maroc du 19 octobre au 02 novembre, l’équipe du FMI dirigée par Roberto Cardarelli a rendu ses conclusions lors d’une conférence de presse organisée le lundi 02 novembre dans la soirée. C’était l’occasion de revenir avec le chef de la mission sur un ensemble de questions relatives aux politiques économique et monétaire du Royaume. 

Le premier sujet étant bien évidemment la réaction du Maroc face à cette crise qui frappe le monde. Sur ce volet, le FMI estime « qu’en dépit de la riposte rapide des autorités, la pandémie mondiale n’a pas épargné le Maroc et a eu des retombées négatives sur sa population, à l’instar de tous les pays du monde ». 

Il prévoit une rétractation du PIB de 6 à 7% en 2020 en fonction de l’évolution de cette pandémie. Pour 2021, les prévisions du FMI tablent sur une croissance du PIB de 4,5 %, « sous l’hypothèse que les effets de la sécheresse et de la pandémie s’estompent, mais cette projection de référence est sujette à de considérables risques baissiers ».

Le deuxième élargissement de la bande de fluctuation du dirham, avant la crise, salué 

Le FMI s’est exprimé sur la politique monétaire menée par les autorités marocaines en notant avec satisfaction « la politique monétaire accommodante qui est menée et considère que celle-ci devrait être poursuivie jusqu’à ce que l’inflation commence à augmenter ». 

Sur le volet de la politique de changes où une réforme de taille est menée depuis 2018 dans le sens d’une plus grande fluctuation du dirham, Roberto Cardarelli s’exprime sur l’opportunité de poursuivre cette réforme en cette période de crise où le Maroc a opéré un deuxième élargissement en mars dernier, quelques jours avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire. 

« De notre point de vue, la crise a créé les conditions pour la réussite de l’élargissement de la bande de fluctuation opéré en mars dernier. Cela a été un bon choix car il a aidé le Maroc à faire face à une période de volatilité dans les marchés internationaux au début de la pandémie », commente le chef de la mission du FMI.

« On peut dire que c’est une étape réussie qui montre l’avantage et l’atout de cette transition. Le taux de change s’ajuste en principe quand il y a un choc extérieur qui change les conditions macroéconomiques ».

Sur la question de savoir s’il est opportun d’entamer une nouvelle phase en pleine crise, le représentant du FMI répond que « cette crise est spéciale puisqu’elle touche tous les pays simultanément y compris les partenaires commerciaux du Maroc. Il y a le point de vue qui souligne la nécessité de faire la transition et le point de vue qui souligne l’incertitude. Les conditions nécessaires et appropriées pour poursuivre la transition devraient être jugées par la banque centrale. Il y a un important travail à faire pour s’assurer que cette transition soit harmonieuse. Il y a beaucoup de travail de préparation. Le FMI a aidé et continue à aider dans l’aspect technique de transition. En ce qui concerne le calendrier de la transition, la banque centrale est clairement la mieux placée pour juger ». 

Faible impact de l’évaluation des agences de notation 

La crise a poussé l’ensemble des pays à s’endetter plus pour faire face à ses répercussions. Il s’est ensuivi une dégradation des indicateurs financiers et macroéconomiques. Ce qui n’a pas manqué d’impacter les évaluations des agences de notation. La note du Maroc s’est dégradée au moment où il aura de plus en plus besoin de recourir au marché international pour se financer.

Qu’en pense le FMI ? « Les conséquences du changement de notation du Maroc n’ont pas été très grandes car les marchés internationaux doivent répondre à la récession de façon confortable. Il y a une baisse du prix du bond marocain, mais il s’agit d’un changement très minime. Ce n’est pas une crise pour le Maroc seulement, elle est mondiale. L’augmentation de la dette et du déficit budgétaire est un problème général. Et je dirais que le Maroc a réagi à la crise de façon appropriée et conservatrice. Les taux d’intérêt sont très bas, le coût de la dette est très bas, donc on peut envisager des niveaux de besoin de financement un peu plus élevés que par le passé ; et le Maroc a la possibilité de faire face à ce besoin de financement de façon solide et confortable », répond Roberto Cardarelli. 

Cela dit, le chef de la mission du FMI estime qu’il y a débat sur les politiques budgétaires à moyen terme. « La réponse à la crise devrait être orientée dans le sens du soutien de la reprise mais il y a aussi la nécessité de commencer un processus d’assainissement budgétaire. Je crois que les autorités marocaines restent engagées dans un processus qui prend en considération le déficit budgétaire de façon progressive et graduelle et qui prend en compte la nécessité de soutenir la reprise, d’un côté, et le maintien de la stabilité financière et fiscale à moyen terme de l’autre. Nous sommes convaincus que les autorités marocaines ont la possibilité de trouver l’équilibre approprié », affirme M. Cardarelli qui estime que le marché international doit prendre en compte la situation et qu’il y a nécessité à soutenir la reprise. 

Financer le déficit par la banque centrale n’est pas une option

Financer le déficit par la dette est courant avec son lot de contraintes et de risques sur les équilibres financiers. Certaines voix défendent aujourd’hui une option moins orthodoxe, celle du financement du déficit par la banque centrale. Pour le FMI, ce n’est pas une option. « Nous ne pensons pas que la monétisation du déficit est possible car elle n’est pas constitutionnelle au Maroc. La banque centrale est interdite de financer le déficit public et je dirais que c’est une bonne chose parce que cela a contribué à la stabilité macroéconomique du Maroc », tranche Roberto Cardarelli. 

« Le besoin de financement du secteur public est réel pour beaucoup de pays. Au FMI, nous disons qu’il faut être flexible et considérer tous les outils à disposition de la politique monétaire pour aider la reprise économique et aider l’économie à surmonter cette crise. Mais dans le cas du Maroc, il n’y a pas besoin de faire appel à cette politique extrême parce que selon notre point de vue, le Maroc a la possibilité de financer un déficit plus élevé sur une période de temps limitée », ajoute le chef de la mission du FMI.

Par ailleurs, le chef de la mission du FMI s’est également exprimé sur la LPL.  « Nous n’avons pas discuté de la LPL. Comme vous le savez, le programme a été clôturé par l’achat de tous les fonds disponibles sur la ligne en avril dernier. Et nous n’avons pas parlé de programmes futurs », assure-t-il en ajoutant « nous sommes prêts à écouter les requêtes et les besoins des autorités marocaines et nous sommes prêts à intervenir de nouveau si nécessaire ». 

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