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EDUCATION

Migration marquée des élèves des écoles privées vers le public, selon la FNAPEM

C'est ce que rapporte Mohamed Berazouk, premier vice-président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves. L'Alliance des écoles privées, elle, atténue le phénomène et évoque le surcoût lié aux mesures de prévention comme souci majeur.

Migration marquée des élèves des écoles privées vers le public, selon la FNAPEM
Solène Paillard
Le 5 octobre 2020 à 15h13 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Ce lundi 5 octobre à Casablanca, les élèves des établissements scolaires dont les parents ont opté pour le présentiel sont retournés en classe, après l'allègement des restrictions décidé par les autorités. Un retour sur les bancs de l’école qui intervient six mois après la mise en place de l’enseignement à distance, et alors que les parents d’élèves se remettent plus ou moins de leur bras de fer avec les écoles privées.

Chez certains en effet, le mécontentement suscité par l’insistance de ces établissements pour qu’ils s’acquittent des frais de scolarité malgré leurs difficultés financières et l'instauration de l'enseignement à distance, a impulsé une migration du privé vers le public. En juillet dernier, Mohamed Berazouk, premier vice-président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves (FNAPEM) et président du secteur de Fès, avait indiqué à Médias24 recevoir ''énormément'' d’appels ou de courriers de parents qui, déçus du comportement de ces établissements, envisageaient de se tourner vers les écoles publiques.

Trois mois plus tard, ses observations sont désormais bien concrètes : joint par Médias24, Mohamed Berazouk fait état d’un nombre ''exceptionnel'' de parents d’élèves ayant inscrit leurs enfants dans des écoles publiques alors qu’ils étaient scolarisés l’année dernière dans des écoles privées. Pour deux raisons selon lui : la première concerne les difficultés financières auxquelles font toujours face plusieurs familles ; la seconde est liée au refus de certaines écoles de trouver une solution à l’amiable avec ces familles, comme la mise en place de facilités de paiement ou une réduction des frais mensuels.

''Nous avons organisé plusieurs rencontres entre les écoles privées et les parents d’élèves pour tenter de trouver une solution'', nous dit Mohamed Berazouk. Les pourparlers ont manifestement été peu concluants : ''Le fait que certaines écoles refusent toute solution à l’amiable, et qu’elles ont en quelque sorte ''achevé'' la situation de ces familles, a fait fuir ces dernières vers les écoles publiques. On s’attendait à un tel phénomène ; on savait très bien que beaucoup de parents d’élèves feraient sortir leurs enfants du privé pour le public.''

Des arrangements entre écoles et parents d’élèves

Des établissements ont cependant consenti à des arrangements à l’amiable, précise Mohamed Berazouk, notamment une diminution de moitié des frais de scolarité mensuels et des frais d’inscription. ''Certaines ont même annulé les frais de scolarité ; elles ont appliqué la gratuité pour les familles les plus en difficulté'', souligne-t-elle.

Plusieurs écoles privées ont en effet accepté un rééchelonnement des frais de scolarité, confirme Anouar Himdi, vice-président de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc, contacté par Médias24. Mais il relativise les difficultés financières aussi bien que la migration du privé vers le public : ''Je ne constate pas actuellement de gros problèmes d’argent chez les familles. Quant au transfert des élèves du privé vers le public, globalement, il n’y a pas eu un grand chamboulement. Dans certaines régions, on ne l’a même pas du tout ressenti'', répond-t-il sobrement, sans s’épancher sur les régions dont il parle. ''Les choses se mettent en place dans de meilleures conditions ; les élèves parviennent à suivre les cours'', ajoute-t-il tout aussi sobrement.

Ces propos font écho à ceux qu’il avait tenus début septembre, lorsqu’il déclarait ne pas être particulièrement inquiet d’une migration des élèves du privé vers le public : ''Nous n’avons pas encore perçu de mouvements allant dans ce sens. Le taux de remplissage des écoles privées dépasse 70%, voire 80% dans certaines écoles, d’après les remontées de terrain que nous avons.'' Contacté par Médias24, le ministère de l’Éducation nationale a dit ne pas être en mesure, pour l’instant, de fournir des données statistiques sur ce phénomène, l’opération de recensement venant juste de commencer.

Une pédagogie renforcée, mais un coût supplémentaire

Ce qui inquiète en revanche Anouar Himdi, ce sont les coûts engendrés par la poursuite de l’enseignement à distance, tous les parents n’ayant pas opté pour le retour de leurs enfants en présentiel. L’équipement d’une salle de classe qui assure un enseignement à distance se chiffre selon lui entre 4.000 et 5.000 dirhams, entre l’achat de caméras, de tableaux interactifs, de plateformes et de logiciels, d’ordinateurs, et les coûts relatifs à la connexion internet, qui doit être particulièrement élevée.

Le présentiel n’est guère plus avantageux : la réduction des effectifs des élèves dans les classes a contraint les écoles privées à recruter davantage de personnel pour gérer les différents groupes, alors qu’auparavant, logiquement, un seul et même enseignant suffisait pour une seule et même classe. ''Sur deux classes de 20 élèves, soit 40 élèves, on a trois groupes. Sur le plan pédagogique, on est satisfaits : une classe à effectifs réduits, ça fonctionne très bien. Mais le prix de revient de l’opération est beaucoup plus élevé. C’est difficile de dire qu’on s’en sort à 15 élèves par classe'', déplore-t-il.

''C’est tout à fait normal qu’il y ait des arrangements financiers entre les écoles et les familles qui ont des difficultés, mais la question se pose de savoir pourquoi ces arrangements se font toujours sur le compte des écoles privées. Parce que finalement, aussi bien les écoles que les familles, tout le monde est dans le pétrin'', conclut Anouar Himdi.

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Solène Paillard
Le 5 octobre 2020 à 15h13

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