La reprise économique au Maroc sera lente (Banque Mondiale)
La croissance ne reviendra à sa tendance antérieure à l’épidémie qu’en 2022 au plus tôt, avec un niveau élevé d’incertitude. Malgré cela, le Maroc doit passer d’une phase d’atténuation à une phase d’adaptation, soutient la BM.
Cette dernière vient de publier son rapport de suivi de la situation économique au Maroc. Pour ses économistes, le Maroc traversera une profonde récession en 2020, principalement en raison de l’épidémie de COVID-19, mais aussi des difficultés du secteur agricole dues à la faiblesse des précipitations.
Une croissance de 3,4% en 2021
La croissance du PIB réel du Maroc a été revue à la baisse par rapport aux prévisions antérieures à l’épidémie, et ce, de 7,6 points de pourcentage, soit -4,0% en 2020, principalement en raison de l’impact de l’épidémie sur la croissance non agricole (-4,2% en 2020).
À moyen terme, la croissance récupérera progressivement, estime la Banque Mondiale, avec cependant un haut degré d’incertitude concernant le rythme et la durée de cette récupération à cause de plusieurs inconnues, y compris la découverte de traitements ou de vaccins contre la COVID-19.
La reprise économique sera longue, la croissance ne retrouvant son niveau antérieur à l’épidémie qu’en 2022, au plus tôt.
En 2021, l’économie s’accroîtra probablement de 3,4%, prédisent les économistes BM, avec une augmentation de la production agricole grâce à des conditions climatiques plus normales et un accroissement plus lent de la production non agricole, alors que l’activité économique intérieure redémarrera parallèlement au relèvement des principaux marchés d’exportation européens du Maroc.
Le tourisme, lui, se remettra à un rythme plus lent dans la mesure où l’inquiétude concernant de nouvelles vagues d’infection limitera la demande mondiale, de même que la réduction du revenu et de l’épargne des ménages sous l’effet de la récession, et les éventuelles quarantaines imposées aux arrivées internationales, etc.
La croissance devrait s’élever à 3,8 % en moyenne en 2022–2024.
La dette du Trésor représentera 78% du PIB en 2022
La Banque Mondiale s'attend à ce que l’épidémie creusera le déficit budgétaire et aggravera la dette publique tant en 2020 qu’en 2021.
En ce qui concerne les recettes fiscales, en particulier tirées des biens et des services, des taxes douanières et des revenus et bénéfices, elles seront inférieures aux prévisions pour 2020 et 2021.
Des augmentations considérables de charges sont prévues en 2020 en raison des dépenses supplémentaires de santé, de protection sociale, mais aussi de récupération.
Cette combinaison de stabilisateurs automatiques et de dépenses d’atténuation pour protéger les ménages et les entreprises creuseront le déficit budgétaire global (à l’exception des produits de la privatisation) pour atteindre 7,5% du PIB en 2020 (contre un déficit prévu de 3,7% avant l’épidémie).
Par conséquent, la dette publique croîtra pour atteindre 75,2% du PIB en 2020 (contre 65% en 2019).
À moyen terme, le déficit budgétaire se réduira progressivement pour se situer en moyenne à 4,1% du PIB sur la période 2020–2024, contre les 3,3% prévus avant l’épidémie de COVID-19.
La dette de l’administration centrale augmentera et atteindra 77,8 % du PIB en 2022 sous l’effet du lent redressement économique à la suite du choc de l’épidémie de COVID-19, et se réduira progressivement pour atteindre 74,5 % d’ici 2025 grâce à la reprise et l’accélération de la croissance à moyen terme et de la réduction des déficits budgétaires.
Réserves de change : 4,1 mois d'importations en 2020
Sous l’effet du choc lié à la COVID-19, le déficit du compte courant se creusera considérablement en 2020, avant de diminuer à moyen terme, prévoient les économistes BM. Il passera de 4,1% du PIB en 2019 à 8,4% en 2020 avec le net déclin des recettes d’exportation et touristiques, des transferts de fonds et des entrées de capitaux. Si les importations d’énergie se réduisent dans un contexte de faibles prix mondiaux du pétrole, cela ne compensera pas entièrement la chute des recettes tirées des exportations et du tourisme.
À partir de 2021, le déficit du compte courant diminuera et atteindra 6,4% du PIB pour progressivement se résorber sur le reste de la période de prévision alors que les exportations, les recettes du tourisme, les IDE et les transferts de fonds repartiront à la hausse et que les secteurs manufacturiers d’exportation (en particulier l’automobile, l’électronique et les produits chimiques) développeront leur activité. Les investissements directs étrangers baisseront de 0,6% du PIB en 2020, également à cause du choc de la COVID-19, avant de se redresser à moyen terme à un niveau d’environ 2% du PIB.
En 2020, les réserves internationales brutes se contracteront temporairement, pour représenter 4,1 mois d’importation, avant de s’accroître pour atteindre 4,9 mois d’importation d’ici 2025.
Hausse des besoins de financement interne et externe
Le financement budgétaire et externe nécessite donc des apports plus importants, estime la Banque Mondiale. Cependant, dans le cadre de sa gestion macro-économique antérieure à l’épidémie, le Maroc s’était aménagé d’importants mécanismes de protection (par exemple, la Ligne de crédit de précaution d’un montant de 3 milliards de dollars du FMI, dans laquelle le Maroc a puisé au début de l’épidémie).
En 2020, les besoins bruts de financement public atteindront 16,1% du PIB en 2020, soit une hausse de 4,5 de points de pourcentage par rapport aux prévisions antérieures à l’épidémie. Quant à ceux du financement externe, ils s’élèveront à 11,4% du PIB, soit un montant supérieur d’environ 5,6 PP à celui des prévisions antérieures à l’épidémie.

Le Maroc doit passer à une stratégie d'adaptation
Ces perspectives sont sujettes à un degré inhabituel de risques, principalement à la baisse, prévient la Banque Mondiale.
En ce qui concerne les perspectives, elle estime que la principale source d’incertitude et le degré d’ampleur de la crise sont liés à la découverte éventuelle ou au contraire à l’absence d’un traitement efficace ou d’un vaccin contre la COVID-19. Si un vaccin est découvert tardivement ou s’il s’avère impossible de le mettre au point, comme dans le cas de maladies telles que l’Ebola et le MERS, de nouvelles vagues de la COVID-19 surviendront, potentiellement sous une variante plus mortelle, comme ce fut le cas en 1918–1920 avec la grippe espagnole.
Les perspectives économiques mondiales seront alors plus désastreuses avec un impact négatif sur l’activité économique du Maroc, alerte-on. Un tel scénario, conjugué à une éventuelle réduction des IDE et des transferts de fonds, aura des répercussions sur le solde budgétaire et des comptes courants ainsi que sur la position des réserves en devises étrangères.
L’épidémie a un impact négatif sur le rythme de l’assainissement du budget public et, par conséquent, sur les besoins bruts de financement et la dette. Si la perturbation des marchés financiers mondiaux se poursuivait, l’accès aux financements et/ou l’augmentation du coût du financement des déficits budgétaire et externe en seraient entravés.
Enfin, un renversement de la récente chute des prix mondiaux du pétrole aurait un impact négatif sur les comptes budgétaires et externes.
Pour finir, la Banque Mondiale estime que malgré un risque d’épidémie prolongée, il est essentiel de passer d’une phase d’atténuation à une phase d’adaptation pour garantir la résilience, le caractère inclusif et la croissance de l’économie marocaine. En dépit de la probable volatilité de la phase de redressement économique, le Maroc trouve ici l’opportunité de bâtir une économie plus durable et plus résiliente en développant une stratégie d’adaptation similaire à son approche sur le front de l’environnement.
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