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Casablanca : les mesures de précaution font flamber les prix des grands taxis

Les prix des grands taxis ont augmenté en flèche depuis le mois de mars pour compenser les pertes dues notamment à la réduction du nombre de places autorisées. Impactés par la crise, les chauffeurs demandent un retour à la normale, et des aides financières pour les plus touchés.

Casablanca : les mesures de précaution font flamber les prix des grands taxis
Kenza Khatla
Le 14 juillet 2020 à 14h20 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Suite à l’apparition des premiers cas de covid-19 au Maroc, et pour lutter contre sa propagation, le ministère de l’Intérieur a pris, vers la mi-mars, une série de mesures organisationnelles relatives à la gestion du transport public, toutes catégories confondues. 

La première en date est celle relative à la réduction de 50% du nombre de places dans les grands taxis, qui sont depuis autorisés à transporter 3 passagers au lieu de 6.

Pour leur part, les bus et les tramways ne doivent pas dépasser 50% de leur capacité, sauf que ces deux moyens de transport sont de plus en plus bondés à Casablanca depuis le déconfinement, sans contrôle efficace, ce qui représente un risque énorme de contamination.

Les chauffeurs de taxis s'indignent face à cette "injustice", d’autant plus qu’ils sont sévèrement punis, s’ils ne respectent pas les règles en vigueur.

Pour cerner le sujet, Médias24 a contacté Hicham Essedik, coordinateur régional de Casablanca-Settat de l’Organisation professionnelle de transport (OPT). 

Notons que ce secteur est mal organisé, et qu’il existe plusieurs syndicats de grands taxis.

Une décision unilatérale

"L’augmentation des prix des grands taxis a été décidée par les chauffeurs, sans consultation avec les autorités compétentes", nous confie notre source. "Elle est intervenue en mars, suite à la décision du ministère de l’Intérieur de réduire de 50% le nombre de places autorisées".

Cette hausse concerne aussi bien les circuits à l’intérieur de la ville que ceux vers d’autres provinces, d’après notre source. 

En effet, "les trajets qui coûtaient 6,5 DH à Casablanca coûtent à présent 10 DH, soit une augmentation de 3,5 DH, et ceux qui étaient effectués à 5 DH, le sont désormais à 7 DH, soit une augmentation de 2 DH".

En ce qui concerne les trajets en dehors de la ville, M. Essedik nous donne l’exemple de Casablanca-Berrechid, qui coûte en ces temps de crise 25 DH, au lieu de 15 DH et celui de Casablanca-Médiouna, 12 DH, contre 8 DH en temps normal.

Il s’agit, selon notre source, du seul moyen de compenser les pertes dans le secteur, dues à un ensemble de mesures restrictives. Si pendant le confinement l'impact de cette hausse des prix n'était pas vraiment visible, il se fait de plus en plus sentir avec la reprise des activités économiques et le déconfinement.

Des centaines d’emplois menacés

D'après les derniers chiffres publiés dans le rapport sur les comptes spéciaux du Trésor accompagnant le projet de loi des Finances 2020, le Maroc compte 45.000 taxis de 1ère catégorie (grands taxis), dont plus de 6.300 à Casablanca, selon notre source.

"Les pertes sont énormes pour les chauffeurs. Un grand nombre d'entre eux sont incapables d’honorer leurs engagements depuis le confinement", nous indique M. Essedik scandalisé.

"En plus de la réduction du nombre de places, le nombre de rotations a diminué depuis le mois de mars. Nous n’effectuons plus que trois voyages au maximum par jour, contre 6 à 7 voyages auparavant".

Cette situation s’explique d’une part par le fait que les gens ont encore peur de prendre les transports en commun et d’être contaminés au Covid-19. D’une autre part, ceux qui y sont obligés se ruent depuis le déconfinement sur les bus et les tramways, en raison des tarifs élevés des grands taxis, en particulier ceux qui sont contraints de prendre au moins deux taxis pour arriver au travail.

Le coordinateur régional de l'OPT reconnaît que cette hausse touche les citoyens en premier lieu: "un père de famille, avec deux enfants, qui payait 24 DH de Casablanca à Mediouna (à raison de 8 DH/personne) doit à présent débourser 36 DH (à raison de 12 DH/P). Mais nous sommes également très impactés et nous avons aussi des charges et des dettes à payer. Même avec les nouveaux tarifs nous restons perdants, puisqu’en temps normal, nous gagnons 48 DH par voyage sur ce trajet (8 DH/P et 6 passagers/voyage)".

"Certains chauffeurs, qui louent les véhicules auprès des détenteurs d’agrément, doivent payer une concession allant jusqu’à 2.500 DH. A cela s’ajoutent les primes d’assurance qui sont excessivement élevées, vu la nature de notre activité et le risque qu’elle induit", ajoute notre interlocuteur, qui dit payer plus de 10.000 DH par an.

"La recette nette quotidienne d’un chauffeur d'un grand taxi varie actuellement entre 30 à 50 DH, au lieu de 250 à 300 DH".

"Les mêmes sanctions pour les bus et tramways"

"Nous sommes sévèrement punis si l'on dépasse les 3 places autorisées. Nous risquons le retrait de notre véhicule et de notre permis de conduire. Un chauffeur a même écopé d’un mois de prison durant la période de confinement, pour avoir transporté 4 personnes", poursuit M. Essedik en s’interrogeant "pourquoi les chauffeurs des autres moyens de transport, notamment des bus et des tramways, ne subissent pas les mêmes sanctions?". 

En effet le taux d’occupation de 50% est largement dépassé dans certains véhicules d’Alsa, et les mesures barrières ne sont pas respectées.

Jointe par Médias 24, une source proche du dossier avait accusé les usagers "qui ne respectent pas les consignes", dans un article précédent. Notre source avait également assuré que "toutes les mesures nécessaires ont été mises en place par la société gestionnaire pour accueillir les Casablancais dans meilleures conditions possibles". Elle nous avait expliqué que "le chauffeur du bus est censé s’arrêter et demander l’intervention des services compétents lorsque le taux d’occupation autorisé est dépassé", mais comme constaté par nos soins, cette mesure est loin d’être respectée par tous les chauffeurs.

Cette situation injuste entraîne des conflits dans le secteur du transport en commun. En effet, il y a quelques semaines, des chauffeurs de grands taxis se sont même attaqués à des bus remplis pour les arrêter, et ont demandé l’intervention des autorités.

Un retour à la normale 

Lors d’un sit-in organisé vendredi 10 juillet dernier par l’OPT, les grands taxis ont formulé plusieurs demandes, dont la principale est le retour à la normale, avec la possibilité de transporter à nouveau 6 passagers.

Ils exigent aussi :

- Une aide financière directe pour les conducteurs les plus touchés ;

- Une aide financière aux conducteurs qui louent les taxis, ou une exonération de la concession aux propriétaires des taxis ;

- Mettre fin au transport informel, qui empire la situation...

"A présent, nous attendons le retour des acteurs concernés. Si nous n’avons aucune réponse, d’autres formes de manifestations et des grèves sont prévues, selon un programme bien défini".

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Tags : grands taxis
Kenza Khatla
Le 14 juillet 2020 à 14h20

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