Ordre national des médecins: démissions en série au bureau national
Des démissions en série à l'Ordre national des médecins. Les démissionnaires évoquent des dysfonctionnements dans la gestion du Conseil. Une fronde qui traduit un malaise patent au sein de cette instance ordinale.
Une fronde à l’Ordre national des médecins? L’Instance fait face à une série de démissions touchant des postes clés au sein du bureau, dont le mandat n’a pas bouclé les deux années.
Cinq lettres de départ ont été transmises le 11 juillet au président du Conseil national. Trois sont signées respectivement par le vice-secrétaire général (Dr Abdelmalek Lehnaoui), la trésorière (Dr Jamila Amrani) et la vice-trésorière (Dr Mariam Sanim).
Les intéressés évoquent vaguement les raisons de leurs démissions. Officiellement, il est question de dysfonctionnements au niveau de l’organisation et la gestion du conseil national. Des conditions qui ne "me permettent pas d’accomplir mes missions", estime Dr Lehnaoui, qui s’abstient de dévoiler "les faits, informations et documents" dont il a disposé tout au long de son mandat, et ce "par respect au règlement intérieur et charte déontologique".
Pas plus précise, une autre démissionnaire critique la prise de décisions "unilatérales", "un certain nombre de membres étant exclus de la participation à ces décisions". Sans parler de l’absence "quasi-totale de communication entre les membres", pointe Dr Sanaa Dahak.
Trésorière au sein du bureau, Dr Amrani a adressée deux lettres simultanées. Dans la première, elle critique, comme ses autres collègues, "le non-respect des dispositions légales régissant l’Ordre", ce qui "l’entrave dans l’exercice de ses fonctions", explique Dr Amrani.
Dans la deuxième lettre, elle cite la dernière réunion du Conseil, tenue le 27 juin. Les détails qu’elle y inclut décrivent un événement particulièrement tendu. Et dévoilent quelques éléments à l’origine de ces tensions.
Lors de cette réunion, "des membres m’ont tenue pour responsable du blocage que connaissent les projets de restructuration ou de construction des sièges des conseils régionaux", dit-elle. Ajoutant qu’on lui a également imputé, entre autres griefs, "la probable récupération, par l’Etat, du budget d’investissement suite à l’échéance du marché conclu [avec l’Ordre] fin 2018".
Dans le même document, l’intéressée révèle qu’on lui a "demandé de démissionner et de quitter l’Ordre" pour mettre un terme à "la crise" entre elle et le président du Conseil.
Sollicité par téléphone, le Dr Lehnaoui ne se montre pas plus loquace et nous oppose le devoir de réserve. "Je ne peux pas m’attarder sur les détails. Le règlement intérieur et la charte déontologique me l’interdisent. Je m’abstiendrai par respect à l’Institution", dit-il. Il se dit "prêt à livrer les détails lors d’une assemblée générale des conseils. L’assemblée a le droit de nous demander de préciser les causes de la démission."
"Nous attendons un communiqué du Conseil national. S’il nie la légitimité de nos démissions ou formule des griefs à notre encontre, nous serons contraints de répliquer en exposant notre version. Si possible lors d’une conférence de presse", ajoute Dr Lehnaoui.
L’intéressé ajoute une précision au passage. "Quand on évoque des dysfonctionnements, nous parlons uniquement du Conseil national. Les conseils régionaux ne sont pas concernés et déploient, à mon sens, des efforts importants et ont fait évoluer leur rendement de manière palpable lors du mandat actuel. Le Conseil national devrait s’aligner sur ses démembrements régionaux", observe notre interlocuteur.
Nous avons tenté de joindre Mohammedine Boubekri, président du Conseil national. Sans succès.
L’Ordre est régi par la loi 08-12. Son conseil national regroupe 27 membres, des médecins exerçant la profession médicale au Maroc, secteurs privé et public compris. "Il englobe à la fois les médecins du public et du privé. Cette situation favorise les batailles d’intérêts. Entre les médecins du public, les médecins enseignants-chercheurs, les médecins militaires et ceux du privé, la coexistence a toujours été difficile", nous confie un autre membre démissionnaire, sous couvert d’anonymat.
"Dans sa configuration originelle, l’instance était destinée aux médecins du privé. Et pour cause, hormis ces derniers, toutes les autres catégories disposent d'un cadre institutionnel spécifique. Les médecins du public opèrent sous la tutelle du ministère de la Santé, les universitaires sous le département de l’Enseignement supérieur et les militaires sont rattachés aux Forces armées royales", ajoute notre source, qui a quitté le navire avant la récente vague de démission.
La loi interdit à l’Ordre toute ingérence dans les domaines religieux et politiques. Ce qui n’empêche pas la présence de différentes sensibilités idéologiques au sein du Conseil. Situation qui conduit souvent à des "blocages", relève un observateur.
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