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POLITIQUE

Mohamed Tozy : « Les coups bas politiques ne font que commencer »

Alors que le gouvernement actuel est appelé à gérer les conséquences économiques de la pandémie, les partis de la majorité exploitent des scandales pour décrédibiliser leurs futurs adversaires aux scrutins de 2021. Malgré la crise actuelle inédite qui requiert une union sacrée, le politologue Mohamed Tozy avance que les attaques en dessous de la ceinture se multiplieront à l’approche des échéances électorales.

Mohamed Tozy : « Les coups bas politiques ne font que commencer »
Samir El Ouardighi
Le 30 juin 2020 à 17h53 | Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Confrontés à une crise économique et sanitaire sans précédent, les partis politiques qui constituent la majorité gouvernementale se réjouissent malgré tout, tour à tour, des scandales visant certains de leurs membres les plus en vue.

Après les ministres en exercice, Mustapha Ramid et Mohamed Amekraz accusés de ne pas avoir déclaré à la CNSS des employés de leurs cabinets d’avocats, c’est au tour de l’ex-ministre de la Jeunesse et des sports, Rachid Talbi Alami, de se voir reprocher sa mauvaise gestion et notamment d’avoir validé le paiement de 2,5 MDH pour créer un portail qui coûterait 200.000 dirhams.

Le combat partisan ne fait que commencer, les yeux rivés sur 2021

Appelé à réagir sur la révélation croissante d’affaires durant une période nécessitant d’oublier les querelles partisanes, le politologue Mohamed Tozy n'est "absolument pas surpris" par ces attaques.

Interrogé sur des divisions qui donnent du crédit aux partisans d'un gouvernement de technocrates, notre interlocuteur rejette la pertinence de ce scénario en affirmant que comme partout dans le monde, les batailles politiciennes ne font que s'amplifier en période préélectorale 

« C'est absolument normal. Crise ou pas crise, il y a des élections à l'horizon 2021 et si les membres des partis étaient déjà prêts à en découdre avant la pandémie, ils le sont plus aujourd'hui mais bien moins que demain.

Des attaques personnelles qui prennent le pas sur les questions de programme

« D'un côté, cela souligne l'importance des élections dans l'accès aux responsabilités mais paradoxalement, la conception des élections n'a pas beaucoup bougé car on est plus sur un débat personnalisé que sur des questions de programme ou d’orientations politiques assumées.

« Tout cela n’augure rien de bon par rapport à la question de la confiance des citoyens dans les institutions car cela conforte le parti-pris dominant sur le fait que tous les partis sont pourris.

"Ce ne sera pas du tout bénéfique pour notre vie politique qui commençait pourtant à donner des signes intéressants de vitalité.

Des lynchages pas toujours fondés

« Selon moi, épingler quelqu'un sur le fait qu'il ait dépensé 2,5 MDH au lieu de 200.000 DH est, par exemple, du lynchage.

"En effet, pour les gens avisés qui savent comment se déroulent les procédures financières dans les ministères, les responsabilités sont partagées car avant de donner le feu vert, il y a un long processus de contrôle.

"Pour faire court, ce n'est pas quelqu'un qui se lève le matin et qui donne l'ordre de donner une somme à untel.

« Ces attaques ou plutôt ces raccourcis simplifient trop la vie quotidienne des administrations et donnent lieu à des discours démagogiques alors que le Maroc a vraiment besoin de sérénité.

Des calculs court-termistes dans un contexte de crise qui réclame une vision à long-terme

« Sachant qu'il y a des questions très graves qui nous attendent et que le Maroc est à la veille de très gros problèmes sur le plan économique, il y a un réel besoin de responsabilité et d'engagement citoyen.

« Malheureusement, on le retrouve très peu au niveau des partis politiques qui se livrent à des calculs très court-termistes au lieu de changer de perspective avec une vraie vision », regrette le politologue.

A la question de savoir si face à l’image de "Tous pourris" qui ne fera que se renforcer avec ces affaires et avec la pire crise économique de l'histoire du Maroc, la solution n’était pas un gouvernement technocratique, Tozy affirme tout le contraire en se disant persuadé de sauvegarder le rôle des politiciens.

Un gouvernement de technocrates sera incapable de créer le débat

« Sachant que dans la corbeille, il y a aussi les politiques responsables qui font du bon travail, nous nous devons de réhabiliter la vie politique et les hommes et femmes qui la composent.

« En effet, plus la responsabilité sera partagée par l’ensemble des citoyens et plus le débat sera ouvert sur la place politique car quoi qu’on pense, le débat ne peut pas être mené ou cultivé par des bureaux d'études.

« Si les batailles actuelles peuvent ôter l’envie de voter, il existe d'autres moyens de participer et de changer les choses.

"Il est possible d’ouvrir d'autres voix comme la réhabilitation de la société civile dans son rôle de suivi dans la conception des politiques publiques.

Seule la réhabilitation des politiques pourra changer la société

« L'idée d'un gouvernement technocrate n'est donc pas appropriée car pour mettre en œuvre des choix politiques qui engagent la société, il faut d’abord réhabiliter les politiques même si cela demandera du temps.

"Selon moi, plus la population embarquée dans ce combat sera nombreuse, plus il y aura de chances de trouver des solutions pour essayer de ne pas laisser trop de monde sur le carreau.

« Au final, la multiplication des affaires en cours ne fait que signer le début des hostilités car certains hommes politiques, au Maroc comme ailleurs, fonctionnent encore à coup de règlements de compte », conclut Tozy en ajoutant que c'est le prix à payer pour (re)donner sa place à la parole et à la représentation politique.

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Tags : Mohamed Tozy
Samir El Ouardighi
Le 30 juin 2020 à 17h53

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