Marché du médicament au Maroc: avis accablant du Conseil de la concurrence
Entre conflits d'intérêts, cadre juridique inapproprié, politique nationale incohérente et une commande publique sans objectifs,.. le Conseil de la concurrence n'y va pas par le dos de la cuillère en parlant du marché marocain du médicament. Le Conseil recommande plusieurs réformes liées aux structures existantes.
Cet avis a été élaboré sur la base d'un diagnostic "sans équivoque" de la situation du marché et "éclairé par les enseignements tirés de la crise générée par la nouvelle pandémie Covid-19", souligne dans un communiqué le Conseil de la concurrence, qui a tenu, jeudi 26 juin par visioconférence, la 7e session ordinaire de sa formation plénière.
Le diagnostic établi a révélé "l’existence de nombreux dysfonctionnements" qui ont trait à toutes les dimensions du marché national du médicament.
En effet, il s’agit, selon le Conseil, d’un marché "très administré" et "très réglementé" évoluant dans un cadre légal et juridique "inapproprié" et "dépassé".
"C’est, également, un marché dont la concurrence est fortement impactée, par une politique pharmaceutique nationale fragmentée et incohérente et une gouvernance inefficace largement dominée par une tutelle administrative, réglementaire, technique et médicale qui laisse peu de place au développement des mécanismes de marché et d’une concurrence saine et loyale", souligne le Conseil.
Faible intégration des génériques
C’est aussi, un marché dominé par les médicaments princeps avec un très faible taux de pénétration des génériques qui ne dépasse pas les 40%, alors que la moyenne mondiale se situe aux alentours de 60%. C’est un marché qui demeure "étroit" avec une faible consommation des médicaments ne dépassant pas en moyenne les 450 DH par habitant et par an, alors qu’elle est de 3000 DH en Europe, fait observer le Conseil.
Ce qui traduit, poursuit la même source, "un grand déficit" d’accès, accentué par un niveau de participation des ménages aux dépenses de santé "élevé", se situant aux alentours de 48% alors que la moyenne mondiale est de 25%.
"Cette exiguïté du marché intérieur des médicaments est aggravée par une commande publique sans objectifs ciblés qui soulève de nombreuses questions liées au respect des règles de la concurrence et qui ne joue pas pleinement son rôle de régulateur dans le marché national du médicament", relève le Conseil.
Par ailleurs, c’est un marché où 15 laboratoires disposent de plus de 70% des parts du marché et qui, pour certaines classes thérapeutiques, il est fortement concentré, avec l’existence de duopoles ou d’oligopoles occupant une situation de quasi-domination.
Un circuit de distribution obsolète
"Il s’agit, aussi, d’un marché peu transparent avec l’absence d’une vraie politique publique du médicament générique, couplée à un circuit de distribution obsolète et en crise entraînant l’agonie des chaînons fragiles et vulnérables de la filière. A cela s’ajoutent, enfin, des relations médecins, laboratoires, qui sont empreintes, dans certains cas, de conflits d'intérêts. Ce qui participe à leur tour à fausser le jeu libre de la concurrence sur ce marché", note le Conseil.
Face à ces dysfonctionnement, le Conseil propose une vision stratégique future, basée sur l'élaboration d’une véritable politique nationale du médicament qui puisse répondre aux impératifs de la sécurisation de l’approvisionnement de notre pays en médicaments et dispositifs médicaux, en conformité avec les nouvelles priorités épidémiologiques de la population marocaine, avec le pouvoir d’achat des citoyens et avec les exigences de la qualité et du respect des normes sanitaires universelles.
Création de champions nationaux du médicament
Pour ce faire, le Conseil recommande au gouvernement de réunir les conditions permettant de bâtir un réel écosystème national du médicament, porté par une industrie pharmaceutique solide, un système national d’innovation et de formation approprié dans ce domaine, le tout construit à partir d’un nouveau modèle économique qui favorise la création de champions nationaux du médicament.
Cette construction nationale présuppose, cependant, la création d’un cadre institutionnel qui puisse mobiliser et fédérer les synergies entre tous les intervenants du marché, qu’il s’agisse des autorités publiques compétentes, des régulateurs, des organismes gestionnaires, des industriels, des laboratoires, des médecins, des pharmaciens, des distributeurs de gros et de détail, des associations de consommateurs ou des chercheurs.
"C’est tout le sens et l’urgence d’un côté, de la mise en place de l’Agence nationale du médicament, dont il faut repenser le pilotage institutionnel, les missions et le cadre juridique, à la lumière des nouvelles données que connait la problématique du médicament aujourd’hui. Cette agence se doit de se doter d’un Observatoire national des médicaments pour doter notre pas d’un système approprié d’information sur toutes les dimensions stratégiques de l’ensemble du secteur", recommande le Conseil.
Redéfinition des modalités d’organisation du marché
D’autre part, il est tout aussi important de reconsidérer le statut actuel de l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam) pour lui conférer une réelle autonomie de gestion et une indépendance effective vis-à-vis de la tutelle conformément aux dispositions du code de la couverture médicale de base.
La politique publique du médicament, qui sous-tend cette stratégie future nécessite, enfin, du gouvernement de "mener des réformes de structures portant sur la redéfinition des modalités d’organisation du marché du médicament, la refonte en profondeur du cadre juridique organisant ce marché et le développement de nouveaux leviers pour en améliorer la situation de la concurrence". A travers notamment l’amélioration de la transparence du système de gestion et de régulation du secteur, particulièrement au niveau de l'attribution des AMM, de la gestion transparente des marchés publics, des modalités de fixation des prix, du contrôle de la qualité, de la protection des brevets, et du contrôle maîtrisé des importations.
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