Construction : la reprise des chantiers dépend de la mobilité des ouvriers
Les secteurs du BTP et de l'immobilier se préparent à redémarrer dans les prochains jours les chantiers à l'arrêt. Mais ils sont confrontés à un défi de taille, celui de la mobilité des ouvriers entre les villes, restreinte à cause de l'Etat d'urgence sanitaire.
Le groupe Al Omrane, le bras armé de l'Etat en matière de logement et d'aménagement, s'apprête à redémarrer ses chantiers après la fin du Ramadan. Une réunion présidée par la ministre Nouzha Bouchareb a été tenue dans ce sens.
La ministre a insisté sur le respect des mesures sanitaires et de sécurité dans les chantiers conformément aux recommandations prévues dans le guide élaboré par le ministère. La ministre a également appelé tous les opérateurs publics et privés à appliquer les consignes dictées par le ministère de la Santé ainsi que le ministère du Travail et de l'Insertion professionnelle.
La situation n'est pas homogène dans le secteur. "Pour le BTP, l'activité n'a jamais cessé totalement. Nous constatons une reprise, mais elle est lente", commente une source autorisée à la FNBTP.
Pour ce qui est des chantiers de l'immobilier qui ont la particularité de mobiliser plus de main-d'œuvre sur les chantiers que pour les travaux publics, la reprise est en cours de préparation.
"Au lendemain de l'annonce de l'Etat d'urgence sanitaire, la totalité des opérateurs immobiliers ont décidé, en toute responsabilité, d'arrêter les chantiers sans exception car les mesures sanitaires en milieu professionnel n'étaient pas encore clairement définies. 95% des chantiers des membres de la FNPI ont été mis à l'arrêt. Ceux qui n'ont pas voulu arrêter se sont adaptés avec des mesures qu’ils ont eux-mêmes jugé utiles", nous explique Karim Amor, vice-président de la FNPI.
"Les promoteurs dont les chantiers étaient à l'arrêt sont en train de prendre les mesures nécessaires pour redémarrer. Nous avons travaillé sur des schémas de base qui convergent tous sur l'obligation du respect d'un minimum de mesures sanitaires. Ces schémas subiront une amélioration continue à la FNPI en fonction du partage d’expérience", poursuit notre interlocuteur.
"Les autorités ont accepté le principe de la mobilité des ouvriers"
"Ce démarrage dépend aussi de la conduite du déconfinement par les autorités parce qu'il y a des ouvriers à Errachidia, d'autres à Ouarzazate... Donc il faut que les ministères de la Santé et de l'Intérieur s'entendent sur la manière d’organiser la migration de ces ouvriers à travers tout le Maroc. L'un des prérequis pour le démarrage des chantiers est la mobilité des ouvriers", ajoute le vice-président de la FNPI.
Dans le sillage de l'instauration de l'Etat d'urgence sanitaire en mars dernier, la circulation des personnes entres les villes du royaume a été interdite sauf pour certaines exceptions. Cette restriction de la mobilité des personnes a impacté le secteur de la construction qui a la particularité d'avoir une main-d'œuvre migrante d'une région à une autre au gré des chantiers. Dans une moindre mesure, les chantiers ont également été impactés par les désertions volontaires des ouvriers qui ont peur du virus.
Comment donc reprendre une activité sans main-d'œuvre?
"Nous avons discuté de la question de la circulation des ouvriers avec les pouvoirs publics. Il y a des mesures et des préconisations de la part du gouvernement. On espère que ça se concrétisera d'une manière beaucoup plus claire", nous explique-t-on auprès de la FNBTP.
"Les autorités ont accepté le principe de la mobilité des ouvriers à condition que les mesures barrières dans les chantiers soient parfaitement respectées. Vous avez bien vu que les usines et les chantiers qui sont restés opérationnels ont reçu des visites d'inspection pour s'assurer que les mesures sont bien appliquées", nous confie Karim Amor.
La sécurité sur les chantiers est un vrai casse-tête à cause de la multiplicité des intervenants. "Il y a différents corps de métiers qui cohabitent sur un chantier. Chaque corps qui intervient doit être géré à part. Il y a également les corps qui participent à la maîtrise d'ouvrage comme l'architecte, le bureau d'étude, le bureau de contrôle, les organes de sécurité,... Le promoteur doit valider les mesures de base d’entrée sur les sites ; en revanche, chaque corps de métier exerce sous sa propre responsabilité et non celle du promoteur ; ce qui est tout à fait logique", nous explique le vice-président de la FNPI.
"Il faut qu'on soit conscient que le risque zéro n'existe pas. Il faut assumer le fait qu'il peut y avoir des cas et qu'en même temps nous avons intégré dans nos procédures les mécanismes nous permettant une détection, une isolation et une prise en charge rapides des cas", ajoute-t-il.
Les principales mesures de précaution à adopter dans les chantiers
Comme expliqué plus haut, le ministère de tutelle a publié un guide rassemblant les lignes directrices pour la gestion du risque de propagation du Covid-19 dans les lieux de travail du secteur de la construction. Voici un aperçu des mesures préconisées par la tutelle :
- Sensibiliser régulièrement le personnel sur les mesures préventives à adopter et le strict respect des gestes barrières d'hygiène (se laver les mains le plus fréquemment possible, porter le masque de protection, éviter le contact physique,...).
- Désigner un référent Covid-19 pour sensibiliser le personnel et contrôler et s’assurer de la mise en œuvre de toutes les recommandations, protocoles et mesures préventives concernant la lutte contre la pandémie.
- Établir un protocole de nettoyage et de désinfection à l’entrée et à la sortie du lieu de travail (bureaux, dépôts et ateliers).
- Nettoyer régulièrement les surfaces et les espaces collectifs pouvant être contaminés tels que les lavabos, lunettes de toilettes, poignées de porte, rampes d’escaliers, objets personnels, équipements individuels et électroportatifs et plans de travail au moyen de solutions chlorées (eau de javel) ou de solutions alcooliques (au moins deux fois par jour).
- Essuyer quotidiennement tout type de matériel utilisé dans les chantiers avec un désinfectant à chaque prise en main, à l’entrée et à la sortie du chantier.
- Dans la mesure du possible, mettre à la disposition du personnel leurs propres kits de désinfection des outils de travail.
- Toutes les personnes non indispensables ne devront pas être autorisées à accéder au site.
- Établir un protocole de contrôle quotidien pour le personnel qui accède au site afin de garantir que les éventuelles personnes infectées n’accèdent pas au lieu de travail. Si les travailleurs quittent et retournent au lieu de travail, procéder à un nouveau contrôle, les personnes doivent confirmer qu'elles ne présentent pas des symptômes de grippe tels que la fièvre, la fatigue, les toux ou la congestion et qu'elles n’ont pas été en contact avec un cas confirmé ou probable de COVID-19.
- Prévoir au niveau de l’entrée du lieu de travail, un thermomètre infrarouge à distance afin de vérifier la température des personnes accédant au site.
- Elaborer et mettre à jour quotidiennement un registre détaillé pour le suivi de la situation de tout le personnel présent sur le site et celui hors site (Coordonnées, en activité, absent, malade, etc.) Pour les chantiers de construction, inclure dans ce registre les coordonnées de la main-d’œuvre occasionnelle, les chauffeurs, les livreurs et autres visiteurs.
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