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ECONOMIE

Electricité : Comment l'ONEE gère la baisse inédite de la demande

Le Maroc a enregistré une baisse de 14% de la demande à cause du confinement. Une baisse qui a été accompagnée par une réduction de la production. Voici comment l'ONEE gère cette situation.

Electricité : Comment l'ONEE gère la baisse inédite de la demande
H.G.
Le 18 mai 2020 à 23h00 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Le ministre de l'Energie, des Mines et de l’Environnement Aziz Rabbah a révélé, lors du Conseil de gouvernement du jeudi 14 mai que la demande en électricité a connu une baisse de 14% en moyenne durant l'état d'urgence sanitaire.

"La baisse est de 14% à 15% en général et de 12% en pointe en avril 2020 (glissement annuel)", nous explique une source du secteur. 

Baisse inédite de la demande 

C'est une situation inédite. "Nous avons toujours enregistré une croissance de la demande en électricité malgré le ralentissement de la demande de ces dernières années. Cette baisse est donc inédite par son ampleur tout comme ce contexte dans lequel nous sommes. Notre secteur ne déroge pas à la règle", nous explique-t-il.

"La baisse résulte du confinement et de l'arrêt de certaines industries ainsi que les hôtels, les restaurants et les commerces. Mais nous avons commencé à sentir une reprise durant ce mois de mai avec le redémarrage de certaines industries", poursuit notre source. 

C'est le cas de l'industrie automobile qui était quasiment à l'arrêt avec la suspension des activités de ses locomotives Renault et PSA et dont la reprise a été effectuée fin avril. 

"Avec cette reprise d'activité, je pense que la baisse va se lisser. Mais même si l'activité reprend, la reprise sera graduelle. Bien évidemment ce qui est perdu est perdu, le décalage ne sera pas totalement rattrapé à mon sens. Cela dépendra du rythme de la reprise", ajoute notre interlocuteur.

La production s'adapte à la baisse 

Une baisse de la demande se traduit naturellement par une baisse de la production. Sauf que dans le secteur de l'énergie, des spécificités sont à souligner. La production nationale d'électricité est assurée par trois types de producteurs via un parc d'une puissance de 10.938 MW :

- L'ONEE : le principal acteur du secteur. C'est lui l'opérateur du système.

- Les producteurs privés comme Taqa Morocco, Safiec,... Ils produisent et vendent leur production exclusivement à l'ONEE dans le cadre de contrats d'achat garanti d'électricité à long terme du type « Power Purchase Agreement » (PPA). Actuellement, les producteurs concessionnels d'électricité sont : Taqa Morocco (2020 MW), la Compagnie Eolienne du Détroit (54MW), la société Energie Electrique de Tahaddart (384 MW), Tarfaya Energy Company (300 MW), Safi Energy Company (1386 MW) et MASEN. 

- Les auto-producteurs qui produisent de l'énergie électrique destinée essentiellement à leur usage propre et dont l'excédent est vendu exclusivement à l'ONEE. 

A titre indicatif, l’électricité produite au niveau national en 2019 a atteint 40.348 GWh dont 9.137 GWh provenant des centrales ONEE.

Ce sont tous ces acteurs qui contribuent à la production de l'électricité. Quand il y a une baisse de la demande et que la production doit s'ajuster, se pose alors la question de comment opérer cette baisse de régime. Chez qui la baisse de production se fera-t-elle ? Chez l'ONEE ou chez les producteurs privés ? Si ce sont les producteurs privés qui doivent baisser leur production, l'ONEE continuera-t-il à les rémunérer ? 

C'est l'ONEE, l’opérateur du système, qui doit assurer l’adéquation offre/demande. Il prend donc la décision, quand celle-ci s'impose, de réduire la production et de combien celle-ci doit baisser en fonction de la demande exprimée. C'est également l'ONEE qui décide chez quel producteur cette baisse se fera.  

"L'ONEE va indiquer comment la production sera gérée. Il va peut-être prendre la décision d'arrêter en premier les unités avec le coût de production le plus élevé. En même temps, il va distribuer la charge (la "charge " est la valeur, à un instant donné, de la puissance absorbée ou débitée en un point du réseau, ndlr) sur les autres opérateurs toujours en fonction des coûts de production en privilégiant les coûts les plus bas. Il va prendre l'énergie chez les producteurs les moins chers même s'il a une obligation de payer les autres", nous explique notre source.

L'obligation de paiement à laquelle fait référence notre source, fait écho aux contrats de Fourniture de l'Energie Electrique (PPA) que l'ONEE a conclus avec les producteurs privés qui sont de nature "take or pay". C'est-à-dire que la rémunération des producteurs privés se fait sur la base de la puissance disponible. 

"Si un opérateur privé a une capacité de 1000 MW, l'opérateur du système (l'ONEE, ndlr) peut lui demander d'ajuster sa production à 700 MW par exemple. Pour la rémunération, celle-ci se fera tout de même pour les 1000 MW, sur la base de 700 MW d'énergie produite et livrée et de 300 MW de capacité installée disponible mais non utilisée ", explique notre interlocuteur. 

En clair, si l'ONEE décide de ne pas faire appel à la production privée, il paiera quoi qu'il en soit au moins la capacité disponible. C'est pour cela que dans sa gestion de la demande/production, l'ONEE privilégie d'abord d'agir sur ses propres installations comme nous l'explique un expert du secteur de l'énergie. 

"Dans les contrats PPA, on est censé produire le maximum pour optimiser le coût global. L’ajustement (montée ou baisse de production) est, lui, d'abord assuré par les propres moyens de l'ONEE. l'Etat fait malgré tout des économies, mais sur ses propres installations", poursuit notre source. 

Si le gouvernement a communiqué sur la baisse de la demande, aucune information n'a été donnée sur l'ampleur de la baisse de production. Les derniers chiffres disponibles sont ceux publiés dans la revue mensuelle de la conjoncture économique de Bank Al Maghrib pour le mois de mai.

Au premier trimestre 2020, la production de l’électricité a enregistré un repli, en glissement annuel, de 3,4%. Par source, celle-ci a diminué de 0,9% pour le thermique, de 21,6% pour l’hydraulique, de 33,1% pour le solaire et de 4% pour l’éolien.

Ces chiffres ne renseignent pas sur la nature du producteur (privé ou public) et ne prennent pas en considération la baisse du mois d'avril, mois de pleine inactivité de plusieurs secteurs consommateurs d'électricité. Les statistiques relatives à cette période où la baisse sera plus prononcée seront visibles dans les chiffres du deuxième trimestre 2020. 

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H.G.
Le 18 mai 2020 à 23h00

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