Coupe du monde 2026, une édition qui a changé le football
Si les éditions 2014 et 2022 restent les plus belles de l’ère moderne, la Coupe du monde 2026 restera à jamais gravée dans les livres d’histoire, aussi bien pour son format et les émotions qu’elle a suscitées, que pour sa dimension technologique et ses quelques polémiques.
Alors qu’il reste encore une petite finale que personne n’est pressé de jouer et une grande que tout le monde est impatient de voir, Médias24 pose un regard sur cette Coupe du monde 2026 qui ne ressemble à aucune autre.
Au jeu des comparaisons entre les différentes éditions, celles que l’on vit au présent ont toujours un gros handicap, car elles n’ont pas de passé. On les juge avec le nez sur l’événement. Et vous en conviendrez, ce n’est pas idéal pour tenter d’avoir une vision à peu près objective. Fatalement, il faut faire face aux nostalgiques de toutes les époques qu’ils défendront bec et ongles jusqu’à la fin des temps.
On sait déjà ce que l’on aime et ce que l’on apprécie moins du cru de 2026. On ne porte pas dans nos cœurs les coupures publicitaires déguisées en pauses fraîcheur qui cassent le rythme des rencontres et hachent leur récit.
Et encore moins l’ingérence politique subie et/ou autorisée par l’organisation apolitique qu’est la FIFA. Mais on se souviendra aussi de cette édition pour des raisons bien plus réjouissantes.
D’une manière générale et comme souvent, cette Coupe du monde a été dominée par les deux grandes familles historiques du jeu, les Européens et les Latins. Elle a confirmé le poids de l’Europe en particulier, comme ses devancières.
Une domination qui a sauté aux yeux en quart de finale avec six sélections européennes et trois sur quatre en demi-finale. Mais ce Mondial a aussi concrétisé l’émergence d’une force avec une équipe du Maroc qui ne déjoue plus les pronostics.
Les Lions de l’Atlas sont à leur place, à la table des plus grandes nations du ballon rond.

Une meilleure répartition des participants par continent
Le bilan de ce Mondial est aussi celui d’un format. Il est vrai que le format à 48 équipes était bien plus accompagné de scepticisme que de joie depuis l’annonce de son instauration, il y a quelques années.
Il est vrai aussi qu’il a fallu attendre deux semaines et une phase de groupes parfois un tantinet longue pour revenir à 32 équipes, et donc au même point qu’il y a quatre ans.
Mais s’il n’a pas modifié le champ des favoris, il a tout de même offert une meilleure répartition des participants par continent. Et notamment l’Afrique, qui méritait d’être mieux représentée depuis longtemps.
La crainte des scores fleuves est restée une vue de l’esprit. Et le nivellement des performances en est ressorti grandi. Il y avait des petites nations sur le papier, mais qui ont donné le change sur le pré, sans complexe d’infériorité.
En tout cas, dans sa première partie, si la Coupe du monde 2026 n’a pas atteint des sommets techniques, elle a égalé les meilleures en termes d’engagement. Car il fut un temps où les équipes calculaient lors de la première phase, avant de sonner la charge.
Aujourd’hui, les sélections ont davantage ouvert au premier tour, avant de fermer à double tour et de jouer les coups sûrs par la suite.
Mais on retiendra tout de même la formidable qualification du Maroc aux dépens des Pays-Bas, le furieux huitième entre le Mexique et l’Angleterre (3-2), ainsi que la sensation que Lionel Messi est immortel.
L’ère du football de possession semble avoir vécu
Si d’autres grands noms ont quitté la scène du football de sélection sans laisser une grande trace lors de cette édition, mis à part celle de la nostalgie (Modric, Cristiano Ronaldo), Lionel Messi continue d’écrire une page que l’on pensait déjà tournée.
À 39 ans, la Pulga disputera sa deuxième finale consécutive, la troisième en un peu moins de vingt ans. L’Argentine, qui s’apprête à remettre son titre en jeu face à l’Espagne, le dimanche 19 juillet, traduit aussi une certaine idée du jeu qui a été dominante tout au long de la compétition.
Excepté l’Espagne dans le style et la culture, ce Mondial a confirmé que l’ère du football de possession – vu comme seule vérité du jeu et esthétisme indispensable – a vécu.
Défendre en avançant, récupérer le ballon et l’exploiter rapidement en profondeur, c’est aussi du football. En somme, la possession n’est plus l’antidote absolu au jeu de transition. Autrement dit, le poison est quelque part redevenu plus fort.
C’est justement l’une des données les plus marquantes, mise en avant par le groupe d’étude technique de la FIFA. Le lien direct entre la rapidité de récupération du ballon, les transitions et la victoire a été plus que jamais établi.
Les Lions de l’Atlas en ont été les ambassadeurs dans la lignée des sélections qui ont survécu à la troisième semaine de la compétition.
Les équipes qui gagnent récupèrent le ballon en moyenne quatre secondes plus vite que celles qui perdent
"Nous avons observé un lien fort entre le succès et les équipes qui pratiquent le contre-pressing pour récupérer le ballon rapidement", corrobore Tom Gardner. "Les équipes qui gagnent récupèrent le ballon en moyenne quatre secondes plus vite que celles qui perdent", poursuit le responsable du département de l’analyse de la performance à la FIFA.
La tendance à trouver une touche loin dans le camp adverse, empruntée au monde de l’ovalie, en est l’indéniable illustration. Enfin, l’arbitrage et les multiples technologies mises à son service dessinent une nouvelle ère.
Les hommes en noir donneront toujours du grain à moudre autant à ceux qui en disent du bien qu’à ceux qui en disent du mal.
Mais, à l’évidence, le rythme des rencontres a été favorablement impacté par les nombreuses directives instaurées au début de la compétition. Les consignes qu’ont eues les arbitres en vue de favoriser la continuité du jeu et de réduire les gains de temps donnent envie de généraliser l’expérience à toutes les compétitions de sélection, mais aussi au football de club.
L’ancien international argentin, Pablo Zabaleta, ne croit pas si bien dire en soulignant que, lors de ce tournoi, "les joueurs ne restent plus au sol pour gagner du temps. Ils savent qu’ils devront sortir du terrain et attendre, laissant leur équipe à 10 pendant une minute".
"Pareil pour les gardiens. Quand ils captent le ballon, ils relancent vite et ne perdent plus de temps par terre, sinon ils concèdent un corner. Je trouve que ces nouvelles règles améliorent la dynamique du jeu", s’est-il réjoui.
La technologie au service du football
Autant ce Mondial a été empoisonné par le carton rouge retiré à l’avant-centre américain sur fond de pression de la Maison-Blanche, autant le grand raout international a été marqué par la technologie.
Le capteur sous forme de puce intégré au ballon officiel de la compétition, Trionda, a envoyé le Portugal en quart sans passer par les prolongations. Il a également sonné la fin de l’épopée américaine des Croates en invalidant le but égalisateur des coéquipiers de Luka Modrić d’un cheveu.
Au sens propre comme au figuré. Car c’est grâce à ce capteur que le but égalisateur a été annulé pour hors-jeu, en établissant qu’un joueur croate avait bel et bien effleuré le ballon.
La technologie semi-automatisée avancée de détection du hors-jeu (SAOT) a aussi été l’une des grandes réussites de ce Mondial. Les situations les plus litigieuses ont gagné en visibilité, tout comme la compréhension des supporters et des téléspectateurs.
Maintenant, on espère tout de même que le football en quatre quarts-temps restera au stade de l’expérience sans lendemain et qu’il ne traversera pas l’Atlantique, et encore moins la Méditerranée, à l’occasion de la prochaine édition organisée en 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
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