Budget de l'Etat : le gouvernement Elotmani examine des mesures “d'austérité”
Le gouvernement examine plusieurs mesures "d'austérité" en prévision d'une baisse des recettes de l'Etat due au contexte économique engendré par la pandémie du coronavirus, parmi lesquelles le gel ou report d'investissements et la réduction des dépenses de fonctionnement.
Mercredi 25 mars, le chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani a annoncé le report des promotions et l'annulation des concours de recrutement dont les résultats n'ont pas été annoncés dans le secteur public. Cette mesure, faut-il le préciser, n'inclut pas les administrations chargées de la sécurité, l'intérieur et la santé qui sont actuellement au front dans cet état d'urgence sanitaire pour contrer le coronavirus.
Elotmani justifie cette mesure par la nécessité de "soulager le budget de l'Etat et lui permettre d'orienter les fonds disponibles pour faire face aux défis qui s'annoncent". Mais est-ce que cette mesure seule est à même de soulager le budget de l'Etat ?
"Cette mesure est positive. C'est une bonne chose évidemment, tant qu'il faudrait faire des économies sur la dépense publique. Je pense que c'est une mesure qui va mobiliser de la ressource mais pas un niveau ou un volume élevé face aux urgences", commente Larbi Jaidi, économiste.
"Vous allez me dire que toutes les mesures sont bonnes à prendre parce que dans le cumul de ces mesures on peut arriver à des économies conséquentes", ajoute-t-il.
Il est clair que le gouvernement El Otmani doit faire face à plusieurs fronts. Cette crise inédite qui est d'abord et avant tout sanitaire n'épargnera aucun secteur économique laissant entrevoir des mois à venir difficiles.
Il faut d'un côté répondre aux urgences sanitaires et faire face aux dépenses liées à la propagation du coronavirus. Le budget initial consacré au secteur de la santé à lui seul ne peut suffire. La création du Fonds de gestion de la pandémie Covid-19 à la demande du Roi Mohammed VI vient justement pour combler ce besoin. Rappelons que ce Fonds est doté dans un premier temps de 10 MMDH du budget général de l'Etat. Tous les dons annoncés depuis, viennent en renfort et en addition à ce montant. Il s'agit-là de la priorité indiscutable.
Mais de l'autre côté, le fonds doit également venir en soutien à l'économie qui ne sortira pas indemne de cette crise sanitaire. Médias24 a consacré une série d'articles à ce sujet d'un point de vue macroéconomique ou sectoriel. Pour ne rappeler qu'un chiffre, la facture économique de cette crise pourrait dépasser les 70 MMDH.
Le ralentissement économique et l'arrêt total pour un ensemble de secteurs se traduira inévitablement par une baisse des recettes fiscales, principale ressource du budget de l'Etat, ce même budget appelé justement à répondre à tous les défis qui se présentent.
Le report des promotions et le gel des recrutements ne peuvent donc être qu'une première mesure annonçant d'autres dans le pipe pour réduire la pression sur le budget général de l'Etat et donner plus de latitude au gouvernement à agir face à la crise.
Ces mesures peuvent être dans l'immédiat de deux natures comme nous l'explique Larbi Jaidi. "Il faut une réflexion un peu plus en profondeur sur les réallocations du budget. Il me semble que le gouvernement et le ministère des Finances doivent certainement travailler sur cette option. Dans le budget général de l'Etat, il y a des dépenses incompressibles qui ont un poids important comme la masse salariale, le remboursement de la dette, ou un certain nombre de charges communes, mais il y a peut-être dans le train de vie de l'Etat, un certain nombre de postes sur lesquels on pourrait mieux agir pour dégager des économies, qu'ils soient par exemple liés à l'acquisition de voitures, réaménagement des bâtiments de l'administration, achat de matériels qui peut être reporté, dépenses liées à des activités prévues dans les différents ministères,...", analyse l'économiste.
"L'autre aspect qui me parait important, la composante flexible ou ajustable du budget de l'Etat, à savoir le budget d'investissement. Il faudrait voir si un certain nombre de projets peuvent être réexaminés dans leurs horizons et ainsi les ressources qui devaient être affectées à leur financement peuvent être redéployées pour faire face à la crise actuelle, que ce soit sous son aspect social ou économique", ajoute-t-il.
Réduction des dépenses de fonctionnement et gel ou report des dépenses d'investissement peuvent donc être des mesures immédiates que le gouvernement Elotmani peut actionner à tous moment.
Interrogée si ces deux mesures sont envisagées, une source proche du chef du gouvernement affirme que "pour faire face à la situation difficile que traverse le pays, notamment en raison de ce qu'elle entraînera comme importante baisse des recettes de l'Etat, un certain nombre de mesures, comme celles que vous avez mentionnées, sont à l'étude".
Les prochains jours seront décisifs pour notre pays et à tous les niveaux.
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