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Coronavirus: Sans soutien du ministère, des médecins libéraux paniquent

Médias24 a constaté, ce lundi 16 mars, que plusieurs généralistes, spécialistes et dentistes envisageaient de fermer leurs cabinets. Une décision envisagée par manque de patients effrayés à l’idée de sortir, mais aussi et surtout pour réduire les risques de contamination croisée pendant les consultations sachant que le ministère de la santé ne leur a pas délivré de consignes ni d’équipements pour se protéger.

Coronavirus: Sans soutien du ministère, des médecins libéraux paniquent
Samir El Ouardighi
Le 16 mars 2020 à 16h51 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Au fur et à mesure que le coronavirus se répand au Maroc, les autorités multiplient les mesures de fermetures de certains lieux publics très fréquentés (cafés, restaurants, cinémas, mosquées …).

Certains professionnels du secteur libéral de la santé sont tentés de suivre le pas et de restreindre leur activité dans leurs cabinets. C’est le cas de praticiens qui nous déclarent l'envisager faute de communication et d’aide de l’autorité ministérielle de tutelle.

Dentiste, une profession à haut risque de contamination

En effet, très exposé par la nature de son travail, un dentiste de la capitale, préférant rester anonyme, hésitait encore ce matin à annuler ses consultations et fermer son cabinet privé.

"Une note récente de l’ordre national des dentistes du Maroc a demandé aux cabinets d’orthodontie de limiter leur activité uniquement aux actes urgents et de différer tous les autres.

"Si de notre côté, nous n’avons toujours rien reçu, cette consigne est cependant également valable pour nous sachant que les dentistes sont en contact direct avec la bouche et donc les miasmes de leurs patients.

"N’ayant aucune directive du ministère de la santé, et encore moins de masques FFP2 pour pratiquer dans de bonnes conditions, nous sommes un peu perdus pour ne pas dire paumés.

Sans outils de protection, des dentistes livrés à eux-mêmes

"Sachant qu’il ne nous a rien fourni, on doit se débrouiller seuls et à nos frais. De plus, ces masques qui permettent de filtrer les risques de transmission du coronavirus sont en rupture totale de stock.

"En dehors de ces protections, il y a également une rupture des stocks des gels antiseptiques que les dentistes utilisent pour désinfecter leur outil de travail à savoir leurs doigts. Cela fait déjà 10 jours qu’ils ne sont plus disponibles chez nos fournisseurs habituels. Certes, il existe des gels hydro-alcoolisés produits au Maroc et vendus en grandes surfaces mais leur composition n’est pas fiable.

"Faute d’accompagnement public, à titre personnel, je tâtonne mais je vais quand même ouvrir mon cabinet car j’ai une responsabilité morale à l’égard de mes patients même si je suis conscient de mettre en danger ma famille et ma personne.

"D'après plusieurs amis-confrères, ce n’est pas le cas de tous les dentistes dont certains ont préféré fermer pour au moins 15 jours.

"Sans masque, on ne peut pas leur jeter la pierre quand on sait qu’ils peuvent être à la source d’une propagation massive d’une contamination croisée du coronavirus", justifie le dentiste qui n’exclut pas que les autorités de tutelle décident de fermer prochainement tous les cabinets dentaires.

"L’ordre des dentistes communiquera en temps voulu"

Questionné sur l’absence de livraison ministérielle d’équipements de protection pour les membres de sa profession, Mohamed Hjira qui préside l’ordre national des dentistes du Maroc s’est borné à confirmer cette information avant de promettre de communiquer "dès que possible".

"En effet, les dentistes n’ont rien reçu alors qu’ils sont les plus exposés mais nous sommes en contact avec le ministère pour régler aussi vite que possible ce problème. Dès qu’il y aura des développements, je vous promets de vous en informer", a affirmé Hjira.

"Pas de communication du ministère de la santé avec le secteur libéral"

Tout aussi pessimiste que son confrère dentiste, un gynécologue de Rabat s'est dit consterné par l’absence de soutien et d’informations de la part d’un ministère de la santé "aux abonnés absents".

"A ce jour, nous n’avons reçu aucune suggestion de l’autorité de tutelle qui n’a absolument rien fait pour nous.

"Que ce soient les masques pour pratiquer sereinement ou les consignes pour savoir quoi faire face à un malade qui présente des signes de ce virus, nous sommes dans le brouillard.

Restriction des consultations et fermeture de certains cabinets

"Devant ce zéro pointé de communication, j’ai d’ailleurs commencé à restreindre mes consultations uniquement aux urgences dans la clinique où j’exerce en dehors de mon cabinet personnel. En outre, désormais, tous les actes chirurgicaux jugés non importants sont reportés sine die.

"Le résultat prévisible de ce black-out ministériel est que plusieurs cabinets de généralistes et spécialistes vont fermer les uns après les autres", avance le médecin qui ajoute que sans masque ou directive, plusieurs confrères vont refuser de s’exposer "au risque mortel du coronavirus".

"L’ordre des médecins en contact permanent avec le ministère"

Manifestement plus optimiste, Mohamed Boubekri, président de l’ordre national des médecins du Maroc, nous déclare n’avoir eu vent d’aucune fermeture de cabinet médical dans le secteur privé.

"L’ordre des médecins est en contact permanent avec le ministère pour prendre toutes les précautions nécessaires face à la crise sanitaire actuelle.

"Ainsi, nous avons également fourni au ministère de l’intérieur la liste détaillée des spécialistes du secteur libéral (pneumologues, réanimateurs-anesthésistes, infirmiers spécialisés …) ainsi que la capacité litière du secteur privé.

Les médecins retraités appelés à la rescousse

"De plus, un communiqué de presse va être incessamment diffusé pour inviter tous les retraités libéraux à s’inscrire dans les ordres médicaux régionaux pour se mobiliser, le cas échéant, et joindre leurs efforts en cas d’aggravation de cette pandémie au Maroc", révèle le président en ajoutant que, selon lui, le nombre actuel de lits de réanimation est largement suffisant pour les cas les plus graves.

400 lits de réanimation disponibles au Maroc

"C’est le cas car il faut savoir que les patients nécessitant une hospitalisation en réanimation sont encore très rares alors que le Maroc dispose de 250 lits dans le secteur public (CHU…) et de 150 dans le libéral soit 400 au total.

"Sachant que la plupart des cas répertoriés sont bénins et ne nécessitent que 14 jours de quarantaine à domicile, il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter.

"C’est d’autant plus vrai que, selon moi, les ministères de la santé et de l’Intérieur ont adopté la bonne méthodologie pour éviter une propagation massive", conclut Boubekri qui se dit persuadé que les médecins seront au rendez-vous et respecteront le serment d’Hippocrate

Pour l’instant, une capacité litière largement suffisante

De son côté, le professeur Adnane Sayeh, anesthésiste-réanimateur, se veut également confiant sur la capacité litière des hôpitaux et des cliniques marocaines.

"Je ne connais pas le chiffre exact mais il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Il ne faut pas que les gens paniquent car les patients graves nécessitant un lit de réanimation sont très peu nombreux.

"De plus, on peut facilement créer des lits de réanimation dans les hôtels par exemple car un lit de ce type avec une surveillance permanente n’est pas compliqué à mettre en œuvre.

En cas de propagation massive, il faudra plus d’appareils de ventilation artificielle

"Par contre, si nous avons besoin de lits d'hospitalisation dotés d’une ventilation artificielle, les choses seront plus compliquées à gérer car la prise en charge aussi bien matérielle qu’humaine sera beaucoup moins aisée.

"En effet, ce dispositif est plus difficile à mettre en oeuvre parce qu’il nécessite du matériel spécialisé avec des respirateurs de réanimation et pas de bloc opératoire ainsi que des personnes bien formés et habitués à ces appareils.

"Ceci dit, je reste optimiste car à ce stade, il faut surtout se concentrer sur la prévention pour que les marocains ne prennent pas les choses à la légère », recommande l’anesthésiste-réanimateur.

Un corps médical dévoué prêt à payer le prix pour soigner les Marocains

S’il se veut aussi peu enclin à faire paniquer les gens, le pédiatre Hassan Afilal confirme cependant l’absence de communication ministérielle en dehors d’une demande de fournir le nombre de lits disponibles dans les cliniques privées marocaines.

"Nous avons envoyé un courrier au ministre lui disant que nous sommes au service de la population et que les cabinets privés n’allaient pas fermer.

"En effet, on peut compter sur nous pour diagnostiquer et traiter nos concitoyens même si nous n’avons reçu aucune consigne ou équipements spéciaux pour lutter contre la propagation du virus.

"Nous avons d’ailleurs fait des propositions particulières que je ne peux pas vous communiquer car nous voulons agir sereinement sans déclencher de panique. Si nous nous devons de la rassurer, il faut que la population soit consciente qu’il se passe quelque chose de sérieux.

"Dans notre lettre, nous avons bien spécifié que nous allions soigner les malades quelles que soient les conséquences à assumer pour le corps médical.

"Faisant partie de la coordination des médecins de Rabat, je ne connais aucun médecin du secteur privé qui ait fermé son cabinet mais peut-être que certains l’ont fait en attendant les consignes et les masques", affirme le président de l’association des cliniques de la capitale.

"Encore une fois, quel que soit le prix à payer, tout le corps médical libéral est prêt à servir ses concitoyens. Pour l’heure, le plus urgent est de sensibiliser les Marocains à éviter de s’embrasser et de se serrer la main", recommande le président de l’association marocaine de pédiatrie.

Une consigne qui commence à entrer dans les mœurs et que Médias24 a pu constater de visu dans une clinique de gynécologie où les patients étaient loin l'un de l'autre dans une salle d’attente délocalisée en plein air dans le jardin de l'établissement. 

Interrogé, son directeur nous a déclaré qu’hormis les accouchements, les actes à finir de FIV (fécondation in vitro), les urgences comme les hémorragies ou les fausses couches, toutes les autres interventions chirurgicales étaient reportées à plus tard …

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Samir El Ouardighi
Le 16 mars 2020 à 16h51

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