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Retraite au Maroc: Les derniers chiffres rappellent l’urgence de la réforme

L'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale vient de publier les statistiques relatives aux régimes de retraite à fin 2018. Le rapport démographique se dégrade et les prestations dépassent les cotisations. La réforme systémique traine.

Retraite au Maroc: Les derniers chiffres rappellent l’urgence de la réforme

Le 21 février 2020 à 13h02

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

L'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale vient de publier les statistiques relatives aux régimes de retraite à fin 2018. Le rapport démographique se dégrade et les prestations dépassent les cotisations. La réforme systémique traine.

En juin 2019, le ministère des Finances a mandaté le cabinet Finactu pour proposer une réforme systémique des régimes de retraite. Le schéma vers lequel on se dirige est un système à deux pôles (public et privé) qui fusionneront à terme.

Le cabinet a jusqu’à la mi-2020 pour livrer ses résultats qui devront encore être examinés « selon une approche participative élargie », avait promis le chef du gouvernement. Autrement dit, la réforme ne risque pas de démarrer de sitôt, alors que le chantier traine depuis des années et que la situation des caisses de retraite ne cesse de se dégrader.

Ce jeudi 20 février, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale a publié les derniers chiffres agrégés des régimes de retraite. Il en ressort que la population des bénéficiaires augmente plus vite que celles des cotisants et donc que le rapport démographique se dégrade.

Pour les régimes de base, les prestations dépassent les cotisations. Les réserves n’évoluent plus aussi favorablement qu’auparavant et elles s’épuisent, même pour la CMR.

Si rien n’est fait, elles s’épuiseront totalement au bout de quelques années. Les engagements non couverts sur un horizon de 60 ans totalisent 640 milliards de DH.

Des bénéficiaires en hausse de 35% en six ans

Le Maroc compte 4,27 millions de cotisants aux régimes de retraite de base. Cette population est en hausse de 21,5% par rapport à 2012. Plus de 80% cotisent au régime de la CNSS.

Les régimes complémentaires comptent, eux, un peu plus de 385.000 cotisants, également en hausse de 21,5% par rapport à 2012. Près de 93% cotisent à la CIMR.

Les bénéficiaires des prestations de ces régimes (retraités et réversataires) s’élèvent, pour les régimes de base, à 1,09 million de personnes. Leur nombre progresse plus vite que celui des cotisants : +35%.

Les bénéficiaires du régime de la CNSS ne représentent que 52% du total. Ce qui renseigne sur l’importance de la population des bénéficiaires du secteur public.

Les bénéficiaires des régimes complémentaires s’élèvent à 181.210 personnes, en hausse de 24%, proche de celle des cotisants. Naturellement, les retraités et réversataires de la CIMR représentent l’essentiel de cette population.

Ainsi, le rapport démographique (nombre de cotisants rapporté au nombre des retraités) est en dégradation pour tous les régimes. Mais il demeure confortable pour certains plus que pour d’autres.

Le rapport démographique le plus élevé est celui de la CNSS, le plus bas étant celui des caisses internes.

Les prestations supérieures de 2 milliards de DH aux cotisations

Les cotisations encaissées par les régimes de base se sont établies à 48,7 milliards de DH en 2018, en hausse de 33,5% par rapport à 2012. Celles des régimes complémentaires s’élèvent à près de 8 milliards de DH, en progression de 47%. Au total, les cotisations s’élèvent à 56,6 milliards de DH (+35%).

Mais en face, les prestations servies par les régimes de base dépassent les cotisations : 50,6 milliards de DH, en forte hausse de 75%. En cause, le régime de la CMR (pensions civiles) qui demeure très généreux (par rapport à celui du secteur privé) malgré la réforme paramétrique engagée en 2016. Les prestations de ce régime se sont envolées de plus de 100% depuis 2012. A 26 milliards de DH, ces prestations dépassent celles de la CNSS qui sert pourtant un nombre plus élevé de bénéficiaires.

De leur côté, les régimes complémentaires ont servi 5 milliards de DH de prestations en 2018, en hausse de 50%, proche de celle des cotisations.

Conséquence de cette situation, les réserves des caisses de retraite ne se renforcent plus aussi fortement qu’auparavant. A 261 milliards de DH pour les régimes de base, elles n’ont progressé que de 28,5% depuis 2012.

En cause, les réserves de la CMR qui ont commencé à s’effriter depuis 2016, passant de 86 à 83 milliards de DH. Les réserves ayant connu la plus forte augmentation sont celles de la CNSS : 70 milliards de DH en 2018 contre 40 milliards en 2012. Celles-ci incluent toutefois les réserves des allocations familiales et des prestations à court terme.

Les réserves des régimes complémentaires s’élèvent, elles, à 57,5 milliards de DH. Elles ont presque doublé en six ans.

Au total, les réserves des régimes de retraite au Maroc frôlent les 320 milliards de DH (+37%), soit environ 30% du PIB. Elles sont essentiellement placées en produits de taux (bons du Trésor, dépôts…) qui sont de moins en moins rémunérateurs. Des poches d’investissements, comme l’immobilier ou le marché Actions, demeurent peu développées.

Si des initiatives comme celle de la CMR qui a placé récemment quelques milliards de DH dans l’immobilier à travers l’acquisition de 5 CHU sont louables, une refonte globale du cadre légal sur l’investissement des réserves des caisses de retraite s’impose.

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