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Femmes. « Violence virtuelle, préjudice réel » : une enquête de l’association MRA

Une étude inédite sur les violences faites aux femmes dans l’espace numérique. Une violence virtuelle mais des dégâts dans le monde réel. Agresseurs anonymes, victimes silencieuses.  

Femmes. « Violence virtuelle, préjudice réel » : une enquête de l’association MRA

Le 27 novembre 2019 à 17h52

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Une étude inédite sur les violences faites aux femmes dans l’espace numérique. Une violence virtuelle mais des dégâts dans le monde réel. Agresseurs anonymes, victimes silencieuses.  

Les violences faites aux femmes peuvent être « virtuelles », tout en causant « un préjudice réel ». C’est le postulat de la dernière étude menée par l’association Mobilising For Rights Associates, qui s’intéresse aux « violences faites aux femmes facilitées par la technologie au Maroc. » 

L’ONG a réalisé une enquête de terrain auprès de 1.800 femmes et d’autres parties prenantes. Les consultations ont ainsi concerné des représentants des autorités publiques (police, parquet, etc.) mais aussi des avocats, des professionnels de la santé et des opérateurs téléphoniques. Même des hommes auteurs de violences ont été sondés. 

L’objectif de cette étude inédite est de promouvoir « la responsabilité de l’Etat » dans le traitement de ce type de violence, qui inclut « notamment le harcèlement, les menaces, le chantage, et la diffusion non consensuelle des images privées à travers les réseaux sociaux, l’Internet, et les téléphones ».  

Pour l’ONG, la violence 2.0 est « omniprésente » dans un large éventail d’espaces en ligne. Elle opère le plus souvent via les applications de messagerie, appels téléphoniques, messages texte et plates-formes de médias sociaux.

De manière générale, les motifs des agresseurs sont « la pression ou la contrainte pour relations sexuelles, l’extorsion ou la fraude pour de l’argent, et éviter des obligations légales en matière familiale », explique l’étude.

Des agresseurs anonymes et insistants

Plus de la moitié des agresseurs sont inconnus de la victime ou agissent de manière anonyme. Les agresseurs connus des victimes « représentent une grande diversité d’hommes issus de relations intimes, personnelles et professionnelles », indique le rapport.

En 2018, le harcèlement sur la voie publique, au travail et par voie électronique a généré plus de 200 poursuites judiciaires. 59 d’entre elles portaient sur un harcèlement écrit par voie électronique. Dans 27 cas, l’époux a été identifié comme l’auteur de ce délit (Source rapport 2018 de la présidence du ministère public sur l’exécution de la politique pénale). 

Ces violences se distinguent par leur caractère répétitif et fréquent. « 35% des femmes sondées font état de plusieurs incidents par jour ». La persistance dans le temps est une autre caractéristique de ces comportements: 57% des victimes décrivent des cas d’agressions qui durent « d’un mois à plus d’un an. »

Il existe un lien étroit entre les violences « en ligne » et la violence dans le « monde réel ». La violence en ligne dégénère souvent en violence physique. Des scènes de violence extrême, comme le viol, sont enregistrées par vidéo et « diffusées sur internet », rappelle MRA.

Mais en plus de leurs agresseurs, les victimes doivent également subir « le mauvais traitement de leur entourage » qui leur impute la responsabilité de la violence. MRA fait état « de nombreux cas de tentatives de suicide », mais aussi d’abandons scolaires ou professionnels.

Silence des victimes

Malgré la gravité des conséquences, la violence en ligne ne donne pas toujours lieu à des cas de dénonciation. Selon MRA, 70% des femmes interrogées et 35% des répondants au sondage en ligne sont restés silencieux à propos de ces violences. Ces victimes n’ont pas non plus cherché « de l’aide auprès de personnes de leur entourage personnel ou professionnel. »

« Les femmes se taisent de peur d’être considérées comme fautives, responsables de la violence », estiment les sondées. D’autre part, certaines disent redouter de se voir « privées de leur téléphone et que leurs mouvements et activités soient restreints par leurs familles ».

Le rapport déplore que « seulement 10% des femmes » ont dénoncé la violence aux autorités publiques, principalement aux forces de l’ordre. Et seules 8 victimes sur 10 « ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis de la réponse des acteurs publics, et disent ne pas avoir être prises au sérieux ».

Selon MRA, « la majorité des femmes qui ont déclaré la violence n’ont reçu aucun résultat ou suivi. Les agresseurs ont été arrêtés dans une poignée de cas, alors que dans plusieurs cas, les victimes elles-mêmes ont été poursuivies pour relations sexuelles illicites. »

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