Climat des affaires: le diagnostic alarmant du HCP
Conditions de financement resserrées, manque de confiance dans l'environnement institutionnel..., les résultats d'une récente enquête du HCP confirment la morosité actuelle.
La sinistrose rapportée par les entreprises marocaines depuis quelques années, à cause notamment des difficultés liées à l’investissement et à l'accès au financement sont confirmés par les résultats d’une enquête menée par le Haut Commissariat au Plan (HCP) auprès d'entreprises opérant dans les secteurs de l’industrie, de la construction, du commerce et des services, publiée ce mardi 19 novembre.
Menée entre les mois de janvier et juillet 2019 et se référant aux activités des entreprises au cours des trois dernières années, l'enquête a couvert 2.101 entreprises réparties sur tout le territoire national, dont 769 représentant l’industrie, 371 la construction, 294 le commerce et 667 les services marchands non financiers.
Les résultats de ce sondage ont révélé que 74% des entreprises sondées, quelle que soit leur taille, pensent que l'acte d’investir est entravé par le manque de financement.
La taille de l’entreprise apparaît comme un facteur déterminant de l’investissement : 80% des grandes entreprises ont réalisé des investissements au cours des trois dernières années, contre 49,5% pour les PME et 29,4% pour les TPE, qui sont les plus nombreuses.
Selon la même source, 40% des TPME marocaines estiment que l’accès au financement constitue un obstacle sévère pour elles. Au-delà de ce segment en particulier, 58% des chefs d’entreprises tous segments confondus sont insatisfaits des services offerts par les institutions financières.
Le taux d’intérêt élevé (selon 40% des sondés) ainsi que les garanties exigées par les banques (34%) sont les principaux freins relevés. Des conditions qui se sont davantage resserrées durant les trois dernières années, selon la perception des chefs d’entreprises questionnés.
Une donnée intéressante issue de cette enquête est qu’une portion pesante (33% des entreprises) évite le recours au crédit bancaire pour des raisons religieuses ; ce qui représente une véritable demande latente pour les financements participatifs qui peinent encore à se développer pleinement pour les entreprises.
La fiscalité décourage l'investissement
D’une autre part, les entreprises sondées par l’enquête du HCP révèlent une appréciation plutôt réservée des rapports avec l’environnement institutionnel.
Sur le plan de la fiscalité, par exemple, les entreprises se plaignent particulièrement des contrôles fiscaux et des redressements. Dans l’ensemble, le système fiscal est jugé contraignant par 60% des entreprises, et un facteur de découragement de l’investissement par 95% d’entre elles. C'est dire.
Le système fiscal est également considéré comme une source de méfiance vis-à-vis de l’administration fiscale par 88% des entreprises, et il est perçu comme favorisant le recours à des pratiques informelles par 69% d’entre elles.
Le manque de confiance dans l’environnement institutionnel s’étend aux commandes publiques : 45% des chefs d’entreprises estiment que le monopole de certaines entreprises est l’une des principales raisons qui les empêchent de décrocher une commande publique. Cette proportion augmente à 56% chez les PME, et à 60% chez les TPE.
Par ailleurs, près de 89% des chefs d’entreprises considèrent que les délais de paiement après livraison des commandes publiques constituent un réel frein au développement de l’entreprise. Ce facteur menace beaucoup plus les TPME (90%) qui le considèrent comme obstacle majeur à très sévère à la continuité de leur activité.
Globalement, l’enquête du HCP relève une opinion peu favorable des rapports des chefs d’entreprises avec l’administration publique. Les deux tiers estiment que la complexité des procédures de l’administration est un obstacle au développement de leur activité ; alors que pour la moitié des entreprises, la qualité de service, le délai de paiement et l’accès à l’information sont également des contraintes sérieuses.
D’une autre part, 57% des entreprises déclarent avoir observé des pratiques non éthiques au sein de l’administration publique. Ce phénomène est constaté de manière significative parmi les entreprises de tous les secteurs.
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