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ECONOMIE

Moins de dépôts à terme chez les Marocains : le retour du bas de laine ?

Les dépôts à terme des particuliers et des entrepreneurs individuels ont baissé de 11 milliards de DH au cours des 4 dernières années. Ces placements rapportent certes moins, mais ces déposants qui quittent ne migrent pas tous vers d’autres produits financiers. L'accélération des sorties de cash du système le prouve.

Moins de dépôts à terme chez les Marocains : le retour du bas de laine ?
S.N.
Le 2 octobre 2019 à 17h41 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

En juillet dernier, Médias24 alertait sur le ralentissement des dépôts bancaires. Nos sources nous avaient révélé que la situation préoccupe les autorités monétaires.

Le 24 septembre, Abdellatif Jouahri a confirmé ces informations lors du point de presse qui a suivi la réunion trimestrielle du conseil de politique monétaire.

"Le ralentissement des dépôts a attiré notre attention. On est passé de 6% de hausse annuelle il y a 2 ans à 3,5% aujourd'hui. En même temps, le cash augmente : on est passé de 10 milliards de DH de hausse par an à 17 milliards de DH aujourd'hui.

"Nous avons demandé aux banques de regarder de plus près ces évolutions qui concernent notamment les MRE. (…). Il est clair que les mesures de lutte contre le blanchiment d'argent sont plus lourdes et peuvent être en partie à l'origine de cette situation. Mais nous voulons approfondir et nous n'allons pas rester les bras croisés", a-t-il révélé.

En fait, si globalement on constate un ralentissement, on doit carrément parler de baisse pour certaines catégories de dépôts.

Cette baisse est significative pour les dépôts à terme, produits destinés aux gros déposants (le montant minimum à placer varie entre 50.000 DH et 400.000 DH en fonction des banques, sans plafond).

153 milliards de DH de DAT

Totalisant 153 milliards de DH à fin août 2019 (soit 16,5% de l’ensemble des dépôts), ils ont reculé de 13 milliards de DH en 4 ans (par rapport à août 2015).

11 milliards de DH se sont évaporés des comptes des particuliers (locaux et MRE) et des entrepreneurs individuels (commerçants, petits promoteurs immobiliers). Ces comptes représentent les deux tiers du total (100 milliards de DH).

10,7 milliards de DH sont sortis des comptes des entreprises non financières (publiques et privées) qui ne totalisent plus que 27 milliards de DH.

Ces sorties ont été partiellement compensées par les sociétés financières (compagnies d’assurance, caisses de retraite…) dont les DAT se sont appréciés de 7,5 milliards de DH pour atteindre 20,4 milliards.

Dans son rapport de politique monétaire, Bank Al-Maghrib explique la baisse de l’encours des DAT par le recul de leur rémunération. Cette dernière est passée, en moyenne (les gros dépôts sont mieux rémunérés que les petits), de 3,8% en août 2015 à 3,02% en août 2019, entre autres en raison de la baisse du coût de l’argent (même si les taux sont libres, ils suivent la tendance du taux directeur).

Mais le recul de la rémunération ne peut être la seule explication. D’ailleurs, les sociétés financières ont renforcé leurs placements dans les DAT. Et pour ce qui est des entreprises non financières, une bonne partie de la baisse est due à la dégradation de la situation financière de plusieurs entités publiques et privées.

Crainte des contrôles de l'Administration ?

Certes, en raison de la faiblesse des rémunérations, une partie des déposants peuvent migrer vers d’autres produits de placement, comme les actions, les OPCVM et les contrats de capitalisation des compagnies d’assurance.

Mais une autre partie des déposants sortent de tout le système financier pour une autre raison. Selon une source de haut niveau dans le secteur bancaire, de nombreuses personnes exerçant une profession libérale (avocats, notaires, médecins…) préfèrent désormais sortir leur cash et le garder chez eux.

Un opérateur du secteur de la construction nous a assuré pour sa part que plusieurs promoteurs immobiliers, qui disposent pourtant de liquidités, préfèrent rester inactifs et disparaître des radars.

Parmi les causes les plus évoquées, ces déposants craignent la multiplication des contrôles et actions de recouvrement menés par certaines administrations (DGI, Douane, TGR, CNSS…) pour lutter contre l’évasion fiscale et sociale et ayant visé ces derniers temps plusieurs professions (médecins, notaires, promoteurs immobiliers, commerçants).

64 milliards de DH de cash supplémentaire en 4 ans

En tous les cas, la hausse de la circulation fiduciaire prouve que l’argent quitte le système bancaire. Et ceci témoigne que le climat général n’est pas sain, qu’il y a des craintes et une dégradation de la confiance.

Entre août 2015 et août 2019, le cash en circulation a augmenté de 64 milliards de DH pour atteindre 254 milliards. Une évolution beaucoup plus importante (+34%) que celle de l’ensemble de la masse monétaire (+21%). Cela signifie qu’en plus de l’argent existant qui quitte les banques, une bonne partie de l’argent nouvellement créé (nouveaux emprunts, rentrées de devises) échappe au circuit.

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S.N.
Le 2 octobre 2019 à 17h41

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