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Ecole publique : les enseignants seront-ils à la hauteur de la réforme ?

Le ministère de l’Education nationale est face à deux défis qui concernent le corps enseignant dans l’école publique : augmenter le nombre des enseignants pour combler les besoins et rehausser leur degré de compétence et d'engagement.

Ecole publique : les enseignants seront-ils à la hauteur de la réforme ?

Le 19 septembre 2019 à 12h27

Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Le ministère de l’Education nationale est face à deux défis qui concernent le corps enseignant dans l’école publique : augmenter le nombre des enseignants pour combler les besoins et rehausser leur degré de compétence et d'engagement.

La loi-cadre n° 51-17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique a été adoptée début août par les parlementaires, après un long blocage.

Ce texte donne le caractère obligatoire à la vision stratégique de réforme de l’éducation et de la formation 2015-2030, élaborée par le Conseil supérieur de l’éducation.

A partir de cette rentrée scolaire, le ministère de tutelle entamera l’élaboration d’un plan exécutif intégré, comprenant 6 lois d’application, 79 décrets et 80 décisions ministérielles pour activer les dispositions de cette loi-cadre.

Les enseignants forment un maillon essentiel dans la conduite et la réussite de cette réforme. Leur apport est important pour améliorer la qualité et le rendement de l’école marocaine.

Omar Azziman, président du CSEFRS, avait indiqué en juin 2018 que toute réforme et toute mise à niveau passe par les enseignants, et ne peut réussir que par l’engagement des enseignants et leur implication.

Le ministère de l’Education nationale est donc face à un double défi. Non seulement il doit recruter en masse les enseignants pour réduire la massification des écoles publiques et répondre à l’augmentation future de la demande d’enseignement, mais il doit également rehausser le niveau de compétence et d’engagement de ces enseignants.

Dans cet article, nous nous intéressons à l’enseignement fondamental (du primaire au lycée).

Un besoin de 200.000 nouveaux enseignants entre 2015 et 2030

Sur le plan quantitatif, l’actuelle rentrée scolaire est marquée par la mobilisation de 263.335 enseignants, dont 15.000 nouveaux. 54% de cet effectif est dans l’enseignement primaire, 22% dans le collégial et 24% dans le secondaire.

Les recrutements, qui se font désormais directement par les Académies régionales, sont importants chaque année. Avant les 15.000 enseignants recrutés cette année, 20.000 ont intégré le système 2018, 24.000 en 2017 et près de 11.000 en 2016.

Le ministère doit continuer à recruter, surtout que les départs à la retraite sont nombreux dans le département de l’Education nationale. Pour l’actuelle rentrée, l’on compte en moyenne un enseignant pour 32 élèves au primaire, un pour 31 élèves au collège et un pour 17 élèves au lycée.

La tutelle veut limiter le nombre maximum d’élèves par classe à 30 pour les deux premières années du primaire et à 36 pour le reste des classes.

En juin 2018, Saaid Amzazi avait annoncé que l’Etat doit recruter 200.000 enseignants entre 2015 et 2030, ce qui représente un taux de renouvellement de 80% du personnel d’enseignement actuel.

Réforme en cours de la formation des enseignants

Renforcer les effectifs et remplacer les seniors par des jeunes plus dynamiques et ouverts sur le progrès et les nouveautés est une bonne chose. Mais les profils recrutés ces dernières années et ceux à intégrer seront-ils suffisamment compétents et engagés pour garantir la réussite de la réforme ?

De l’aveu même de Saaid Amzazi, qui s’exprimait il y a une année devant le CSEFRS, le système qui était en place est caractérisé par plusieurs lacunes : temps insuffisant requis pour la formation de base des enseignants ; manque de connaissances, de compétences pédagogiques et méthodologiques chez les lauréats spécialisés…

Qu’est-ce qui est fait pour remédier à ces lacunes ? Sollicité par Médias24, le ministère de l’Education nationale a fourni quelques éléments de réponse.

Le département de Saaid Amzazi assure qu’une restructuration profonde de la formation des enseignants a été lancée en 2018. Objectif, la rendre professionnalisante, sur cinq ans, aussi bien pour les enseignants du primaire que du secondaire. La première promotion de ces enseignants est attendue pour 2022/2023. La deuxième promotion a rejoint les bancs des classes en ce mois de septembre.

Voici ce qui a été initié pour assurer cette transformation :

– Une révision globale de l’architecture de la formation qui, depuis la rentrée de septembre 2018, est organisée en un cycle de licence de l’éducation (CLÉ) de trois ans dans les écoles normales supérieures (ENS), les écoles supérieures de l’éducation et de la formation (ESEF) et dans certaines facultés, suivie d’un cycle de qualification de deux années, organisé dans les centres régionaux des métiers d’éducation et de formation (CRMEF) ;

– La promulgation et la publication d’un nouveau cahier national des normes pédagogiques (CNPN) spécifique au cycle de licence d’éducation (CLÉ) ;

– La création des premières ESEF qui auront la double mission d’élargir l’offre de formation CLÉ mais aussi de la diversifier et de la renforcer ;

– La dotation de ces établissements des ressources humaines et matérielles nécessaires ;

– L’élaboration et la validation de treize filières-types, couvrant l’ensemble des spécialités du primaire et du secondaire, afin de simplifier le processus d’accréditation mais aussi de faciliter le travail des équipes pédagogiques qui veulent s’engager dans ce chantier au niveau des différentes universités du Royaume. La deuxième promotion de bachelières et bacheliers qui ont choisi volontairement le métier d’enseignant ont rejoint les bancs de ces établissements en septembre 2019.

Une deuxième série d’actions de réforme a concerné les centres régionaux des métiers d’éducation et de formation (CRMEF) chargés de la formation qualifiante des futurs enseignants ayant réussi les concours de recrutements organisés par les Académies régionales. Il s’agit de :

– L’organisation du cycle de formation qualifiante en deux années au lieu d’une seule année comme c’était le cas depuis la création des CRMEF en 2012 : une première année de formation en présentielle au sein des CRMEF s’étalant sur pas moins de 7 mois ; et une seconde année de formation par alternance sur le lieu d’exercice et le CRMEF.

– La dotation des CRMEF de ressources humaines et le lancement d’un cycle de formation de formateurs afin de permettre aux nouveaux de réussir une bonne mise en œuvre de la réforme de la formation qualifiante des enseignants ;

– La mise en place d’une plateforme de formation à distance au bénéfice des enseignants stagiaires ; notamment pour la seconde année de formation par alternance intégrative ;

– la promulgation du texte juridique portant organisation de la recherche-action dans le domaine pédagogique au sein des CRMEF, qui servira notamment à l’analyse des pratiques enseignantes dans le cadre de la formation par alternance intégrative.

Sauver les promotions d’avant la réforme

En attendant la sortie des premiers contingents de nouveaux enseignants formés en cinq ans, il a fallu s’occuper des promotions en cours de formation (4 ans).

L’action a porté essentiellement sur le renforcement du curriculum et des activités de formation qualifiante.

La formation initiale dans le cycle de licence d’éducation a pour objectif de développer chez les étudiants des compétences académiques dans leurs disciplines de spécialité et en sciences éducatives (psychologie de l’éducation, sociologie de l’éducation, didactique des disciplines…, selon le cycle d’exercice).

Le cycle de qualification professionnelle des CRMEF, lui, prend en charge le développement de quatre compétences professionnelles de base chez les enseignants stagiaires à savoir : la planification des enseignements, la gestion des enseignements, l’évaluation des enseignements et la remédiation (soutien pédagogique des élèves), et enfin la recherche-action et l’innovation pédagogique.

En plus des douze modules qui visent le développement pratique de ces compétences ainsi que le renforcement de la formation initiale de base dans les disciplines de spécialité et les stages hebdomadaires, le curriculum de la formation qualifiante a été enrichi par deux modules supplémentaires (un en sciences de l’éducation et un autre en didactique des disciplines) ainsi que deux ateliers pratiques.

L’un des ateliers est dédié à la production didactique tandis que l’autre est consacré à l’analyse des pratiques enseignantes qui constitue le pilier central de la formation par alternance intégrative.

Une stratégie nationale pour la formation continue des enseignants

Mais qu’en est-il des enseignants déjà en poste ? Ils sont concernés par la formation continue. Restera-t-elle déployée de la même manière qu’aujourd’hui, avec les résultats que l’on sait ?

Selon le ministère, l’actuel système a certes été amélioré, mais la promulgation de la loi cadre 51.17 est venue renforcer l’importance de la formation continue et la rendre obligatoire et déterminante dans l’évolution des carrières des acteurs de l’éducation.

« Nous sommes en train de finaliser ce qui constituera la stratégie nationale en matière de formation continue des acteurs de l’éducation. Ce sera l’occasion pour apporter une réponse institutionnelle à un certain nombre de questions relatives à l’opérationnalisation des orientations de la loi-cadre relatives à la formation continue », précise-t-on.

Nécessité d’accompagner les enseignants pour l’alternance linguistique

Toutes ces actions suffiront-elles à rehausser le niveau de compétence des enseignants ? Par exemple, sauront-ils assurer l’alternance linguistique instaurée par la loi-cadre sur l’éducation ? Et à partir de quand ?

Selon le ministère, beaucoup d’enseignants disposent déjà des atouts nécessaires pour assurer l’alternance linguistique surtout Arabe/Français – beaucoup moins Arabe/Anglais ou Arabe/Espagnol par exemple –.

« D’autres auront besoin d’un appui pour réussir cette mise en œuvre. C’est dans cette optique que nous avons mis en place et nous sommes en train de déployer un « Programme national de formation continue des enseignants des disciplines non linguistiques en langues étrangères ». », affirme le département de Saaid Amzazi.

Et qu’en est-il de l’engagement et de la mobilisation des enseignants ? L’année scolaire 2018-2019 a connu beaucoup de perturbations à cause des mouvements de protestations des cadres des Académies contre le recrutement régional et leurs conditions matérielles.

Même s’ils ont fini par regagner leurs postes, le risque de nouvelles perturbations demeurera présent pendant les années à venir…

>>Lire aussi: Youssef Saâdani: La crise de l’école marocaine n’est pas une fatalité

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