Tourisme: La dynamique des arrivées des Chinois s'essouffle
Si les arrivées de touristes chinois ont connu une progression exponentielle depuis la levée des visas en 2016, l'appel d’air a fait son temps et on revient à une croissance plus modérée. Selon une source sûre, le Maroc devrait accueillir 200.000 Chinois en 2019 contre 180.000 une année auparavant. On est loin du chiffre de 500.000, promis par Mohamed Sajid en 2020.
Après avoir, pendant 2 ans, engrangé les fruits de la levée des visas pour les voyageurs chinois, le Maroc fait face à un ralentissement du nombre de visiteurs d’un marché émergent au potentiel énorme.
40% de visiteurs en moins pendant les 4 premiers mois de 2019
En attendant d’avoir les chiffres définitifs des arrivées chinoises pendant les 4 premiers mois de 2019, une source ministérielle nous apprend que l’estimation la plus probable se situe entre 60.000 et 70.000.
Comparé aux 100.000 reçus pendant la même période de 2018, ce chiffre donne l’impression d’une véritable désaffection du marché chinois mais selon un autre professionnel proche de ce dossier, joint par Médias24, cette baisse est tout à fait normale car elle signe un simple retour à la normale.
En effet, selon notre interlocuteur, pendant les deux années ayant suivi la levée des visas, le tourisme marocain a vécu une forte accélération des arrivées chinoises qui avaient littéralement explosé.
"Après cet effet de base, nous passons à une phase de croissance plus naturelle et plus simple qui tranche avec celle de 2017 et 2018.
"Aujourd’hui, les taux précédents de progression annuelle à trois chiffres appartiennent au passé car ce marché émergent s’est stabilisé et normalisé mais sa croissance reste encore très intéressante.
"Si pendant la période janvier-avril 2018, nous avons connu une énorme accélération, nos estimations montrent que la même période de 2019 va être beaucoup plus modeste en termes d’arrivées.
La ligne Istanbul-Marrakech va booster ce marché
"En attendant une ligne aérienne directe entre le Maroc et la Chine, il faut se féliciter de la nouvelle liaison Istanbul-Marrakech assurée par Turkish Airlines qui va fortement améliorer la connectivité aérienne avec la Chine, en particulier pour les voyageurs long-courrier adeptes de séjours combinés.
"Très présente dans les grandes provinces chinoises, cette compagnie turque nous permettra de bénéficier du hub international d’Istanbul pour ramener davantage de Chinois au Maroc via Marrakech", avance notre interlocuteur qui espère que les négociations actuelles entre l’ONMT et le ministère du Tourisme avec les autorités chinoises vont bientôt aboutir pour ouvrir une ligne directe.
D’ici l’ouverture d’une ligne Maroc-Chine, il est sûr que le nouveau vol entre la Turquie et le Royaume va booster le nombre d’arrivées chinoises, car ce pays possède 25 liaisons quotidiennes avec la Chine.
Nécessité d’une ligne directe pour relancer la croissance des arrivées
"Ayant déjà maximisé le potentiel de début, nous avons vraiment besoin d’un nouveau canal de connexion aérienne avec un vol direct qui relancera le développement de ce marché au potentiel encore largement sous-exploité.
"Si d’ici la fin de l’année, nous n’avons toujours pas de ligne aérienne entre le Maroc et la Chine, nous allons terminer 2019 avec environ 200.000 arrivées chinoises soit 20.000 de plus qu’en 2018", conclut notre source qui rappelle qu’en 2015, le Maroc ne recevait que 15.000 visiteurs chinois.
L’annonce ministérielle de 500.000 Chinois en 2020 devient irréalisable
Rappelons que lors d’une conférence de presse, le ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Economie solidaire avait annoncé que le Maroc recevrait 500.000 Chinois en 2020.
Dans le cas où il n’y aura, comme l’assure notre interlocuteur plutôt très bien informé, que 200.000 visiteurs chinois en 2019, on voit mal comment cette annonce pourrait se réaliser.
En effet, même avec l’ouverture d’une ligne directe aérienne, le Royaume ne pourra pas gagner 300.000 touristes supplémentaires en une année.
De plus, plusieurs professionnels, comme Hayat Jabrane, propriétaire de la plus grande agence de voyages spécialisée dans ce marché se plaignent de la concurrence du marché informel (tenu par des anciens guides chinois) qui offre des services médiocres et n’encourage pas ces touristes à revenir.
"Le potentiel est énorme mais nous n’avons aucune aide du ministère qui se contente de faire des annonces sans lendemain. Les arrivées chinoises augmentent et leurs recettes baissent parce que la concurrence qui se fait payer en Chine n’est pas combattue par les autorités", dénonce, très pessimiste, Jabrane.
Rappelons que le ministre du Tourisme s'était en effet engagé à pallier l’absence de vol aérien direct et de promotion institutionnelle qui freinent le développement des arrivées chinoises.
Mohamed Sajid avait promis d’aider la RAM à ouvrir une ligne Casablanca-Pékin et de donner plus de moyens à l’ONMT pour mettre en œuvre de grandes campagnes médiatiques en Chine par l’intermédiaire de son bureau local basé à Pékin, qui ne compte que 2 employés.
Un an après ces engagements, la compagnie nationale n’a toujours pas ouvert de ligne directe, et l’ONMT a toujours le même budget de promotion à l’international.
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