Mohamed Moubdii: “La coalition gouvernementale est menacée”
Coordinateur de la majorité gouvernementale parlementaire dans le dossier de la loi-cadre sur l'Education, Mohamed Moubdii revient pour Médias24 sur la crise provoquée par la volte-face du groupe parlementaire du PJD qui refuse de voter le texte. Pour Moubdii, Saâdeddine El Othmani a jusqu’à lundi prochain pour ramener ses troupes à la raison, sans quoi la coalition pourrait exploser pour cause de désaccord sur le modèle de société.
L’échec de la réunion de ce jeudi matin qui devait trouver une solution au blocage du projet de loi-cadre sur l’éducation prend l’allure d’une crise politique qui interpelle sur l’avenir du gouvernement actuel.
Contacté par Médias24, Mohamed Moubdii revient sur l’évolution de ce dossier jusqu'à l'actuelle crise. Très pessimiste, il n’hésite pas à affirmer que l’heure est grave et qu’en l’absence d’une démonstration d’autorité par le chef de l’exécutif et SG du PJD, la coalition pourrait imploser.
Sans solution d’ici lundi, pas d’adoption possible à la session extraordinaire
"La réunion de ce matin [jeudi 4 avril 2019] n’a servi à rien sachant que l’opposition (PAM et le PI) et le PJD l’ont boycottée. Les seules personnes présentes étaient le président Malki, moi-même, l’USFP et le RNI-UC.
"A l’issue de cette rencontre, j’ai été mandaté pour trouver avec les chefs de groupes et le chef du gouvernement, une solution d’ici lundi (8 avril) sans quoi, il n’y aura pas de vote possible du projet de loi-cadre PLC sachant que la session extraordinaire prendra fin jeudi 11 avril.
"Si on ne légifère pas à temps, le vote sera donc reporté à la session ordinaire de printemps", raconte le coordinateur de la majorité.
Selon Moubdii, cette crise a pour origine la volte-face inattendue de l’allié gouvernemental PJD.
"Après avoir discuté le texte du PLC avec une commission technique d’experts regroupant toutes les tendances politiques et une autre avec tous les chefs de groupes présents au Parlement, nos efforts ont été couronnés par un consensus sur l’ensemble de la loi, article par article y compris les articles 2 et 31.
Sans unanimité, pas de vote possible
"48 heures après s'être convenu de réunir la commission permanente pour légiférer, à notre grande surprise, le PJD qui est notre allié s’est rétracté en affirmant avoir des réserves sur ces deux articles.
"L’opposition (PI et PAM) a donc décidé de se retirer du consensus précédent et nous nous retrouvons devant un blocage initié par le plus important membre de la majorité, censé la porter.
"Dans la situation actuelle, nous ne pouvons plus aller au vote car nous voulions avoir l’unanimité et pas une simple majorité mécanique.
"Si le secrétaire général du PJD n’arrive pas à imposer ses vues à son propre parti, nous allons nous retrouver avec un modèle de société totalement différent de celui de la majorité.
Deux modèles de société s’affrontent
"En effet, cette loi-cadre va déterminer le type de société vers lequel nous voulons nous diriger.
"Veut-on une société ouverte, émancipée qui donne la possibilité d’accéder aux sciences, à la recherche, aux nouvelles technologies et au monde des affaires ou alors rester cloisonné ?
"Pour être honnête, à travers cette crise, ce sont deux modèles de société complètement opposés qui s’affrontent alors que nous voulons un Maroc avec une seule vision et pas deux.
Risque d’implosion de la coalition gouvernementale
"Soit le chef du PJD arrive à la résoudre soit nous nous dirigerons vers l’inconnu pour notre majorité et peut-être même vers sa fin.
"A partir de là, ou bien El Othmani arrive à s’imposer et réunit les chefs des partis de la majorité pour trouver un accord, ou bien on se dirige vers une crise majeure où la coalition peut éclater.
"Pour résumer, c’est à lui de jouer et à lui seul, car en tant que chef de l’exécutif et du premier parti du Maroc, il dispose de toutes les cartes", conclut l’ancien ministre qui refuse de spéculer sur la lutte interne qui se joue entre le SG du PJD et son prédécesseur qui fait tout pour saboter ce PLC.
Il faudra donc attendre de voir si El Othmani arrivera à neutraliser le courant Benkirane et garder sa crédibilité au PJD, sans quoi il subira une forte perte de légitimité.
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