FIAD 2019 : l'Afrique réclame une croissance plus inclusive
A l’heure où l’Europe crée des emplois nets grâce à des taux de croissance modestes, des pays africains qui atteignent des niveaux de croissance allant jusqu’à 8% peinent encore à les fructifier en emplois et en impact positif sur leurs populations.
C’est un véritable paradoxe qui distingue les économies africaines des autres pays du monde: celles-ci affichent des taux de croissance importants, particulièrement dans les pays subsahariens, sans que cette croissance ne contribue à éradiquer l’extrême pauvreté ou d’autres problèmes sociaux majeurs.
Un constat autour duquel les discussions se sont articulées lors d’un panel intitulé "Le Positive Impact, garant d’une croissance solidaire et responsable", qui a eu lieu vendredi 15 mars, deuxième journée du Forum Afrique Développement qui s'est tenu à Casablanca.
"L’Afrique connaît certes une expansion de la classe moyenne qui se traduit par une consommation importante, dont les chefs d’entreprises bénéficient. Mais l’extrême pauvreté subsiste toujours : C’est comme si nous étions dans une trappe, et nous avons beaucoup de mal à nous en sortir", a souligné Lionel Zinsou, économiste et ancien Premier ministre du Bénin.
Il faut dire qu’à l’heure où l’Europe commence à créer des emplois nets et donc à faire reculer le chômage grâce à des taux de croissance modestes, des pays africains qui atteignent des niveaux allant jusqu’à 8% peinent encore à les fructifier en emplois pour les jeunes.
Mais pour le panel, qui comptait également comme intervenant Hassan Ouriagli, PDG d’Al Mada, le consensus tend vers la nécessité d’une coalition entre les Etats, le secteur privé et d’autres acteurs comme les ONG ou les fondations.
Une finance à impact positif
Sans oublier la finance qui a un rôle important à jouer : "Même les financiers, et je parle en étant conscient du fait que je suis invité d’Attijariwafa Bank, passent leur temps à réfléchir à ces paradoxes africains et comment y remédier", souligne Lionel Zinsou.
Celui-ci évoque certains instruments intéressants d’Impact Investing qui méritent selon lui un plaidoyer spécial.
"Nous avons des investissements qui sont assortis non seulement d’objectifs de profits mais également d’objectifs sociaux. Il y a des institutions de gestion d’actifs qui gèrent 2.000 ou 3.000 milliards de dollars, et qui se disent prêtes à mettre 0,5% des actifs sous leur gestion dans des fonds de responsabilité sociale, ce qui équivaut à 10 ou 20 milliards de dollars, soit des sommes considérables", tonne M. Zinsou.
"Il y a également des mécanismes de finance et de crédit qui comportent une composante importante d’impact. C'est-à-dire qu’au fond, vous associez à des objectifs de rentabilité certains indicateurs sociaux. Et si vous atteignez ces objectifs là, alors vous ne rembourserez que 80% de votre crédit", ajoute-t-il.
Pour lui, la finance se résume à des épargnants du monde entier qui en apportent les ressources, et qui veulent une croissance ayant plus d’impact positif et commencent à intérioriser plusieurs valeurs qui s’y rapportent.
Pour sa part, Carole Kariuki, Présidente de la KEPSA, une alliance du secteur privé du Kenya, qui compte plus de 500.000 entreprises de diverses tailles, a étalé les différentes mesures que son institution et ses adhérents prennent pour assurer une croissance à impact positif.
Au-delà des actions de mentoring entre les différentes entreprises adhérentes, Carole Kariuki a indiqué que celles-ci opèrent selon une sorte de slogan: les 3P, à savoir Profit, People, Planet. Un slogan que la KEPSA veille à en assurer l'application sur le terrain.
De quoi inspirer les différents bailleurs de fonds, institutionnels ou particuliers, à se pencher sur des projets à plus fort impact positif sur les populations...
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