Année difficile dans les agrumes, des producteurs en détresse
2019, année des incertitudes et des inquiétudes de la filière agrumicole marocaine. En ce début d’année, la saison est “historiquement dramatique et catastrophique“ pour les producteurs, selon les termes d’un professionnel.
Pourtant, la production a battu tous les records, avec 2,6 millions de tonnes d’agrumes, contre 1,3 million de tonnes en 2008.
Que faire de cette production ? L’écouler bien sûr. 650.000 T. sont généralement exportées et le reste écoulé sur le marché intérieur.
Sur le principal marché marocain d’export, la Russie, la clémentine marocaine n’était pas compétitive cette année. Les principaux concurrents sont la Turquie et l’Egypte, également en surproduction. Ces deux pays ont le vent en poupe, leurs monnaies ayant été dévaluées de 75% en dix ans. Leurs exportations se sont envolées: du triple au quintuple selon les marchés.
La commercialisation, enjeu vital
A Berkane, la détresse des producteurs est palpable. Surtout ceux qui n’ont “fait“ que de la clémentine. C’est dans cette ambiance lourde et pesante que s’est tenue, ces samedi et dimanche 9 et 10 mars 2019, la 2ème édition des Journées nationales des agrumes. Le thème était: "Le contrat-programme, état des lieux et les perspectives".
Le contrat-programme 2008-2018 a pris fin il y a quelques semaines et les regards des producteurs sont tournés vers le présent et l’avenir.
Ce contrat-programme a permis de doubler la production en dix ans, mais maintenant l’enjeu consiste à soutenir les producteurs et à améliorer la commercialisation.
Marché intérieur: les ventes ne profitent ni au producteur ni au consommateur
Cette année, la campagne avait quatre semaines de retard environ, en raison d’un retard de maturation. Ajoutez à cela une grève des transporteurs et une production record et vous aurez un embouteillage monstre. A l’étranger, surtout sur le principal marché russe, les concurrents turc et égyptien étaient plus compétitifs. Au Maroc, le marché intérieur a été peu ou pas rémunérateur. Souvent, les producteurs ont vendu à perte. “Un kilo payé 20 centimes à 1 DH au producteur se vendait au détail à Casablanca entre 5 et 7 DH. On ne sait pas qui encaisse la différence“. Le prix de revient du même kilo est au moins de 2 DH. C’est dire…
Deux priorités se dégagent ainsi : améliorer la compétitivité de la production marocaine à l’export ; assainir les circuits de commercialisation sur le marché intérieur.
Des questions se posent au sujet du marché russe. Faut-il persister à le cibler, ou plutôt revenir aux marchés traditionnels d’Europe de l’ouest, plus structurés ? De leur côté, les ventes sur l’Afrique subsaharienne restent modestes mais augmentent vite. Cette année, elles sont passées de 3.000 T. à 15.000 T. Les résultats du marché russe ne devraient pas couvrir les coûts de revient, estime un producteur contacté par nos soins.
Les producteurs estiment que la hausse de la production marocaine était nécessaire sinon le Maroc aurait été absent des marchés cette année. Mais ils espèrent un engagement et un soutien forts de l’Etat en leur faveur, notamment pour améliorer leur productivité et assainir les circuits du marché intérieur.
120.000 emplois, 3 MMDH de CA
Au cours des journées de Berkane, des chiffres ont été livrés par Mohamed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’Agriculture : la filière agrumicole garantit plus de 120.000 emplois stables, elle couvre une superficie de 128.000 ha, produit en moyenne 2,3 MT/an et cette année 2,6 MT, génère un chiffre d’affaires de 3 MMDH.
L’Etat encourage cette filière, par exemple en soutenant la création de 47 unités de conditionnement via un régime d'incitations qui va de 25 à 30 pc avec un plafond de 21 MDH, et l'encouragement de la fabrication de jus des agrumes avec des subventions très importantes.
Le 9 janvier dernier, le ministre de l'agriculture Aziz Akhannouch a rencontré des représentants de la profession et a montré une parfaite connaissance du dossier et affirmé sa volonté de trouver des solutions.
Au final, les producteurs que nous avons constaté estiment tous qu'un soutien de l'Etat est indispensable, à charge pour les producteurs de se mettre à niveau pour pouvoir travailler avec les circuits de distribution européens. "Faute de quoi, le seul recours sera l'arrachage des arbres"...
À découvrir
à lire aussi
Article : Mondial 2026. Les Lions de l’Atlas au scanner
DATA. Le bilan statistique de l’équipe nationale à l’issue du premier tour de la Coupe du monde 2026 est assez éloquent quant à l’influence de plusieurs internationaux. Il met également en relief les prestations contrastées d’autres Lions de l’Atlas décisifs, mais qui ont parfois péché par excès d’individualisme. Décryptage.
Article : L'Arabie saoudite ouvre la propriété immobilière aux musulmans étrangers, y compris à La Mecque et Médine
L'Arabie saoudite ouvre pour la première fois son marché immobilier aux musulmans étrangers non saoudiens, y compris dans les villes saintes de La Mecque et de Médine, dans le cadre de la Vision 2030.
Article : Mondial 2026 : face aux Pays-Bas, les Lions de l’Atlas au défi des statistiques et des cotes
Le Maroc croisera le fer avec les pays dans ce choc des 16e de finale dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin à Monterrey. Analyse des chances des Lions de l'Atlas à Monterrey, entre prudence des modèles mathématiques et statut d'outsider chez les bookmakers.
Article : “Si la loi est adoptée, elle ne représente pas les avocats” : l’avertissement du président de l’ABAM
Lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi 26 juin, le président de l'Association des Barreaux du Maroc (ABAM) a lancé un message clair et sans équivoque : le texte législatif en cours d’examen "ne les représente pas " et, s’il était adopté en l'état, il serait "hors du champ de leurs compétences".
Article : Alerte météo. Averses orageuses et vague de chaleur dans plusieurs provinces
Des averses orageuses accompagnées de grêle et de rafales de vent sous orages ainsi qu'une vague de chaleur sont attendues dans plusieurs provinces du Maroc.
Article : Lancement à Ouarzazate des travaux de la Cité internationale du cinéma, un projet de 240 MDH
La future Cité internationale du cinéma réunira sur un même site les principales activités de production, de postproduction, de formation, d'innovation et de services dédiés au secteur.