La BCE lance un paiement instantané pour contrer les géants numériques
La Banque centrale européenne donne, vendredi 30 novembre, le coup d'envoi de son "TIPS", un service de paiement instantané utilisable par les consommateurs et entreprises en zone euro et qui se veut une réponse aux géants numériques.
L'Europe bancaire, qui a perdu la bataille dans le domaine des cartes bancaires dominé par les américains Visa et Mastercard, veut être prête face aux mastodontes américains Google, Amazon ou Apple ainsi qu'au chinois Alibaba qui s'installent sur le marché des services de paiement.
"TIPS est un outil qui va permettre aux banques de ne pas abandonner la partie à ces acteurs du numérique", déclare à l'AFP Marc Bayle de Jessé, directeur général à la BCE, chargé des infrastructures de marché et des paiements.
Concrètement, le service offert par la BCE, l'acronyme "TIPS" signifiant "Target Instant Payment Settlement", permettra à chacun de transférer tout au long de l'année et en quelques secondes de l’argent via un smartphone, une tablette ou un ordinateur.
"Cela équivaut à se servir d’argent liquide, pour peu que l’argent se trouve sur le compte du payeur", résume le directeur à la BCE.
La particularité est que les euros qui circuleront proviendront de comptes ouverts par les banques auprès d'une banque centrale, permettant une grande rapidité d'exécution des transactions et une quasi-gratuité, en sautant l'étape intermédiaire des portefeuilles électroniques type Apple ou Google.
Dans la seconde
Des implications très pratiques sont prévisibles dans le quotidien, pour régler ses achats au supermarché ou son plein d'essence à la station-service, mais pas seulement.
"Pensez à votre enfant se trouvant dans la file d’attente d’un cinéma et qui va vous demander à distance de lui envoyer 10 euros dans la seconde", explique Marc Bayle de Jessé.
En réglant très simplement ce type de situation, TIPS va permettre de "remplacer l'argent liquide qu’on a dans sa poche par un paiement numérique instantané".
Certes, d'autres applications de paiement express en ligne existent déjà en zone euro, comme Paylib en France, ou d'autres qui rencontrent un grand succès au Royaume-Uni et en Scandinavie. Mais ces offres restent toutefois "nationales et réservées aux membres d'une même communauté", observe M. Bayle de Jessé, qui voit TIPS comme un outil allant à contre-sens d'une fragmentation du marché.
Une liste de huit établissements adhérant d'ores et déjà au procédé TIPS va être révélée vendredi. On y trouvera une majorité d'établissements espagnols à côté de la banque française BPCE (réunion des réseaux Banque Populaire et Caisse d'Epargne), a appris l'AFP.
Chaque acteur de la finance pourra rejoindre à terme le dispositif du moment qu’il détient une licence bancaire lui permettant d’ouvrir un compte à la banque centrale.
Prix modique
Pratique pour les utilisateurs, ce type de paiement express va créer un manque à gagner pour les banques, qui n'auront plus à disposition des liquidités à placer sur le marché en jouant sur les dates d'échéances comme lors d'un virement bancaire classique.
La BCE anticipe néanmoins que ces établissements vont adhérer en nombre au TIPS, dès lors que l'activité décollera et permettra d'amortir le coût de mise en place.
L'institution francfortoise veut elle rentrer dans ses coûts et va facturer les banques au tarif modique de 0,20 centime d'euro (0.0020 euro) par transaction. Une autre carotte: chaque banque sera exemptée de paiements pour les 10 premiers millions de transactions effectuées.
Ensuite "les banques devront définir comment elles factureront le service à leurs clients. Nous anticipons que la concurrence fera baisser les prix, qui devraient rester bien inférieurs à ce qui se passe aujourd’hui dans l’univers des cartes bancaire", explique M. Bayle de Jessé.
Selon une enquête de la BCE auprès d'acteurs de marché, quelque 10 millions de paiements instantanés pourraient se faire par jour en zone euro d’ici à 5 ans, soit environ 10% des transactions effectuées aujourd’hui à l'aide de cartes de paiement.
Si cette dernière innovation ne concerne pour l'heure que l'euro, d'autres monnaies émises par les pays membres de l'Union européenne pourront aussi rejoindre le dispositif, explique la BCE.
(Avec AFP)
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