GMT+1: Voici pourquoi l'argument énergétique a été décisif
Le maintien de l'heure GMT+1 tout au long d'année est évoqué depuis 2008 parmi les mesures d'efficacité énergétique. Toutes les études faites sur le sujet restent théoriques sans une expérimentation effective mais prédisent tout de même qu'aucun gain d'énergie en hiver n'est attendu. Les raisons du maintien sont donc clairement la volonté de réaliser des économies d'énergie en été tout en évitant les changements d'heure répétitifs. Décryptage d'après des sources directement concernées par le dossier.
Saâdeddine Elotmani a été l'invité d'une émission spéciale ce 1er novembre sur Al Oula et Medi1TV. Plusieurs thématiques y ont été abordées mais le premier sujet qui s'est accaparé tout le début de l'émission a été naturellement celui de l'application de l'heure GMT+1 tout au long de l'année.
Le chef du gouvernement a tenté d'expliquer les raisons qui ont poussé à prendre cette décision "surprise". Selon ses explications, le fond de la décision et la manière dont elle a été appliquée sont deux choses distinctes.
"J'avoue que nous avons manqué de réactivité et de communication dans l'application de cette décision qui était en discussion et en débat depuis plusieurs mois", assure le chef du gouvernement qui a tenu aussi à préciser qu'il n'y a pas eu de rétropédalage en ce qui concerne le communiqué publié auparavant et informant le retour au GMT fin octobre. "Ce communiqué publié jeudi 25 octobre 2018 fait partie des actions routinières de l'administration car il ne fait qu'appliquer le décret en vigueur, donc à l'approche des dates de changement d'heure, le communiqué est publié automatiquement", ajoute-t-il.
Le lendemain, vendredi 26 octobre 2018, s'en est suivi le Conseil de gouvernement exceptionnel qui a instauré le GMT+1. Sur ce sujet, Elotmani est resté évasif en avouant que le gouvernement a commis un impair à ce niveau-là.
Mais pour lui, le GMT+1 est aujourd'hui une réforme essentielle pour le Maroc car il y va de sa sécurité énergétique. Le chef du gouvernement s'est contenté d'assurer, sans rentrer dans le détail, que les pics de consommation d'énergie en été impliquent une importante pression sur notre système énergétique et que grâce au maintien du GMT+1, un décalage se crée automatiquement entre les différentes consommations, réduisant cette pression au moment des pics.
>> Lire aussi : GMT+1: L'étude marocaine sera dévoilée la semaine prochaine
Au moins 1,2 MMDH d'économie avec le GMT+1 entre 2012 et 2017
De quoi parle exactement Elotmani ? Médias24 a sondé un source bien informée pour mieux comprendre cet enjeu énergétique.
Selon notre source, le GMT+1 a un double effet bénéfique:
-l'allongement de la durée de la clarté diurne, ce qui réduit d'autant le besoin d'éclairage.
-la suppression ou la réduction du phénomène de double consommation: pendant les journées courtes, il vous arrive par exemple de travailler dans un bureau éclairé par une lampe électrique alors qu'à votre domicile, l'éclairage est également en marche pour votre famille.
Ce gain est considérable pour le pays.
Sur l'aspect d'économie d'énergie qui a été remis en cause à maintes reprises, notre source assure que l'économie est bien réelle. Les chiffres en attestent.
Entre 2008 et 2017, le Maroc a pu réduire la pointe du soir en moyenne de 83,8 MW, et économiser donc en moyenne 51,6 GWh.
Pour se faire une idée de ce que représentent ces économies, sachez que 90 MW est la puissance nécessaire à une ville entière de la taille de Meknès.
En termes financiers, l'ONEE a pu économiser entre 2012 et 2017 un montant de 1,2 MMDH d'investissements et de combustible.
L'office a pu également économiser 98.500 tonnes de fioul et éviter le rejet de 296.700 tonnes de CO2.
Pas d'économie attendue en hiver
Il s'agit-là des gains en été. Qu'en est-il en hiver? Selon notre source, une étude devait être menée par l'ONEE au cours de cette année pour évaluer l'impact de l'application du GMT+1 en hiver. Cela dit, les conclusions de cette étude resteront purement théoriques car elles ne se basent pas sur des données réelles dans la mesure où jamais le GMT+1 en hiver n'avait été expérimenté auparavant.
Toujours selon notre source, les premiers avis à ce sujet font état d'économies moins importantes qu'en été, voire des économies négligeables ou nulles. En cause, une journée plus courte et la perte d'une heure d'éclairage naturel le matin.
Si les gains sont indéniables en été, pour quelles raisons maintenir cet horaire en hiver alors que l'Etat n'est pas certain d'avoir un impact énergétique important ?
Avant de répondre à cette question, il est important de savoir que l'idée du maintien du GMT+1 toute l'année est en réalité évoquée bien avant le gouvernement Elotmani.
Il était convenu qu'une étude à ce sujet soit réalisée parmi les engagements du gouvernement au moment de la conclusion du contrat programme Etat-ONEE en 2008.
Chemin faisant, le GMT+1 a été appliqué en été seulement en attendant les conclusions de cette étude.
Durant cette période, les Marocains ont appris à cohabiter avec ce changement chaque été, ce qui leur convenait bien puisqu'il leur permettait de gagner une heure d'ensoleillement le soir après les heures de travail et favorisait ainsi les loisirs.
A partir de 2008, le Ramadan qui jusque-là coïncidait avec les mois d'automne et d'hiver a compliqué la donne. Reculant de 11 à 12 jours chaque année, il coïncide ces dernières années avec l'été. Ainsi, au lieu de changer les horaires deux fois par an, l'Etat s'est trouvé contraint de changer les horaires quatre fois par an avec ce que tout cela implique comme impacts sanitaires notamment biologiques et psychologiques sur les Marocains.
Le gouvernement a donc entamé la réflexion pour remédier à ces changements répétitifs. Le débat lancée, trois options se présentaient au gouvernement :
- Option 1 : Le maintien du GMT en hiver et du GMT+1 en été, en supprimant les changement pendant Ramadan.
- Option 2 : Le retour définitif au GMT.
- Option 3 : L'application du GMT+1 tout au long de l'année.
La première option risquait de provoquer le mécontentement des citoyens.
Au regard des impératifs de sécurité énergétique, l'option 2 comporte selon les propos d'Elotmani lui-même un risque sur l'approvisionnement du Maroc en électricité.
Il ne restait donc que la troisième option qui a été appliquée par l'Exécutif, certes maladroitement...
>> Lire aussi : Des avocats préparent un recours judiciaire contre le décret du GMT+1
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