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Voici les derniers bilans chiffrés de l'émigration clandestine

En 2018, les chiffres officiels montrent une légère recrudescence du "hrig". Entretien avec Khalid Zerouali, wali directeur de la Migration et de la surveillance des frontières au ministère de l’Intérieur, sur l'émigration clandestine des Marocains.

Voici les derniers bilans chiffrés de l'émigration clandestine
Khalid Zerouali.
Reda Berrada
Le 30 octobre 2018 à 17h41 | Modifié 30 octobre 2018 à 17h41

Médias24:  Y a-t-il recrudescence de l'émigration clandestine de Marocains, communément appelés harragas ? C'est en tous les cas l'impression que donnent les réseaux sociaux.

Khalid Zerouali: Le phénomène des Harragas n’est pas nouveau, il était plus accentué au début des années 2000, quand le Maroc était considéré comme pays d’origine.

Durant cette période, une moyenne de 16.000 tentatives d’émigration irrégulière des Marocains étaient avortées chaque année.

Depuis 2016, la moyenne annuelle de ces tentatives est d’environ 12.000 soit une baisse de 25%.

-Et en 2018?

-Durant 2018 et jusqu'à mi-octobre, environ 68.000 tentatives d’émigration irrégulière ont été avortées dont environ 11.000 concernent des ressortissants marocains.

En termes de démantèlement des réseaux criminels qui s’activent dans le trafic des migrants, 122 réseaux ont été démantelés et plus de 2.200 embarcations de différents types ont été saisies.

En 2017, 65.000 tentatives d’émigration irrégulière ont été avortées (dont 12.000 ressortissants marocains) et 120 réseaux criminels démantelés.

-Quel est le bilan depuis le début des années 2000, des arrestations, des opérations avortées, à l'échelle nationale?

-Depuis 2003, environ 3.300 de réseaux criminels de trafic de migrants ont été démantelés et environ ½ million (étrangers et Marocains) de tentatives d’émigration irrégulière vers l’Europe ont été avortées.

- Avez-vous une estimation du nombre de tentatives réussies?

-Il est difficile de quantifier le nombre des arrivées sur les côtes espagnoles au départ du Maroc, sachant que ces arrivées concernent également les migrants qui proviennent d’Algérie et des enclaves de Sebta et Melillia.

Toutefois, si on fait une corrélation entre le nombre des personnes reconnues marocaines et éloignées d’Espagne vers le Maroc pour séjour irrégulier, une augmentation d’environ 9% a été enregistrée en 2018 par rapport à la même période de l’année précédente (à mi-octobre).

- Quel est l'état de la coopération avec l'Espagne ? Quel est le cadre juridique ?

-Plusieurs accords de coopération couvrant une panoplie de domaines notamment en matière de lutte contre les réseaux, la main-d’œuvre et les emplois saisonniers et la prévention de l’émigration des mineurs d’âge et les visas.

La coordination de cette coopération se fait dans le cadre du groupe migratoire mixte permanent GMPP, créé le 19 novembre 2003.

Cette coopération a permis d’instaurer un climat de confiance entre les deux parties ce qui a permis d’atteindre des résultats très probants tant au niveau de la lutte contre la migration irrégulière qu’au niveau de la promotion de la migration légale.

-Comment expliquer les départs récents à partir de Sebta?

-Il n’est pas sûr que les départs de Sebta soient récents, c’est plutôt leur découverte qui est récente. En effet, l’émergence du phénomène du go fast a mis en évidence ce phénomène des départs.

- Y a-t-il un profil type de candidats marocains ?

-Il s’agit en majorité de jeunes de différents niveaux d’instruction et également de mineurs.

- Avez-vous une idée du prix payé pour ces traversées ?

-Ce tarif varie selon le moyen utilisé, la route empruntée et la période de la traversée. Mais une moyenne de 40.000 DH serait une estimation fiable.  

-Les zones pourvoyeuses ont-elles changé ? On parle beaucoup de  Fquih Bensaleh, Beni Mellal, Brouj sans aucune certitude quant à la véracité de ces affirmations

-Il n’a pas été constaté une prédominance d’une région pourvoyeuse des candidats marocains à l’émigration irrégulière.

-Les techniques d'émigration clandestine ont-elles changé ?

-L’ossature de l’architecture des réseaux de trafic est restée intacte. Toutefois, il a été constaté le recours accru aux nouvelles technologies d’information, à l’utilisation frauduleuse des documents de voyage (Look alike*), aux gonflables de grande capacité (de 70 à 80 personnes), ainsi que les hors-bords et les go fast.

-Est-il vrai qu'il y a désormais collusion entre le trafic de drogue et la traite des humains ? Y a-t-il risque de collusion avec le terrorisme ?

-La collusion entre tous les trafics illicites n’est plus à démontrer. Toutefois, les moyens de transport ont été jusque là différenciés par type de trafic. C’est pour cela que l’émergence des phénomènes des go fast dans l’émigration irrégulière nous interpelle et ne devrait pas être analysée de manière simpliste, en la liant à la collusion entre le trafic des drogues et celui des êtres humains.

Quant à la collusion avec le terrorisme, la situation qui prévaut dans le Sahel offre un exemple édifiant sur la perméabilité entre le terrorisme et le crime organisé transfrontalier.

*C'est une technique consistant à utiliser de vrais documents par une personne qui n'en est pas titulaire et à utiliser la ressemblance avec le propriétaire du passeport ou de la carte d'identité.

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Reda Berrada
Le 30 octobre 2018 à 17h41

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