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Education: Levée de boucliers contre le maintien de l’heure d'été

Qualifié de mesure antisociale, voire anticonstitutionnelle par certains, le maintien de l’heure GMT+1 toute l'année a provoqué un tollé dans le milieu de l’enseignement. Médias24 a sondé plusieurs intervenants du secteur, qui voient en cette mesure une menace pour les élèves et la société de manière générale.

Education: Levée de boucliers contre le maintien de l’heure d'été
Zakaria Boulahya
Le 29 octobre 2018 à 17h39 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Il n'y a rien de définitif dans les horaires qui seront adoptés par les écoles à compter du mercredi 7 novembre. Le ministère a annoncé de nouveaux horaires, et s'apprête selon nos sources, à les modifier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision du gouvernement de maintenir l’heure d’été pendant toute l'année, est l’une des décisions les plus impopulaires depuis l’investiture du gouvernement Elotmani.

Annoncée vendredi dernier sans aucune concertation préalable, cette mesure a provoqué une levée de boucliers dans le secteur de l’Education. Syndicalistes, parents d’élèves, enseignants,… Tous y voient une mesure difficilement applicable compte tenu de l’état actuel de l’école marocaine. Certains y voient même, d’un point de vue pédagogique, une réelle menace pour le niveau académique des élèves.

Le ministre de tutelle, Saaid Amzazi, a annoncé une première fois dans des déclarations à la presse l’adoption d’un horaire spécial: 9h-13h / 14h-18h. Parallèlement à l’ouverture des écoles durant toute la journée, afin notamment de permettre aux élèves de déjeuner in situ. En revanche, aucune autre mesure d’accompagnement n’a été communiquée.

Du côté du ministère de l’Education, une source autorisée confirme la tenue, cette semaine, de plusieurs réunions de concertation au sein du ministère, afin de peaufiner un dispositif d’accompagnement censé être opérationnel le 7 novembre prochain – date de rentrée des vacances scolaires.

Une puissante fédération de parents d'élèves refuse les nouveaux horaires

Et c’est maintenant que débutent les rounds de concertation. En cette après-midi du lundi 29 octobre s'est tenue, toujours au siège du ministère de l’Education nationale, une réunion avec les membres de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves, qui compte près de 3.000 associations membres. Son président, Noureddine Akkouri, a confirmé à Médias 24 le refus de principe de la fédération, en raison de la non-concertation avec les différentes parties avant l’adoption de cette mesure.

«Dès que la nouvelle s’est répandue, les locaux de la fédération ont été submergés d’appels téléphoniques, de mails et de fax, de la part de parents dans le désarroi le plus total. Les parents refusent ce nouvel horaire, d’abord en raison des risques sur les enfants: santé, sécurité, qualité de l’enseignement, manque d’infrastructures…».

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Aux yeux de Noureddine Akkouri, il est illogique de proposer une nouvelle mesure sans mettre en place les conditions préalables à sa réussite. Certes le ministre de tutelle a promis que les élèves seraient gardés et surveillés au sein même des établissements scolaires, «mais avec quels moyens ? Les écoles ont déjà du mal à gérer les élèves pendant une simple heure creuse. Comment fera-t-on pour les garder durant l’heure du déjeuner, alors que la majorité des écoles ne disposent pas d’espaces dédiés ? Même les écoles disposant d’un internat sont obligés d’effectuer un roulement pour permettre à l’ensemble des élèves de déjeuner, compte tenu des places limitées des réfectoires. Une seule heure de pause-déjeuner ne sera pas suffisante».

Le maintien de l’heure d’été GMT+1 aura également un impact pédagogique, avec des perturbations de la vigilance des élèves ainsi que de la qualité d’apprentissage. «Tous les manuels pédagogiques s’accordent sur la nécessité d’une stabilité psychologique de l’élève pour une meilleure qualité de l’enseignement. Or le changement d’heure, d’entrée et de sortie des classes, et une seule heure de pause-déjeuner risquent de perturber les élèves ainsi que leurs parents, qui seront soumis à davantage de stress», estime le président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves.

«Notre crainte est que cela conduise à la multiplication des retards et des absences, et ainsi la recrudescence des conseils de discipline et par ricochet le risque d’abandon scolaire. Ce qui est paradoxal alors que l’Etat octroie des budgets conséquents pour lutter justement contre l’abandon scolaire».

Les syndicats montent au créneau

Même son de cloche du côté des syndicats. Enaam Mayara, SG de l’UGTM, estime tout d’abord que la décision unilatérale - sans concertation préalable de quelque sorte - témoigne avant tout du mépris du gouvernement Elotmani à l’égard des citoyens marocains.

Mayara s’interroge notamment sur la viabilité des mesures proposées par Saaid Amzazi, «alors que ces dispositions ne sont certainement pas prévues dans le budget 2019 du ministère». Le syndicaliste estime qu’aucune étude sérieuse n’a pu démontrer les bienfaits de l’adoption permanente de l’heure d’été – quoi qu’en dise le gouvernement. A cet effet, l’UGTM compte interpeller officiellement le chef de gouvernement ce mercredi 31 octobre.

Du côté de la CDT, le désarroi est tout aussi palpable, aussi bien chez son SG Abdelkader Zair, qu’auprès de Allal Belarbi, SG du syndicat national de l’Enseignement et membre du bureau exécutif de la CDT.

Zair estime que le maintien de l’heure d’été est un problème grave qui nécessite «une mobilisation générale, avec des actions militantes concrètes». Quant à Allal Belarbi, il qualifie la mesure «d’antisociale et anti-pédagogique. C’est de la folie que d’appliquer le maintien de l’heure GMT+1, avec les problèmes logistiques et pédagogiques que cela va engendrer. Comment le ministre peut-il assurer que les écoles vont garder nos enfants alors qu’au Maroc, plusieurs écoles n’ont même pas de sanitaires ? Ce qui va se passer, c’est que les élèves resteront à la rue pendant l’heure du déjeuner, avec les risques que cela implique en termes d’accidents, d’agression, de harcèlement, de consommation de drogues… S’il existe vraiment une étude qui relève les avantages de l’heure d’été, qu’on nous la montre !».

Apparemment, le maintien de l’heure GMT+1 cause des remous y compris dans l’enseignement privé. «Le gouvernement nous a mis devant le fait accompli. J’estime personnellement que cette décision est anticonstitutionnelle, car elle n’a pris en compte ni l’avis des citoyens ni celui des instances représentatives – du Parlement à la société civile», fustige Abdeslam Amor, président de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc.

Quid du secteur privé?

Plusieurs questions sont soulevées par l’Alliance. Les écoles privées comptent dans leurs rangs des centaines d’enseignants issus du secteur public. Pourront-ils rejoindre leurs postes dans le privé après s’être acquittés de leur mission dans l’école publique, compte tenu des nouveaux horaires?

Qui plus est, tous les établissements privés ne sont pas équipés pour assurer l’horaire continu. «Cela nécessitera l’aménagement des infrastructures, des équipements, du personnel d’encadrement... Tout ceci va engendrer des frais supplémentaires, qui seront répercutés sur les parents d’élèves. Ce qui n’arrange rien vu que les écoles privées sont déjà pointées du doigt pour la cherté de leurs tarifs», souligne Abdeslam Amor.

Le président de l’Alliance confirme avoir été contacté dimanche 28 octobre par le ministère de tutelle, afin de recueillir les réactions du secteur privé. A l’instar des autres intervenants sollicités par Médias24, Abdeslam Amor a signifié au ministère son refus de principe quant au maintien de l’heure d’été. Tout en nous confirmant la tenue de réunions cette semaine entre les membres de l’Alliance et plusieurs groupes parlementaires afin d’étudier la question.

A l’heure où le secteur de l’enseignement au Maroc semble enfin avoir amorcé sa refonte, avec un nouveau plan d’action qui a nécessité des milliards de dirhams d’investissements, cette décision ne risque-t-elle pas de fragiliser le processus de réforme et d’hypothéquer ses chances de réussite. Au-delà des contraintes logistiques, la vraie question étant: comment assurer un apprentissage de qualité dans un contexte marqué par l’instabilité?

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Zakaria Boulahya
Le 29 octobre 2018 à 17h39

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