Harcèlement dans la rue: sur la Twittoma, des femmes (et des hommes) témoignent
Si vous voulez prendre une douche froide, aussi glacée que les eaux de l’Antarctique avant le réchauffement climatique, déroulez ce thread initié par Aïda Alami sur Twitter. Une douche froide qui réveille nos consciences, surtout celles des hommes dont beaucoup n'arrivent pas imaginer l'enfer que représente l'espace public pour une femme seule.
Aïda Alami est journaliste, reporter, connue pour ses contributions au New York Times que pour son implication pleine dans les grandes causes sur la Twittoma. Elle soutient #masaktach, ce collectif qui dénonce les violences et abus contre les femmes ainsi que la légitimation de la culture du viol au Maroc.
Donc, en ce mardi 9 octobre 2018, à 10H08, Aïda Alami écrit ceci :
Quelle est votre pire expérience de harcèlement dans la rue ? Cc @masaktach
— Aida Alami (@AidaAlami) 9 octobre 2018
Elle enchaîne en racontant que “dernièrement à Rabat, j’ai dû traverser et retraverser 3 ou 4 fois, changer d’itinéraire... pour qu’un gars arrête de me suivre. Quand j’ai demandé à un policier de constater le harcèlement. Il a rigolé“.
Il a rigolé, alors que la loi sur le harcèlement est entrée en vigueur. Aïda explique que "raser les murs à Rabat et Casa", cela devient pénible, insupportable. Elle semble le vivre de plus en plus mal et refuse pourtant de "leur" abandonner l’espace public.
Au moins une vingtaine de témoignages défilent.
Le premier est celui d’un homme, Anas Alaoui. Il raconte avec des mots justes et terribles, un flash qui est resté gravé dans sa mémoire.
En sens inverse, un gamin à vélo. 12 ans à tout casser.
Il arrive au niveau de la fille, et là je le vois tendre le bras, main bien ouverte. Lui attraper un sein et distinguer le squeeze de sa main.— Anas Alaoui (@AnasAlaoui) 9 octobre 2018
De là où j'étais, je distinguais clairement le choc sur la visage de la jeune femme.
Pour lui, ce n'était rien. Une histoire à raconter aux copains, pour se marrer.
Pour elle, je ne pense qu'elle réussirait à supprimer cette demie-seconde de sa mémoire.— Anas Alaoui (@AnasAlaoui) 9 octobre 2018
Sarah Rais vit aujourd’hui au Caire. Elle explique que la situation est similaire au Maroc. Le Maroc où sa dernière mésaventure a été provoquée par “deux mecs à moto“ qui l’ont harcelée physiquement et poussée brutalement dans la rue. A l’issue de quoi, elle est restée cloîtrée chez elle pendant deux mois.
Laïla Lalami, nouvelliste et essayiste, témoigne à son tour, avec quelques mots:
J’ai des dizaines et des dizaines d’histoire. Le harcèlement a commencé quand j’avais 11-12 ans. Je ne pouvais pas sortir de chez moi sans recevoir des commentaires sur mon corps, des attouchements, etc.
— Laila Lalami (@LailaLalami) 9 octobre 2018
Je ne sais pas non plus quelle expérience choisir, mais certainement la presque aggression par une horde de 10 gamins à Gauthier à Casa. Je pensais que ma vie allait s’arrêter là. Un gardien d’école est arrivé avec un bâton en bois pour les disperser.
— FZE (@Braingasmology) 9 octobre 2018
Lylou Slass, bien connue des milieux de défense des grandes causes, apporte un constat transversal:
Pour moi le pire c'est cet acharnement, cette répétition tous les jours, partout, quelle que soit ta tenue...C'est pas un gars en particulier, c'est le Psst de l'un suivi du kss kss de l'autre, du manchoufouch du 3e, et le 4e 5e 6e, le tout sur une courte distance, tous les jours
— Lylou Slass (@Lylou20) 9 octobre 2018
Loubna Rais abonde dans le même sens: “ C'est ce que certaines personnes ne comprennent pas. Ce n'est pas 1 gars qui "drague" 1 jour. Ce sont 20 gars qui t'accostent à longueur de journée et c'est là que ça devient du harcèlement. c'est diffus, mais chacun est un maillon.“
Une autre témoigne: “J'avais 11 ans, j'allais faire des courses, un homme d'une vingtaine d'années m'a arrêté dans la rue et m'a embrassé au coin de la lèvre. J'étais tétanisée, Je lui ai demandé si je le connaissais et il m'a juste répondu "non je voulais juste t'embrasser", Je suis repartie en courant“.
Le dernier mot revient à Amazigh Unite :
Une petite pensée pour les millions de filles/femmes dans le milieu rural qui subissent bien plus de violence sexuelle que l'élite francophone urbaine.
Elle n'ont pas de "rue" et mais la densité inférieure fait que des heures passent avant que des passants n'interviennent.
— AmazighsUnite (@AmazighsU) 9 octobre 2018
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