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Après la sortie de MHE contre le “négativisme”: les pour et les contre

Le gouvernement pointe le "négativisme exagéré" des Marocains. Pour un sociologue, qui estime que l'Exécutif est sur la défensive, ce négativisme traduit une perte de confiance des citoyens et des entreprises en l'action gouvernementale. Le risque est de tomber dans la perte d'espoir. La solution: impacter rapidement et sur la durée le quotidien des Marocains.

Après la sortie de MHE contre le “négativisme”: les pour et les contre
Hayat Gharbaoui
Le 8 octobre 2018 à 12h20 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Des membres du gouvernement pointent le négativisme excessif des Marocains. Saâdeddine Elotamani et Moulay Hafid Elalamy ont consacré une bonne partie de leurs interventions à ce sujet, lors de l'université d'été de la CGEM organisée les 28 et 29 septembre derniers (à partir de 02:05:10 pour Moulay Hafid Elalamy et à partir de 03:11:00 pour Saâdeddine Elotmani).

Les phrases choc n'ont pas manqué lors de l'intervention du ministre de l'Industrie qui a largement été relayée et partagée.

"Je connais l'esprit de la CGEM et j'y ai trouvé lorsque que je l'avais présidée un langage et un lexique qui m'avaient fortement interpelé: 'on n'a pas de visibilité', 'on ne sait pas où on va', 'je pense que demain sera pire qu'aujourd'hui'. Ce négativisme est le fort de tous les patronats dans le monde avec une intensité différente d'un pays à l'autre. Et nous savons, nous, aller dans les excès", a déclaré Moulay Hafid Elalamy devant une audience d'hommes d'affaires, de patrons et de dirigeants. 

"Je suis parfois meurtri de voir que mon pays va bien sur certains sujets et par ignorance parfois, incompétence, manipulation, bêtise ou esprit suicidaire on se met la corde au cou et on la tend très fort".

"Oui mon pays a besoin de choses, mais je suis désolé mon pays a fait beaucoup de pas énormes". 

"Parfois, on s'installe dans une sinistrose nationale d'exception contaminante... Comment ça se fait qu'on a encore une économie qui tourne et des gens qui font encore de l'argent?".

>>Lire aussi: Le plaidoyer de Moulay Hafid Elalamy "contre le négativisme"

Le chef du gouvernement qui est intervenu après son ministre de l'Industrie a versé dans le même sens, citant Moulay Hafid Elalamy et insistant sur la nécessité d'arrêter de voir uniquement les aspects négatifs.

Un discours que le gouvernement tient, officiellement et officieusement, depuis un bon moment, appelant les citoyens marocains à garder espoir et à sortir du cercle vicieux du "négativisme".

Personne ne niera que le Maroc est plongé dans un pessimisme ambiant. Tout ou presque est sujet à polémique qui se transforme rapidement en une grogne sociale qui remet en cause la trajectoire prise par le pays et la volonté des politiques d'améliorer les choses.

La polémique sur les manuels scolaires, la situation de la santé avec la prolifération des vidéos alarmantes, la montée des vagues des Herraga et la promotion qui en est faite sur les réseaux sociaux, le décès tragique de la jeune Hayat…, les exemples ne manquent pas!

Interpelée par ce discours qui constitue une nouvelle trame de fond de la communication du gouvernement, Médias24 a tenté de décrypter ce "négativisme" que veut combattre le gouvernement et surtout par quels moyens.

"Le négativisme", c'est quoi?

Le négativisme est "une attitude de de refus systématique, de dénigrement", selon la définition courante du dictionnaire. En psychologie, le négativisme désigne "certains états psychopathologiques liés à la dépression ou provoquant un état dépressif, associant une humeur pessimiste et un refus de l'action". 

Les responsables gouvernementaux estiment donc qu'il y a un refus de l'action gouvernementale ou qu'on la dénigre. Et que le pessimisme brouille "les efforts faits". 

Pour Ali Benmakhlouf, philosophe, lui aussi intervenant phare de l'université d'été de la CGEM, "personne ne perçoit clairement le bien, mais tout le monde perçoit ce qui ne va pas".

"MHE a eu raison"

Un dirigeant opérant sur les marchés financiers et ayant requis l'anonymat, estime que MHE a eu raison de pousser son "coup de gueule".

"Certes, le gouvernement a sa part de responsabilité. Certes, le rôle des politiques est de convaincre, par le verbe et par les actes. Certes, le rôle d'un ministre est justement, de créer la confiance.

"Cela étant dit, il faut replacer les choses dans leur contexte. MHE s'adressait à un auditoire de chefs d'entreprises. Il leur a dit indirectement: c'est le Maroc qui a fait de vous ce que vous êtes. Aujourd'hui, le Maroc a besoin de vous. Que comptez-vous faire pour lui? Arrêtez de gémir et travaillez, apportez quelque chose à votre pays".

MHE n'a pas eu raison, "le gouvernement est sur la défensive"

Ahmed Moutamassik, sociologue et docteur en science de l'éducation a une autre lecture de ce phénomène. "Quand ce vocable (négativisme, ndlr) est utilisé par les officiels cela traduit que le gouvernement est sur la défensive", estime Ahmed Moutamassik. 

Pour lui, "cela s'explique par le fait que le gouvernement n'a pas de projet. Qu'il s'agisse des entreprises ou du citoyen lambda, aucun n'a de la visibilité."

"Le gouvernement déclare qu'il compte régler le problème social. Comment? Que va-t-il faire le mois prochain? quels deadlines ? Quels moyens ?... On sent qu'il y a une absence de projet, un vide gênant pour tout le monde et en face, juste un discours qui invite les citoyens à garder espoir. Ce ne sont que des vœux pieux", déclare-t-il. 

Pour le sociologue, "le citoyen peut garder espoir en le gouvernement un mois, deux mois, voire une année, mais quand au bout du compte il ne voit rien venir, il y a une rupture de confiance".

Une étude réalisée en 2010 par l'Institut Royal des Etudes Stratégiques sur "l'ordre sociologique et la confiance dans les institutions au Maroc" va dans le même sens. 

"La confiance est au cœur de toutes les théories du lien social, du capital social, de la stabilité politique, de la perception que le citoyen a de la sécurité des biens et des personnes, des élaborations théoriques qui tentent d’expliquer le développement économique et social", peut-on lire dans le rapport de l'étude qui analyse par ailleurs des données provenant des enquêtes de The World Values Survey (WVS) réalisés en 2001 et 2007 sur la relation des Marocains avec les institutions.

Mezouar: "la confiance a besoin d'actions pour la nourrir"

Donc, cette vague de négativisme n'est que le reflet de la perte de confiance. Au nom des entreprises marocaines, Salaheddine Mezouar n'a de cesse de le répéter. Regagner la confiance du tissu économique est même le fer de lance de sa campagne pour le poste de président de la CGEM. Une fois élu, il a toujours gardé dans son discours la nécessité "de rétablir en priorité la confiance des entreprises". 

Dans une récente interview accordée à Médias24, Mezouar nous expliquait qu'il "faut obtenir des résultats rapides, aussi bien pour le privé que pour le gouvernement. Cela nécessite une relation de confiance, et la confiance a besoin d’actions pour se nourrir". 

Nizar Baraka: "Les partis politiques ont un problème de crédibilité"

Pour les citoyens, le lien de confiance avec les politiques est rompu depuis des années. «Nous reconnaissons l’existence d’un boycott de la politique. Les partis sont en recul constant et le citoyen leur fait très peu confiance. Pire, il considère que les hommes politiques ne peuvent pas contribuer à trouver des solutions aux problèmes posés au sein de la société», affirme Nizar Baraka, SG du parti de l'Istiqlal dans une déclaration au forum de la MAP. 

Il ajoute, «nous devons reconnaître qu’il existe aujourd’hui un problème de crédibilité. Les hommes politiques ne tiennent pas leurs engagements, ce qui est à l’origine d’un manque de confiance chez les citoyens». 

Engagements et actions. Voilà les deux mots clés pour regagner la confiance des citoyens et des entreprises.

Et c'est ce qui fait défaut à ce gouvernement, même si de l'aveu de plusieurs, Saadeddine Elotmani est un "grand bosseur" en comparaison avec son prédécesseur. Mais, le fait est que les efforts fournis par cet Exécutif manquent d'actions courageuses et de résultats concrets.

Le gouvernement a raté plusieurs occasions de s'engager et d'agir: le dialogue social, le dossier des hydrocarbures, les grèves, le mouvement de boycott, défaillance des chaînes de distribution, hausse des prix des aliments, la crise migratoire... 

>> Lire aussi : Crise sociale: pourquoi le gouvernement Elotmani tarde-t-il à agir?

Pour Ahmed Moutamassik, les récentes vagues d'immigration ne renseignent pas sur du négativisme mais "sur du désespoir. C'est pire", estime-t-il. "Le Marocain qui aime son pays et son territoire a perdu attache, a perdu totalement confiance". "En face, les paroles du gouvernement n'ont pas de portée", explique-t-il.

Pour le rôle des réseaux sociaux dans la montée du négativisme et du pessimisme des citoyens par l'exagération de certains phénomènes ou même par la publication et le partage de fake news, le sociologue estime que "les citoyens ne sont impactés que par les choses avec lesquelles ils sont d'accord ou qui les renvoient à une réalité vécue".

"La pire des choses, c'est la perte d'espoir, c'est mortel pour un pays quel qu'il soit", s'alarme Moutamassik. 

Combattre le négativisme ne se fera donc pas par des paroles où l'on incite les Marocains à voir la moitié pleine du verre, mais par des actions concrètes qui ont un impact sur leur quotidien et qui permettront de rétablir l'espoir et regagner leur confiance. Sans cela, toutes les paroles du gouvernement resteront vaines. 

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Hayat Gharbaoui
Le 8 octobre 2018 à 12h20

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