Inégalités sociales: La DEPF dresse les leviers prioritaires pour les atténuer
La Direction des études et des prévisions financières relevant du ministère de l'Economie et des Finances participe au débat sur les inégalités sociales. Elle vient de publier un rapport qui en détermine les principales causes ainsi que les pistes prioritaires pour les réduire.
Les inégalités sociales sont actuellement au cœur des débats. La Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF) veut y contribuer en publiant une étude intitulée: "La question des inégalités sociales: Clés de compréhension, enjeux et réponses de politiques publiques".
Cette étude "se veut une contribution au débat national à l’œuvre autour de la question centrale du renforcement de l’inclusivité du modèle de développement national en tant que levier incontournable pour consolider les bases d’une croissance économique auto-entretenue et conforter les fondements d’un vivre-ensemble harmonieux et apaisé", explique l'équipe de travail de la DEPF.
Mais au-delà des raisons ayant motivé la réalisation de cette étude, les conclusions de cette dernière versent dans le sens des conclusions déjà connues (ici, ici, et ici). Ainsi, la DEPF explique que "le Maroc a lancé plusieurs initiatives et programmes publics (INDH, Ramed, Tayssir, fonds de développement rural, infrastructures rurales...) ayant pour objectif ultime l’amélioration des conditions de vie de la population."
"Le déploiement de ces programmes a favorisé une baisse significative de la pauvreté et une forte atténuation de la précarité, notamment en milieu urbain. Néanmoins, ces résultats positifs n’ont pas permis de stopper le creusement des inégalités sociales, reflétant ainsi le caractère peu inclusif du modèle de développement jusque-là poursuivi. En plus des inégalités de revenus, l’accès inégal aux services de base demeure une source de préoccupation majeure, notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé, qui constituent des domaines névralgiques et qui conditionnent l’égalité des chances au sein de la société."
Tableau résumant les indicateurs des principaux programmes sociaux
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Sans surprise, trois domaines clés constituent les principales sources qui alimentent le creusement des inégalités sociales au Maroc. Il s’agit, en l’occurrence, de l’éducation, de la santé et de l’emploi. "Les insuffisances relevées au niveau de ces domaines affectent les conditions de départ des individus et partant, leur aptitude à réussir leur mobilité sociale", expliquent les experts de la DEPF.
Mais pour relativiser, la DEPF analyse la situation des inégalités au Maroc comparativement à un échantillon composé de 11 pays. Ce qu'il en ressort, c'est que le Maroc "occupe une position relativement favorable. Avec un indice de Gini de 0.395, le Maroc se situe juste après la Tunisie (0,358) et la Jordanie (0,337). L’Egypte est le pays le plus égalitaire de l’échantillon puisque son indice de Gini ressort à 0,318.
A l’autre extrême, le Brésil est le pays le plus inégalitaire de l’échantillon avec une valeur de l’indice de Gini de l’ordre de 0,513, devancé par le Mexique (0,482), le Chili (0,477), la Malaisie (0,463) et l’Argentine (0,427)".
La DEPF propose donc d'agir sur un certain nombre de leviers prioritaires de politiques publiques. "Ces leviers puisent leur fondement des résultats du diagnostic de l’état des inégalités au Maroc et des enseignements déduits à partir des expériences pertinentes de certains pays en la matière", explique l'équipe de travail chargée de l'étude. "Ces leviers sont enrichis des recommandations proposées par certains organismes nationaux et internationaux en rapport avec l’impératif d’impulser l’inclusivité du modèle de développement national", ajoute-t-elle.
Les principaux leviers identifiés
- Accélérer le processus de transformation structurelle de l’économie marocaine : "Des actions vigoureuses devraient être déployées en faveur de l’accélération du processus de transformation structurelle de l’économie marocaine, en valorisant les secteurs porteurs et créateurs d’emplois de qualité et en accélérant la modernisation compétitive des PME-PMI pour libérer pleinement leur potentiel.
- S’attaquer vigoureusement aux inégalités de chance et de capacités: "La protection et l’éducation de la petite enfance seraient nécessaires pour développer leurs capacités aussi bien sur les plans physique et mental que social et affectif. Le lancement du programme national de généralisation et de développement du préscolaire est une action édifiante dans ce sens".
La DEFP ajoute, "pour assurer son efficacité et sa durabilité, la politique de protection sociale devrait privilégier des solutions concrètes de sortie durable de la pauvreté, via la promotion de l’activité, pour éviter la dépendance aux transferts et le maintien dans une situation de forte vulnérabilité".
- Renforcer la cohérence des dispositifs sociaux pour maximiser les retombées de l’action sociale de l’Etat.
- Placer la question de l’inclusivité genre et l’intégration des jeunes au cœur des politiques publiques de lutte contre les inégalités.
- Inscrire la lutte contre les inégalités dans le cadre d’un chantier sociétal impliquant l’ensemble des acteurs: "Un changement de mentalité devrait être promu pour faire admettre que cette lutte n’est pas une affaire qui incombe exclusivement à l’Etat. L’action des pouvoirs publics en matière de résorption des déficits sociaux devrait, dès lors, être relayée par une action énergétique de la société civile pour renforcer les capacités de celle-ci et la réhabiliter pour assumer pleinement son rôle. Le rôle du milieu des affaires est tout aussi important. La promotion à grande échelle de la responsabilité sociale des entreprises est nécessaire pour cristalliser les valeurs de citoyenneté".
- Consolidation du système national d’information et déploiement d’instruments sophistiqués de suivi-évaluation des inégalités : "La mesure des inégalités au Maroc devrait être appréhendée à partir des données sur les revenus (non sur les dépenses, comme c'est le cas actuellement, ndlr) à l’instar des pays avancés et d’autres économies émergentes."
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