Première réunion CGEM-gouvernement: ce qu'ils se sont dit
Le gouvernement va-t-il bientôt mettre fin à l’attentisme? Fera-t-il les annonces qui rendront la confiance aux milieux économiques et leur donneront de la visibilité? La CGEM a l’air d’y croire, le gouvernement a en effet validé son diagnostic et ses propositions. Les deux parties se sont donné rendez-vous dans 15 jours.
Le syndicat patronal et la présidence du gouvernement tenaient ce vendredi 7 septembre leur premier rendez-vous de travail, après la précédente rencontre qui avait été purement formelle.
Ils semblent avoir bien travaillé puisque selon des sources sûres, les deux parties sont tombées d’accord sur l’essentiel: le diagnostic et une longue série de mesures pour redonner de la confiance et de la visibilité.
Le projet de Loi de Finances qui sera connu au plus tard le 20 octobre, sera l’un des leviers de ces décisions et de ces messages.
Diagnostic partagé
Côté gouvernement, il y avait Elotmani, Benchaâboune, Yatim, Daoudi et Firdaous. Côté patronat, il y avait Salaheddine Mezouar, Fayçal Mekouar, Mohamed Talal, Mostafa Mellouk, Mehdi Tazi, Ahmed Rahhou, Khalid Benjelloun et Tarafa Merouane.
Le patronat est sorti un peu revigoré, en tous les cas encouragé par cette première séance de travail, surtout grâce aux réactions positives du Chef du gouvernement et du ministre des Finances. “Nous nous sommes alignés sur le diagnostic et sur la nécessité d’agir avec des messages clairs au-delà du contexte actuel, et de donner de la visibilité aux opérateurs économiques“, nous confient nos sources.
Le patronat a exposé “3 dimensions de mesures de sauvetage nécessaires mais pas suffisantes“:
1. Pour le court terme :
Les délais de paiement et l'accélération des remboursements de TVA, sans reconstituer les stocks d’arriérés à l’avenir.
Lutte contre les importations frauduleuses.
Prendre des mesures d’incitation, des initiatives volontaristes pour relancer l’investissement.
2. Repositionner l’attractivité du Maroc pour le capital étranger, donner de la visibilité à cet égard par des messages volontaristes forts.
3. Des réformes de structure et de simplification:
CRI
Refonte du système de formation continue
Déléguer la formation professionnelle au privé
Nécessité de redéfinir le cadre pour les fonds de capital-risque jugé dépassé.
Sortir la loi sur le partenariat public privé pour redonner rapidement confiance au secteur privé et le remobiliser sur cette voie
Créer un cadre stimulant pour les startsups, domaine dans lequel le Maroc est en compétition avec d’autres pays et ce, dans trois domaines : l’accès au marché ; le capital garanti par un Fonds ; l’adaptation des mesures aux réalités des startups en coordination avec l’Office des changes.
Débloquer les projets pour relancer immédiatement l'investissement
La CGEM a demandé que soient débloqués de toute urgence, les projets du secteur privé qui sont dans les tiroirs (par exemples en attente d’autorisations), ce qui peut relancer immédiatement les investissements.
Le patronat a également présenté les grandes lignes du travail effectué avec la DGI (Direction générale des impôts) et qui consiste en une refonte du Code général des impôts pour le fonder sur une doctrine claire, donnant de la visibilité et de la cohérence aux investisseurs et améliorant la relation entre le contribuable et le fisc.
Rendez-vous dans 15 jours puis pour le projet de loi de Finances
Enfin, il a recommandé une stimulation urgente des jeunes dont 2,7 millions selon le HCP sont dans une situation de ni-ni, ni emploi, ni formation.
La CGEM a présenté une plateforme avec 7 axes qui va être la base du travail avec le gouvernement.
Toutes ces propositions, ainsi que le diagnostic, ont été validés. Nos sources louent Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, “positif et très volontariste“.
Au final, les deux parties se retrouvent dans 15 jours pour entamer le travail de priorisation. Nos sources rappellent que “le projet de loi de Finance est l’occasion de travers des pistes et de livrer des messages“.
L’objectif final est d’aller vers le pacte croissance-emploi que propose Mezouar depuis son élection à la tête de la Confédération patronale. L’attentisme ambiant, l’immobilisme, la frilosité, de même que les deux derniers discours du Roi qu’il a rappelés, rendent ses propositions plus audibles.
Le communiqué conjoint CGEM-gouvernement:
Le gouvernement et la CGEM décident de dynamiser les mécanismes d’action commune en vue d’une meilleure croissance économique
"M. Saad Eddine El Otmani, Chef du gouvernement, et M. Salaheddine Mezouar, Président de la CGEM, ont tenu, vendredi 7 septembre 2018 au Département du Chef du Gouvernement, une séance de travail en présence d’une délégation composée de membres du bureau de la Confédération et de plusieurs ministres notamment le Ministre de l’Economie et des Finances, le Ministre de l'Emploi et de l’Insertion Professionnelle, le Ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé des Affaires générales et de la Gouvernance et le Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique, chargé de l’investissement.
"Cette réunion visait à renforcer la dynamique de l’action commune, dans le cadre d’une démarche volontariste, et à dégager les mesures à même de consolider la confiance des acteurs économiques, relancer la croissance et accélérer le rythme de création d’emplois.
"En parfaite harmonie avec les orientations contenues dans les discours de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI à l’occasion de la fête du trône et de l’anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple, le Gouvernement et la CGEM ont notamment abordé les moyens de multiplier les efforts en faveur de l’emploi des jeunes, l’encouragement des PME et des entreprises innovantes, la simplification des procédures, la réduction des délais de paiements, la facilitation de l’accès à la commande publique et le renforcement des programmes de formation répondants aux besoins du marché de l’emploi.
"M. El Otmani a présenté les grandes lignes de la Politique Gouvernementale sur un ensemble de réformes relatives à l’amélioration du climat des affaires et à l’encouragement de l’investissement privé. Il a notamment cité le chantier de réforme des Centres Régionaux d'Investissement, l’adoption et la mise en œuvre de la Charte de Déconcentration, ainsi que la promotion du Partenariat Public-Privé.
"M. Mezouar, a, pour sa part, évoqué plusieurs axes et réformes prioritaires pour le secteur privé et a exprimé sa satisfaction quant au climat qui a marqué la rencontre CGEM - Gouvernement. Il a également affirmé l’adhésion forte et responsable de l'entreprise à toutes les initiatives qui permettent de dynamiser l’investissement et accélérer la croissance économique et le développement social.
"A l’issue de cette rencontre, les deux parties ont convenu d’arrêter des mécanismes de travail commun notamment les groupes de travail, présidés par des responsables de la CGEM et du Gouvernement, chargés d’assurer le suivi et l’aboutissement des dossiers prioritaires.
"Dans le cadre de l’élaboration du projet de loi de finance 2019, il a été également procédé à la mise en place d’un premier groupe de travail conjoint, devant s’atteler à l’examen des propositions de mesures en faveur de l’entreprise et du climat des affaires. Ce groupe de travail est présidé du côté gouvernemental par M. Mohammed Benchaaboun, Ministre de l’économie et des finances et du côté de la CGEM par M. Ahmed Rahhou, Vice-Président.
"Les deux parties ont convenu de tenir une prochaine rencontre dans deux semaines lors de laquelle doivent être exposés les résultats des projets précités".
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