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SOCIETE

La fin de la gratuité de l’enseignement public: Deux avis d'experts

Ce sera l'une des politiques de la rentrée. Pour mobiliser davantage de moyens, le projet de loi-cadre propose de mettre fin à la gratuité dans l’enseignement supérieur puis du secondaire qualifiant. Seul resterait gratuit, l'enseignement obligatoire. Deux experts analysent pour Médias24, la portée de cette décision qui divise la société et qui fait bondir une partie des politiques.

La fin de la gratuité de l’enseignement public: Deux avis d'experts
Samir El Ouardighi
Le 6 septembre 2018 à 18h02 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Depuis une trentaine d’années, l’Education nationale est accusée de former des cohortes de diplômés-chômeurs qui ne font qu’aggraver les chiffres du chômage.

Si jusqu’aux années 80, l’EN pouvait permettre de s’élever socialement, aujourd'hui, elle ne le peut que de moins en moins. Le système public d’enseignement (du primaire à l’université) est unanimement dénoncé pour son décalage avec le marché de l’emploi et son inefficience.

Les parents n’ont donc d’autre choix que d’inscrire leurs enfants dans des écoles ou des universités payantes. N’épargnant aucune classe sociale, ce phénomène pousse beaucoup de familles très modestes à consacrer l’essentiel de leur maigre budget à l’éducation scolaire de leur progéniture.

Exemple de ce manque de confiance envers le système d’enseignement public, une dame de condition modeste qui gagne 3.200 DH/mois, nous a déclaré consacrer 1400 DH/mois à l’école de son fils, qu'elle a inscrit dans le privé.

Le Conseil supérieur de l'Education est convaincu qu'il faut mobiliser des ressources supplémentaires et que le financement est l'un des leviers essentiels de la réforme. Le gouvernement a introduit cette proposition de suppression de la gratuité pour les familles aisées et pour l'enseignement post-obligatoire, dans le projet de loi-cadre qui prévoit la fin de la gratuité pour les étudiants du cycle universitaire public puis, à terme, du secondaire qualifiant.

Si l’on ne connaît pas encore les détails de cette réforme, rappelons que le porte-parole du gouvernement, Mostafa Khalfi, avait déclaré, le 4 janvier dernier, qu’elle ne concernera que les familles aisées qui devront contribuer à des frais d’inscription jusqu’alors inexistants.

Youssef Saadani: "La fin de la gratuité n'améliorera pas le système"

Joint par Médias24, Youssef Saadani, économiste spécialisé en éducation, pense que la fin de la gratuité dans l’enseignement supérieur n’aura aucun effet bénéfique et n’améliorera pas le système.

"Cette réforme va déplacer le débat alors que la seule question est l’amélioration de la qualité d’enseignement. Cette qualité risque de se déprécier car en faisant payer les enfants de la classe aisée, on va les faire fuir et il y aura disparition de la mixité sociale dans les établissements publics.

"Quand il y a mixité sociale, il y a émulation alors que l’homogénéité de classes défavorisées favorise l’échec. Malgré l’optimisme du gouvernement, les revenus dégagés seront modiques. Les enfants de classes aisées sont une minorité dans les établissements publics car ils préfèrent étudier à l’étranger ou dans des écoles marocaines privées. Cette réforme risque donc de les faire fuir.

"A supposer qu’ils restent, leur effectif est déjà tellement bas (5 à 10% des établissements supérieurs publics soit 35 à 70.000 étudiants), les recettes dégagées seront au grand maximum de 100 millions de DH soit le prix d’une trémie à Casablanca. Les gains sont donc dérisoires", conclut notre interlocuteur qui ajoute que cette réforme va aboutir à un résultat inverse en impactant davantage la qualité d’enseignement.

Abderrahmane Lahlou: "La fin de la gratuité est une tendance universelle"

Interrogé également, Abderrahmane Lahlou, opérateur privé et expert en éducation se veut beaucoup plus enthousiaste en trouvant cette réforme utile et nécessaire.

"La fin de la gratuité des frais d’inscription est une tendance universelle tout à fait légitime au Maroc. Tous les pays ont compris depuis longtemps que ceux qui accèdent aux études universitaires ne sont pas les plus démunis.

"Bien au contraire, ce sont ceux qui ont des conditions familiales correctes et qui vivent aux dessus du seuil de pauvreté. Pour être médecin (7 à 12 ans d’études), il vaut mieux avoir les moyens.

"Dire que la gratuité à l’université va profiter aux démunis est une erreur car la grande majorité d’entre eux quitte la scolarité à partir du collège.

"Si l’université ou les écoles supérieures publiques peuvent récupérer l’argent de ceux qui ont les moyens et qui ne payent pas, cela permettra certainement d’améliorer leurs prestations, infrastructures. Précisons qu’il ne s’agit pas de faire payer les études mais un seul droit d’inscription.

"Ce dernier variera en fonction du revenu de la personne concernée et celles qui sont démunies seront bien évidemment exonérées.

"Même si le projet de loi-cadre ne le précise pas encore, il y a de fortes chances que ces recettes n’iront pas dans le budget de l’Etat mais directement dans les caisses des universités et écoles.

"Cela devrait permettre d’améliorer le service mais il faudra d’abord attendre l’adoption de cette loi qui ne devrait pas être opérationnelle avant 2019", conclut Lahlou.

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Samir El Ouardighi
Le 6 septembre 2018 à 18h02

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