Libye: nouveaux combats et confusion croissante à Tripoli
Des combats meurtriers continuent lundi 3 septembre de faire rage en périphérie sud de Tripoli et l'implication de nouveaux groupes s'ajoute à la grande confusion qui règne dans la capitale de Libye, un pays plus que jamais plongé dans le chaos.
Après l'échec d'un accord de cessez-le-feu annoncé vendredi dernier, la mission de l'ONU en Libye (Manul) a invité les "différentes parties concernées" à une "réunion élargie" mardi 4 septembre pour un "dialogue urgent sur la situation sécuritaire" à Tripoli.
La Manul n'a pas donné plus de détails sur les participants et le lieu de ces pourparlers. Mais la tâche s'annonce ardue compte tenu du nombre de belligérants impliqués dans des combats qui, à ce jour, ont fait au moins 47 morts depuis le 27 août, selon un bilan officiel.
"La lecture micro-locale est presque impossible. Les alliances sont encore volatiles", souligne Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l'université Paris-VIII.
Initialement, les hostilités opposaient des milices tripolitaines liées au gouvernement d'union nationale (GNA) -reconnu par la communauté internationale et basé dans la capitale- à la "7e brigade", un groupe armé venu de la ville de Tarhouna (ouest), qui disait jusque-là dépendre lui aussi du GNA.
Dans des communiqués et vidéos, la "7e brigade" s'est revendiquée de l'"armée" et a affirmé mener une "opération de libération de Tripoli" des milices. Le GNA a lui assuré avoir donné l'ordre de dissolution du groupe en avril dernier.
Par la suite, d'autres groupes armés, venus notamment de Misrata (200 km à l'est de Tripoli), et affirmant défendre la même cause que la "7e brigade", se sont impliqués à leur tour dans les combats contre les forces pro-GNA.
"Championnat des milices"
Lundi encore, des explosions ont été entendues en matinée depuis le centre de Tripoli.
Un porte-parole des services de secours, Oussama Ali, a fait état d'affrontements en périphérie, ajoutant que des familles étaient prises au piège des combats.
En centre-ville, l'AFP a constaté une activité quasi-normale et la circulation était plus fluide que d'habitude, sur fond de craintes de pillages, notamment après la fuite de quelque 400 détenus de droit commun la veille dans la prison d'Ain Zara, au sud de la capitale.
En milieu de semaine dernière, pour se prémunir contre un vide sécuritaire, le GNA a appelé à la rescousse un groupe armé de Zenten (170 km au sud-ouest de Tripoli) et l'a chargé d'assurer la sécurité dans l'ouest de Tripoli.
Il a également invité dimanche 2 septembre une "brigade antiterroriste", composée notamment de groupes armés de Misrata, qui avaient combattu le groupe Da'ech à Syrte en 2016, à s'interposer entre les camps rivaux.
Mais certains analystes estiment que le GNA a joué avec le feu. "L'entrée de davantage de groupes armés dans la capitale ne peut qu'envenimer la situation", dit à l'AFP un diplomate occidental sous le couvert de l'anonymat.
Les internautes n'ont pas tardé à ironiser: "tous convergent vers la capitale. Désormais, c'est le championnat des milices de Libye qui se joue à Tripoli".
Depuis 2011, Tripoli est au cœur d'une lutte d'influence entre milices en quête d'argent et de pouvoir.
Nouvel équilibre?
Le GNA est accusé par ses détracteurs de s'être livré aux milices, dont dépend sa sécurité et celle de Tripoli, depuis son entrée en fonctions en mars 2016.
"Les quatre ou cinq grandes milices de Tripoli ont fourni une relative sécurité quotidienne, appréciée de la population mais aussi des Etats étrangers intéressés à maintenir une présence diplomatique et commerciale pour saisir les opportunités de reconstruction", avance Jalel Harchaoui.
Mais, dans le même temps, elles "ont infiltré les institutions de police et les institutions économiques".
"Cette situation était intenable", poursuit M. Harchaoui, notamment parce que Zenten et Misrata, les deux grandes villes militarisées" de l'ouest libyen, "se sentaient exclues de ce nouvel équilibre des pouvoirs" à Tripoli.
Depuis 2011, les milices de Zenten et de Misrata se partageaient la capitale, avant que les premières n'en soient chassées en 2014, tandis que les secondes ont quitté Tripoli après l'installation du GNA en mars 2016.
Sur l'issue de ce nouveau conflit, Jalel Harchaoui estime qu'il est "possible qu'un nouvel équilibre des forces, un peu plus viable, réémerge".
Mais "il est possible aussi que les violences se banalisent...", ajoute-t-il, un scénario qui rendrait encore plus illusoire les appels de la communauté internationale -et en particulier de la France-, à des élections d'ici la fin de l'année.
(Avec AFP)
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