Maroc: un millier de ponts nécessitent une intervention, 200 sont très dégradés
Le drame de Gênes conduit de nombreux pays à s’interroger sur l’état de leurs infrastructures routières. L’effondrement du pont Morandi (du nom de son concepteur) a fait 43 morts selon un bilan publié le dimanche 19 août 2018. Voici ce que l'on sait concernant le cas du Maroc.
Dans toute l’Europe, l’opinion publique et la presse cherchent à faire un point sur l’état de l’infrastructure des transports, en particulier les ponts. Des ministres s’expriment. On a ainsi appris que la France allait lancer à la rentrée, un plan de sauvegarde et que "50% des surfaces de chaussées sont à renouveler, alors que près d'un pont sur dix est en très mauvais état".
Qu’en est-il au Maroc?
Les chiffres les plus récents remontent à décembre 2015. Répondant à une question orale, le ministre de l’Equipement de l’époque Aziz Rabbah, avait indiqué que sur 7.500 ponts que compte le Maroc, 1.000 sont hors d’usage, dont 200 menacent ruine [à partir de la page 15].
Le ministre a annoncé un programme d’intervention pour la remise en état et la réparation des ponts. Entre 2014 et 2015, une centaine de ponts ont été remis en état selon la même source.
La remise en état de ces ponts nécessite 4 MMDH avait précisé M. Rabbah.
Chiffres contradictoires
Sur le site du ministère de l’Equipement, les chiffres sont différents:
Le ministère annonce près de 9.400 ouvrages d’art répertoriés (ici et ici). Sur la même page (à droite), une infographie limite le nombre d’ouvrages d’art à 7.500, dont 1.000 hors d’usage ou submergés, 200 étroits et 217 menaçant ruine.
Au-delà de ces divergences sur les chiffres, le site du ministère apporte d’intéressantes données sur la surveillance de ce parc. La Direction des Routes a en effet instauré un système de gestion (SGOAM, créé en 1992) avec pour objectif de fournir une image fiable de l’état du parc.
Ainsi, la Direction des routes a mis en place une stratégie, articulée autour de deux axes principaux:
1. La réhabilitation et la sauvegarde du patrimoine sur l’ensemble du réseau nécessitent selon cette source, 2 MMDH. Dans ce cadre, 150 ouvrages dégradés, bénéficieront, pour la période 2017-2021, d’un budget de 300 millions de DH par an pour leur mise à niveau, soit un budget global de 1,5 MMDH.
2. Le programme du deuxième axe de la stratégie consiste en la reconstruction des ouvrages submersibles, étroits ou limités en charge et nécessite un budget de 10 MMDH s’étalant sur 20 ans. Pour la période 2017-2021, il est prévu la mise à niveau de 100 ouvrages pour un budget de 200 MDH par an.
Le pont à haubans de Sidi Maârouf, ouvrage élégant et moderne, entrera en service fin 2018 ou début 2019.
Le pont Hassan II sur le Bouregreg, un ouvrage qui a obtenu le prix Aga Khan d'architecture
Sublime, élégant, monumental: le pont à haubans Mohammed VI à Rabat.
La Direction des routes (Service de surveillance et de maintenance des ouvrages d’art) a rendu public en 2010, un document assez détaillé au sujet de la situation des ouvrages d’art au Maroc. Il s’agissait d’une communication dans le cadre du 8e congrès national de la route. Le document annonçait 6.500 ouvrages d’art dont un millier nécessitant une intervention:
-400 ponts étroits nécessitant environ 600 MDH pour les travaux d’élargissement ou de reconstruction.
-410 ponts submersibles nécessitant des travaux de reconstruction pour 1,22 MMDH.
-200 ponts “très dégradés“ nécessitant des travaux de confortement ou de reconstruction pour un budget de 1,42 MMDH.
Notons que les deux magnifiques ponts suspendus de la route Casa-Rabat ont pris leur retraite en 2013. Il s’agit des ponts sur l’oued Yquem et sur l’Oued Cherrat, œuvres de Ferdinand Arnodin, construites en 1917 et 1923.
“ Dans sa constitution, ce parc a subi, et c’est tout naturel, les différentes étapes de développement de la technologie des ponts, ce qui en fait un ensemble très hétérogène sur le plan typologie et matériaux utilisés“, lit-on sur le document cité ci-dessus.
Ces ponts présentent-ils un risque? Oui, répondent les auteurs : “Pour des raisons purement économiques, sont encore gardés en exploitation certains types de ponts, malgré les problèmes de portance et de sécurité qu’ils présentent. C’est le cas de ponts à tablier en profilés métalliques enrobés de béton. Ou les quelques ponts bow-strings toujours en service et qui offrent de faibles largeurs utiles du tablier en plus des risques d’accidents et de détérioration de leurs structures exposées aux chocs de véhicules“.
Pour consulter la liste des ouvrages d’art dégradés, établie en 2010, cliquer ici (à partir de la page 23).
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