Tourisme interne: “il n’y a pas un manque d’offres mais un circuit de distribution à revoir” (Imad Barrakad)
Le plan Biladi qui vise à développer une offre dédiée au tourisme interne est au point mort. Seules 3 stations sur 6 ont vu le jour. Malgré cela, on ne peut pas dire qu'il y a un manque d'offre car les 3.882 établissements touristiques qui existent au Maroc lui sont également destinés. Le vrai problème réside dans les tarifs qui, eux, ne sont pas toujours adaptés au pouvoir d'achat des Marocains.
S’il n’y a pas lieu de parler de crise dans le tourisme tant les chiffres sont en hausse d’année en année, il est certain que le secteur navigue à vue. Si crise il y a, c’est celle de l’absence de stratégie. Le silence de la tutelle dont on attend toujours la feuille de route du secteur est incompréhensible.
Dans ce désordre, le tourisme interne est laissé pour compte, bien qu’il représente à peu près 33% du volume des nuitées dans les établissements d'hébergement classés (hôtels principalement). Le tourisme interne a été ces dernières années, avec les MRE, l’une des bouées de sauvetage du secteur grâce à laquelle il a pu maintenir le cap.
Selon une présentation du ministère du Tourisme (février 2017), la part des dépenses touristiques dans les dépenses de consommation finale des ménages est de 5,6%. Les dépenses des touristes résidents sont estimés à 34,8 MMDH par an. Ces chiffres tirés d’une enquête réalisée en 2014 sont certainement dépassés depuis, au regard de la tendance haussière dans laquelle s’est inscrit ce secteur ces dernières années.
Seulement 3 stations Biladi opérationnelles
Pourtant, on ne voit pas de plan dédié. Il y a eu des tentatives par le passé, notamment le plan Biladi lancé en 2007 et qui visait le développement d’une série de stations touristiques assorties de produits et de prix adaptés au profil des voyageurs nationaux.
«Les stations s’étalent sur des superficies allant de 25 à 45 hectares et proposent des résidences hôtelières horizontales (des appartements au prix de 300 à 500 dirhams par nuitée), des résidences verticales (des appartements au prix de 200 à 400 dirhams) et des campings touristiques (de 100 à 150 dirhams par jour)», rappelle un rapport de la DEPF dédié à cette thématique.
De huit stations initialement programmées, le nombre a été ramené à 6 lorsque les pouvoirs publics ont voulu accélérer l'exécution du projet. Qu’en est-il aujourd’hui ? «Il y a trois stations opérationnelles», nous assure Imad Barrakad, président du directoire de la SMIT (Société marocaine d'ingénierie touristique).
Il s’agit de la station Farah Inn à Ifrane, développée par Al Ajial Holding (ex- CMKD) ; Lunja village dans la région de Imi Ouddar à Agadir, développée par la CGI ; et enfin la station de Mehdia dans la région de Kénitra, réalisée par la SGTM. «La station de Ras El Ma confiée à Asma Invest est en cours de réalisation malgré quelques retards», assure Imad Barrakad.
Où en sont les autres ? Elles n’ont pas trouvé preneur chez le privé. Un autre plan qui n’a pas pu être accompli jusqu’au bout. Mais pour le président du directoire de la SMIT, il ne faut limiter l’offre touristique pour les résidents au programme Biladi. «Ce plan n’est qu’une composante de la stratégie de développement du produit touristique pour le tourisme interne. Il ne faut pas oublier que les hôtels développés, toutes catégories confondues, répondent aussi à cette demande», nous explique-t-il. Pour notre interlocuteur, tout hôtel qui se construit vise les étrangers et les Marocains.
Et dans ce sens, il a l’embarras du choix. A fin 2017, le Maroc compte 3.882 établissements d'hébergement classés, 116.262 chambres et 251.206 lits. Une offre qui comprend les hôtels de 1 à 5 étoiles, les gites, les auberges, les maisons d’hôtes, les motels, les résidences immobilières et hôtelières, les campings…
«On a créé différents types de produits pour répondre aux besoin de chaque catégorie de clientèle, de l’hôtel 5 étoiles au camping. Nous n’avons pas attendu le plan Biladi pour généraliser les produits qu’il propose à travers ce que l’on a appelé dans la nomenclature du tourisme, les hôtels clubs», avance Barrakad.
Il faut revoir le circuit de distribution
Si l’offre d’hébergement est diversifiée et répond aux différentes catégories de clientèle, il n’en est pas de même pour les prix. Et c’est là où le plan Biladi avait réussi si l’on analyse de près les expériences réalisées.
Le rapport qualité/prix est imbattable avec quelques améliorations à apporter au niveau du service en haute saison. Dans une station Biladi, le client paie en moyenne un appartement ou un chalet qui prend jusqu’à 5 personnes (deux chambres, salon, cuisine…) 550 dirhams la nuit. Avec des prestations d’hôtels en plus (ménages, piscine…). La même famille paierait au moins le double dans un hôtel 3 étoiles (prestations plus ou moins comparables).
«En effet, si l’on évoque la question du prix, c’est un sujet à part entière», concède Barrakad. Et d’ajouter, «Comment avoir le prix optimum? Dans le cas des stations Biladi, nous avons tenté de réguler le prix sous forme de concession mais nous ne sommes pas dans une logique marché. Pour être dans une logique marché, il faut des agences qui achètent des volumes importants auprès de l’ensemble des hôtels, pour que l’on puisse faire bénéficier les Marocains de prix beaucoup plus intéressants ».
L’idée est de faire jouer le volume pour baisser les prix, comme ce que font les Tours Opérateurs avec les touristes étrangers qui arrivent à négocier des prix plus bas grâce aux volumes d’achats.
Selon notre interlocuteur, il n’y a pas «un manque d’offres mais un circuit de distribution à revoir et à adapter pour qu’il permette aux Marocains de profiter de tarifs plus bas».
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